‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 44 sur 152 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

— A présent, reprit tante Catherine, je vous laisse, je suis sûre que vous allez vous amuser comme des rois.

La porte se referma, et les quatre enfants, sans doute parce que c'est la manière de s'amuser des rois, restèrent d'abord immobiles, dans le plus complet silence, et Alex aurait peut-être étudié longtemps encore le bout de sa chaussure, si le plus jeune des petits garçons n'avait été saisi d'un fou-rire auquel le frère aîné, la main pressée sur sa bouche, faisait tous ses efforts pour résister.

Alex leva les yeux et fut aussitôt gagnée par la contagion. La glace était rompue.

— Il y a des masses de prunes au jardin, en voulez-vous ?

Après le fou-rire, il n'est rien de tel que les prunes pour lier connaissance.

Les quatre enfants se dirigèrent donc vers la pelouse, au bout de laquelle une rangée de pruniers semblaient leur faire signe.

— Voici les meilleures, fit M 1,a Alex en avisant le plus gros et le plus chargé ; puis, se retournant vers ses petits visiteurs :

— Est-ce que vous savez grimper ?

— Bien sûr, s'écria le plus jeune en s'élançant en avant.

— Non, Raymond, fit doucement l'aîné, on n'ose pas.

— Oh ! si, Von ose.

Et pour preuve. M lle Alex se hissa sur la pointe des pieds, saisit une branche et, avec l'agilité d'un chat, fut bientôt au beau milieu de l'arbre d'où elle lit pleuvoir sur la tête de ses hôtes une grêle d'un genre nouveau et très apprécié.

— A présent, il y en a des masses, cria une voix.

— Alors, je redescends, répondit Alex, qui dégringola de son perchoir aussi facilement qu'elle y était montée. Et Ton se mit en devoir de se régaler, d'abord avec beaucoup de cérémonie et de discrétion et puis, à mesure que la provision diminuait, avec un peu moins de retenue, et l'on finit tout à fait sans façon, en se demandant mutuellement son âge et son nom.

— Moi, je suis Raymond et j'ai dix ans, lit le cadet des petits garçons, joli petit homme à l'air éveillé et intelligent.

— Et moi, j'ai six ans et je m'appelle Nini, cria la fillette, une petite brune qui ressemblait à ses frères comme une goutte d'eau à une autre goutte d'eau.

— Et lui ? fit Alex en indiquant du regard le frère aîné.

— Lui, c'est Théophile ; mais nous l'appelons Théo ; il a déjà onze ans.

— Pourquoi est-ce qu'il ne dit rien ?

— Parce qu'il se gêne ; il est comme les filles.

— Que tu es bête ! murmura l'aîné en rougissant.

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