CHAPITRE XVIII
lui demanda si l'Italie était vraiment aussi enchanteresse qu'on le disait.
— Mais, s'écria Alex, puisque papa y est encore, c'est la preuve que c'est très beau.
— Je ne croyais pas, ajouta tante Catherine, qu'Edouard fût si amateur de beaux-arts.
— 11 n'y a pas que des œuvres d'art à admirer en Italie, répliqua sèchement M lle Uranie; et je vous assure qu'Edouard n'a pas perdu beaucoup de temps dans les musées.
— Mais alors, où alliez-vous, où passiez-vous vos journées?
— Je ne saurais vous dire où Edouard passait les siennes.
— Mais n'étiez-vous pas toujours ensemble?
Ne vous a-t-il pas au moins dit quand il pense revenir?
— Non, et je ne le lui ai pas demandé, l'indiscrétion n'a jamais été dans ma nature.
Tante Catherine eut un mouvement de dépit, mais elle n'ajouta rien, voyant clairement qu'on ne voulait rien lui dire. Le mystère, s'il y en avait un, s'éclaircirait de lui-même, et, sur cette consolante pensée, elle reprit le chemin du presbytère.
Les leçons avaient recommencé, et M lle Uranie, sans doute pour rattraper le temps perdu, avait diminué de moitié les moments de récréation et
augmenté d'autant le volume des devoirs ; aussi les pauvres petits écoliers, qui n'osaient pas montrer ouvertement leur indignation, devaient se contenter de chuchoter entre eux que tante Uranie était encore pire qu'avant, et Alex conçut une terreur instinctive des voyages, puisqu'ils avaient de si funestes résultats.
Pendant ce temps, papa continuait à écrire, mais ses missives, toujours très courtes, n'apprenaient à sa petite fille qu'une chose, c'est qu'il se portait de mieux en mieux. A la fin pourtant, une de ses lettres lui fixa définitivement le jour de son retour, et la fillette, dans une véritable ivresse, courut annoncer la nouvelle dans toute la maison, puis au presbytère.
Enfin papa était revenu, son beau, son cher papa, tout à fait guéri, content, rajeuni ; et petite Alex, pressée sur son cœur, le dévorait de baisers,
— Papa, papa, tu ne t'en iras plus, plus jamais, n'est-ce pas ?
Pour toute réponse, papa embrassa de nouveau sa fillette.
— A présent, nous allons être tous les jours plus contents, dis, papa?
— Je l'espère, ma chérie.
— Oh ! moi. j'en suis sûre.
Et, dans cette assurance, elle appuya sa tête