CHAPITRE XVIII
— Et.... Et.... Et tu appelles ça demander un conseil î
— Je me suis peut-être mal exprimé, répondit M. Délie, en torturant ses beaux favoris, j'ai voulu dire que j'avais besoin de ta sympathie.
— Mais... tout n'est pas fini? Tout n'est pas décidé ?
— J'ai reçu, hier, sa réponse; je suis accepté, et, continua M. Délie en regardant dans le vague pour se donner du courage, je pense repartir dans quelques jours.
— Alex le sait-elle? marmotta le docteur d'une voix sourde.
— Pas encore; à vrai dire, quoique j'aie pensé surtout à elle, à son bien , en prenant cette décision, je crains qu'elle n'accepte pas la chose comme elle le devrait.
M. Alphonse se leva de nouveau et reprit, autour de la chambre, sa promenade enragée.
— Pensé à elle, à son bien, répétait-il ; mais, s'il y avait pensé, il se serait gardé comme du feu de lui jouer ce tour, ou il l'aurait fait il y a six ou huit ans, à présent c'est trop tard, jamais elle ne le supportera.
— Que dis-tu? demanda M. Délie d'un air désespéré.
— Je dis que je ne voudrais pas être dans ta peau.
— Mais, s'écria son ami, je compte sur toi pour
le lui dire, pour le leur dire, tu ne me refuseras pas, Alphonse.
— Oh ! pour ça oui, je refuse; tu as commencé ton petit roman tout seul, tu l'achèveras tout seul, comme tu pourras, je ne m'en mêle pas. A propos, quel âge a-t-elle ?
M. Délie détourna la tête.
— Je ne sais pas au juste, dans la vingtaine, je crois.
— Et sa nationalité ?
— Italienne, naturellement.
— De mieux en mieux. Eh ! bien, mon cher, je te félicite et je te souhaite beaucoup de bonheur.
Là dessus, M. Alphonse sauta sur son chapeau et partit au galop. Mais comme il arrivait au bout de l'allée, M lle Catherine lui barra le passage avec une montagne de tuteurs de haricots.
— C'est toi, Alphonse, comment le trouves-tu?
— Au physique, absolument guéri, au moral, plus mal que jamais.
— Que veux-tu dire î s'écria-t-elle en pâlissant.
— Ne t'effraie pas, reprit le médecin ; mais si tu as la moindre influence sur lui, uses-en pour l'empêcher de faire la plus grande sottise qu'il ait de sa vie faite.
Sans ajouter un mot, tante Catherine jeta loin d'elle les tuteurs de haricots et courut vers la maison.