CHAPITRE XX
Pas une âme ne l'avait reconnue, tante Gatherine,tant elle était resplendissante dans sa robe de soie grise à traîne et sous son voile, auquel on avait attaché, comme Ton avait pu, la couronne de fleurs d'oranger, qu'aucune épingle n'avait pu fixer dans ses cheveux courts.
Pauvre tante Catherine, elle ne se reconnaissait pas elle-même, et il lui tardait d'aller arracher voile, couronne et robe de soie, pour revêtir un de ces bons grands tabliers qui faisaient tout son bonheur, car, sans M. Alphonse, qui avait tenu à la voir ainsi parée et qui avait fait tous les frais de ses splendeurs, elle fût allée à l'église dans sa robe et son chapeau de tous les jours.
Après la cérémonie, l'on s'était réuni pour dîner en famille, avec les habitants du presbytère, sur la pelouse de M. Délie; et puis les époux étaient partis non pas pour un voyage de noces, mais tout simplement pour se rendre chez eux, car M me Verdeil n'entendait pas perdre son temps à visiter des cathédrales et des musées, il fallait aller au plus pressé, et le plus pressé, pour elle, c'était le jardin, les pauvres, les malades, les mauvais sujets.
Le lendemain de ce jour, M. Délie quitta aussi la maison, mais pour y rentrer bientôt, accompagné de celle qui devait faire son bonheur, celui d'Alex et celui de tout son entourage.
Cette fois, la petite fille n'avait pas pleuré quand
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papa l'avait tendrement embrassée en l'exhortant à la sagesse, puis elle s'était rendue au presbytère où. sur la demande de M ,,,e Rose, elle devait res-, ter jusqu'à son retour.
Mais, au lieu d'aller rejoindre la bande joyeuse «jui folâtrait derrière la maison, elle était venue se blottir tout près de la mère de famille et s'était obstinément attachée à ses pas, allant et venant sans bruit derrière elle, comme une petite ombre inquiète et malheureuse.
Et personne, en voyant cette silencieuse petite tille, n'eût reconnu la joyeuse Alex, toujours en quête de quelque amusement.
— Pourquoi ne vas-tu pas jouer avec eux, mu chérie ? demandait quelquefois M me Rose.
— Je ne sais pas, répondait la fillette.
— Mais, ajoutait la mère de famille, je n'aime pas à te voir ainsi toujours seule, ne veux-tu pas essayer de t'amuser, pour me faire plaisir ?
Sans rien dire, Alex se levait et s'en allait rejoindre ses petits compagnons de jeux.
Mais, pour s'amuser, il faut avoir le cœur gai et léger, et le cœur de petite Alex était lourd, si lourd, qu'il lui semblait parfois qu'il allait l'étouffer.
Et, comme les enfants ne savent heureusement pas rire avec des larmes dans la voix, les amis d'Alex ne tardèrent pas à la trouver aussi ennuyeuse qu'un jour de pluie; et Raymond et