‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 45 sur 152 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

— - Mais tu sais bien que c'est vrai, maman t'appelle toujours sa fille aînée.

— Pourtant nous ne nous gênons pas du tout, Nini et moi, cria Alex, et nous sommes des filles.

— Oh î tu te gênais joliment tout à l'heure, riposta Raymond.

— Parce que c'était la première fois ; à présent, c'est tout passé.

'Il y eut alors un silence que Raymond rompit

le premier.

* — Est-ce que tu vas à l'école ? demanda-t-il. ; — Non, tante Uranie ne veut pas.

i — Pourquoi ?

, — Attends ; je cherche le mot. Et petite Alex

se mit à réfléchir, le front dans ses deux mains.

Oui, je me rappelle : parce que ce n'est pas assez

distingué.

— Qu'est-ce que ce n'est pas? cria Nini, j'ai rien compris.

— Je ne peux pas t'expliquer, fit Alex avec un peu d'impatience.

— Et toi, es-tu très distinguée ? demanda mali^ cieusement le petit espiègle.

— Tante Uranie dit que non, répondit Alex ; mais, ajouta-t-elle vivement, papa dit que ça ne fait rien pourvu que je sois sage.

— Et ta maman, qu'est-ce qu'elle dit ?

— Je n'ai pas de maman.

A cette nouvelle, les trois enfants parurent consternés.

— Mais j'ai un papa et deux tantes et un...

— Nous, interrompit Raymond, nous avons seulement un papa et une maman et elle s'appelle, devine comment ?

— Je ne peux pas.

— Comme ces belles fleurs, là-bas, devant votre terrasse, Rose, c'est joli, hein?

Alex fit un signe d'assentiment.

— Et la dernière petite sœur s'appelle aussi Rose, et la tienne?

— Je n'en ai point.

— Et des frères ? .

— Non plus, fit M lle Alex, très mal à l'aise de paraître si dépourvue aux yeux de ses nouveaux amis.

— Moi, cria Nini en comptant sur ses doigts d'un air glorieux, j'ai une petite sœur et deux grands frères.

— Oh ! ils ne sont pas très grands, riposta Alex.

— Mais, s'écria Nini indignée, ils sont beaucoup plus grands que toi, et Théo a déjà été au collège, il est horriblement savant.

— Tais-toi, Nini, crièrent les deux gamins.

— Tante Uranie est aussi très savante, fit Alex, c'est elle qui me donne mes leçons.

— Qu'est-ce qu'elle t'apprend ?

— L'alphabet, naturellement.

Page 1