‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 31 sur 152 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gnait ses mains, les tendait vers lui, mais sans dire un mot, sans formuler de prière. Depuis si longtemps il avait oublié de prier, qu'il n'osait, qu'il ne savait plus.

Quand on a toute sa vie négligé son meilleur ami, peut-on s'adresser à lui dans sa détresse ? L'ami ne se lèvera-t-il pas pour nous dire qu'il n'a plus rien de commun avec nous, et qu'il nous faut souffrir seuls, puisque nous avons voulu vivre seuls? Et il souffrait seul, complètement seul, le pauvre père, et il n'osait pas demander à Dieu d'éloigner cette coupe, il méritait de la boire, de la boire tout entière, jusqu'au fond. Qui n'a jamais su dire : « Merci », n'a pas le droit de dire : « S'il te plaît ».

Il le sentait, en ce moment où il se voyait de nouveau dépouillé de tout ce qu'il aimait, de tout ce qui le rattachait à la vie.

Mais s'il ne savait pas, s'il n'osait pas demander, quelqu'un d'autre le faisait à sa place.

Là-haut, dans cette chambre grise, qui avait été témoin des premiers sourires et des premiers pas de petite Alex, vieille nourrice, assise dans sa grande bergèra, les mains jointes sur ses genoux, les yeux levés vers le ciel, priait de tout son cœur, racontant simplement au bon Dieu, dans sa langue, à elle, son angoisse et sa peine ; non pas tant pour petite Alex, qui serait bien mieux dans le beau ciel que sur C3tte pauvre terre, où il est

impossible de ne pas souffrir, mais pour son père, ce grand enfant qu'elle avait tant aimé» qu'elle adorait encore et que la mort de sa petite fille allait atteindre en plein cœur.

Non, elle n'avait plus le courage de le voir malheureux, il avait déjà beaucoup souffert, et Dieu savait bien que ça ne l'avait pas rendu meilleur, au contraire ; et, timidement, elle lui suggérait que peut-être une grande grâce, une grande délivrance aurait un tout autre effet ; mais certainement Dieu le savait mieux qu'elle et ce qu'il ferait serait, bien sûr, la chose bonne entre toutes.

Et pendant que nourrice s'entretenait ainsi avec son céleste Ami, lui faisant part de ses craintes et de ses espérances, au sujet de ce maître vénéré, de son enfant, comme elle ne pouvait s'empêcher de le nommer; celui-ci continuait à arpenter sa chambre à grands pas, prêtant l'oreille et n'osant pas s'arrêter, dans la crainte d'entendre quelque chose.

Un léger coup frappé à la porte le fit tressaillir, et, momentanément, le paralysa de terreur; il allait s'avancer pour ouvrir quand M ,le Uranie se glissa doucement dans la chambre.

— Cher Edouard, je viens d'apprendre la terrible nouvelle.

Les lèvres de M. Délie devinrent livides.

— Vous ne voulez pas dire que... que ma petite fille...

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