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CHAPITRE XV

bien qu'elle fût restée, à l'extérieur du moins, exactement la même, il s'était fait en elle un changement, qui, pour échapper aux yeux du vulgaire, n'en était pas moins réel et profond, preuve en est, qu'un beau jour, elle s'était trouvée derrière la porte de M ,le Uranie, puis au beau milieu de sa chambre. La petite demoiselle, littéralement suffoquée de surprise, en avait oublié les simples règles de la politesse et avait laissé sa visiteuse debout, le dos contre l'armoire à glace.

— Uranie, depuis quelques jours déjà... je désire vous dire...

Et, pour faire plus aisément sortir ses paroles elle se mit à passer vigoureusement la main dans ses cheveux courts, ce qui les envoya promener dans toutes les directions.

— Je désirais vous dire, reprit-elle, que je reconnais n'avoir pas toujours été aimable avec vous, je vous ai souvent parlé très durement, je le regrette et... je vous en demande pardon.

Surprise d'abord, puis très émue, le menton de M Uo Uranie se mit à trembler, les coins de sa bouche s'agitèrent douloureusement, ses yeux se voilèrent.

— Pouvez-vous croire, s'écria-t-elle enfin, que je ne l'aie pas senti, que je n'en aie pas souffert? mais j'ai le cœur trop haut placé pour me plaindre, ce n'est que dans la solitude de ma chambre que je donne essor à mes douleurs.

Un léger mouvement d'impatience secoua les épaules de M Ue Catherine, mais elle se contint et essaya de répondre avec beaucoup de douceur:

— Je ferai mon possible pour que vous n'ayez plus à vous plaindre de moi et je serais contente que vous me pardonniez.

— J'essaierai, mais ce n'est pas facile, répondit M IIe Uranie, d'une voix que toutes ses douleurs concentrées étouffaient.

— Merci, répondit tante Catherine.

Et, faisant un dernier effort, elle tendit toute grande ouverte la main à son ennemie, qui y plaça quatre bouts de doigts très froids, très minces et très effilés.

Tante Catherine quitta la chambre soulagée, mais bien convaincue que Celui qui est venu au monde pour chercher et sauver ce qui est perdu lui avait pardonné d'une tout autre manière. Et, dans cette certitude, elle se remit à ses nombreuses besognes le cœur si gai et si léger qu'elle n'avait qu'un regret, celui de ne pas savoir chanter pour exprimer sa joie, mais elle se dédommageait de son mieux en sifflant de toutes ses forces.

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