‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 59 sur 152 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

les pantalons des quacre gamins, que l'on entendait rire et jouer derrière la maison.

— Gomme ce doit être fatigant et ennuyeux de ne faire que raccommoder, lui dit un jour tante Catherine, que cette pensée oppressait positivement.

Madame Vidal leva les yeux.

— Pas du tout, fit-elle d'un air joyeux, et raccommodages pour raccommodages, il vaut mieux que ce soit des bas que des draps de lits ; aussi, plus il y en a, plus je suis reconnaissante envers Dieu, ne sais-tu pas que les bas troués sont un indice de bonne santé ?

Sur ce, elle se remit à l'œuvre, d'un air si heureux et si convaincu, que tante Catherine demeura toute songeuse, comme quelqu'un qui n'est pas complètement satisfait.

Quelques jours plus tard, un après-midi qu'il pleuvait à verse, M. le pasteur la trouva assise aux côtés de sa femme, l'air radieux et pourtant très perplexe, une jaquette trouée dans une main, dans l'autre l'objet de son mépris, une immense aiguille à repriser. Et pendant qu'elle bouchait de son mieux (ce n'est pas beaucoup dire) les coudes percés de M. Raymond, les deux amies se mirent k discuter la dernière prédication de M. Vidal a laquelle M 1Ie Catherine avait pour la première fois une masse d'objections à faire, mais madame Rose, d'un air très entendu, les réfutait une à

une, ce qui semblait contrarier son amie et lui faire plaisir tout à la fois.

Bientôt ces discussions, que tante Catherine recherchait avec une singulière persistance, devinrent le sujet ordinaire de leur conversation.

— Tu comprends, dit-elle un jour, comme pour s excuser, tout ceci est complètement nouveau pour moi. Avant votre arrivée, je n'allais jamais à l'église et je me préoccupais démon âme autant que du Grand Turc; je croyais qu'il suffisait de n'avoir ni tué ni volé pour aller en paradis, c'està-dire, je ne croyais rien du tout, je ne m'étais jamais donné la peine d'y penser ; mais, si ce que dit ton mari est vrai, je suis perdue et j'irai en enfer, aussi sûr que je suis là.

— Oh ! s'écria M me Rose, toute pâle d'émotion, comment peux-tu dire une chose pareille ?

— Simplement parce que je la pense, répondit tante Catherine sans sourciller, bien qu'il y eut un peu de tremblement dans sa voix.

— Mais, tu oublies, reprit son amie, en attachant sur elle ses bons yeux pleins d'anxiété, tu oublies que le Seigneur Jésus est justement venu dans le monde pour chercher et sauver ce qui est perdu.

M ,le Catherine réfléchit un moment.

— Malheureusement, dit-elle, je ne suis pas du nombre des privilégiés, je sens qu'il n'est pas venu pour moi, et cette pensée, qui n'a rien d'à-

Page 1