‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 46 sur 152 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

— L'alphabet ! cria Raymond d'un air scandalisé. Mais Nini sait déjà lire.

Alex ne répondit pas, elle s'était détournée et avait penché sa petite figure, toute rouge de confusion, sur une jolie bête à Bon Dieu qu'elle faisait trottiner sur sa main.

— On ne sait pas quoi faire, murmura Nini, après quelques secondes de silence.

— Si elle avait des bêtes, nous pourrions les regarder, suggéra Raymond.

— Des bêtes, répondit Alex en relevant la tête, il y a le cheval et le chien de tante Catherine, et le chat et les poules.

— Ce n'est pas des bêtes amusantes, ça; tu n'as point de cochons de mer ?

— Non.

— Et des rats blancs?

— Non plus.

— Et des oiseaux ?

— Non, tante Catherine ne veut pas.

En achevant ces mots, les beaux sourcils d'Alex se rapprochèrent d'un air soucieux.

— Mais il y a le croquet, dit-elle, ou le jeu de boules, ou l'escarpolette, ou nourrice.

— Nourrice? fit l'aîné, quel jeu est-ce?

Alex partit d'un éclat de rire.

— Ce n'est pas un jeu, c'est nourrice, voilà tout; mais elle sait beaucoup d'histoires amusantes.

— J'aime mieux l'escarpolette, dit Raymond, et toi, Nini?

Nini fit un signe affirmatif, et les quatre enfants, sautant sur leurs pieds, se mirent à courir vers la jolie place sablée, derrière la maison, au milieu de laquelle se dressait une solide escarpolette qui bientôt les envoya, tour à tour, se promener dans les airs. Et, pendant un moment, l'on n'entendit plus que les cris de : « Encore, encore plus haut! », accompagnés de joyeux éclats de rire et d'exclamations de terreur et de ravissement.

Ce fut au beau milieu de ce vacarme que tante Uranie parut tout à coup, comme un oiseau de mauvais augure au milieu de gentils oisillons. A sa vue, les gentils oisillons cessèrent de piailler et les trois petits étrangers, pressés les uns contre " les autres, attendirent, immobiles, qu'on leur adressât la parole.

Mais tante Uranie se contenta d'attacher sur eux un regard perçant.

— Alex, dit-elle, la cloche du dîner a déjà sonné deux fois, allez vite vous laver les mains.

Les oisillons, tout heureux de s'échapper, prirent leur vol, en se culbutant les uns les autres, et suivirent Alex jusque dans la chambre rose, où nourrice les débarbouilla et brossa leurs cheveux ; puis ils se rendirent à la salle à manger où ils furent sages comme des images et aussi dis-

Page 1