CHAPITRE XX
Nini, cruels comme on l'est à leur âge, déclarèrent une bonne fois à Théo qu'elle était devenue la plus désagréable fille du monde et qu'il n'y avait plus moyen de s'amuser avec elle.
* A cette nouvelle, Théo avait relevé la tête d'un air indigné.
• — Est-ce que" vous ne voyez pas qu'elle est malheureuse? fit-il.
.*— Malheureuse ! s'écria Reymond, parce que son papa veut lui donner une maman ; à sa place je serais bien content.
Théo haussa les épaules.
— Tu ne sais pas ce que tu dis, tu serais content, n'est-ce pas, quand papa nous amènerait tout à coup une maman que tu ne connaîtrais pas?
— Mais, c'est bien différent. Alex n'en a jamais eu, elle ne peut donc pas se souvenir.
— Ça ne fait rien, elle sait pourtant que cette maman n'est pas la sienne, et puis, ajouta-t-il en baissant la voix, il y a encore autre chose.
— Quoi ? fit Raymond d'un air curieux.
— C'est qu'elle est jalouse, j'en suis presque sûr.
— Jalou se ! de quoi ?
— Que tues bête, ne comprends-tu pas qu'avant elle était tout pour son papa et maintenant...
Raymond ouvrit des yeux tout ronds d'étonnement...
— Et maintenant?
— Et maintenant elle n'est plus tout...
— Et c'est pourquoi elle fait cette figure ? Eh bien ça n'en vaut pas la peine.
— Tu trouves ; moi, je la comprends.
— Alors, sais-tu quoi ? fit Raymond avec un sourire plein de malice, tu peux la garder toute pour toi, nous ne te la disputerons plus.
Et, pirouettant deux ou trois fois sur lui-même il disparut de l'horizon.
Théo le regarda s'éloigner, puis, poussant un soupir, il ferma son livre pour s'en aller à la recherche de cette maussade petite fille qu'on venait de lui léguer si généreusement.