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CHAPITRE XIX

marche ; mais quand ils eurent fait une vingtaine de pas, il s'arrêta brusquement.

— Raymond, nous aurions dû rester avec elle.

— Pourquoi faire puisqu'elle pleurnichait ?

— Mais elle doit avoir une raison, Alex ne pleure jamais pour rien.

— Oh ! pas du tout, seulement elle devient très ennuyeuse en vieillissant.

— Quelle bêtise ! Retournons, veux-tu ?

— Bien sûr que non.

— Alors, j'irai seul, dit Théo.

Et il rebroussa chemin.

— J'ai pensé, fit-il en rejoignant la fillette, que tu devais avoir un chagrin.

Alex secoua la tête.

— Dis-moi au moins pourquoi tu es si loin de la maison ?

— Je ne sais pas.

— Tu ne sais pas? répéta Théo.

— Oh ! si, oh ! si, je sais, mais je ne peux pas dire ; oh ! Théo, je ne peux pas dire.

Il y eut un instant de silence.

— Ecoute, dit enfin le petit garçon, viens avec moi, je connais quelqu'un qui te consolera tout de suite.

— Qui ? demanda la fillette.

— Maman. Tu ne sais pas encore comme elle est bonne, c'est elle qui nous console toujours quand nous avons du chagrin, elle console tout le

monde ; papa dit. poursuivit-il, comme dernier argument, qu'il ne pourrait pas vivre sans elle. Ne veux-tu pas venir 1 Alex secoua la tète.

— Personne au monde ne peut me consoler; s'écria-t-elle dans un nouvel accès de désespoir.

— Si maman ne réussit pas, alors tu pourras dire cela, reprit Théo ; h présent, viens.

Alex prit machinalement la main qu'il lui tendait, se leva et se laissa conduire jusque dans la cour du presbytère.

— Attends une minute, lui dit-il alors, je vais la chercher.

Et, une minute en eiïet ne s'était pas écoulée, que M mc Rose entourait la fillette de ses bras, l'emmenait dans sa chambre et calmait la violence de ses sanglots par de tendres caresses et de douces paroles.

Elle ne lui demanda rien, elle ne lui fit pas de questions, la visite de tante Catherine lui avait appris les changements qui se préparaient et elle avait compris, peut-être sans en saisir toute l'étendue, la violence du coup qui venait de frapper l'enfant.

Quand elle la vit plus calme, elle la fit asseoir près d'elle, garda sa main dans la sienne et, tout en caressant ses cheveux, commença à lui parler de ce cher papa qui l'aimait, malgré tout, si tendrement et qu'elle ferait beaucoup souffrir si elle

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