‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 85 sur 152 · CHAPITRE XXI lf · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI lf

gestes, les paroles, débordaient de bonheur. Quant à tante Catherine, elle n'avait rien perdu de sa gaité ordinaire et il était k présumer qu'elle ne regrettait nullement d'avoir accepté l'hospitalité du docteur.

Après le dîner, à l'exception de M l,e Urauje, tout le monde se rendit au jardin. Puis M. et M ,B -* k Verdeil reprirent le chemin du logis et Alex en profita pour s'échapper; elle s'arrêta cependant quelques secondes au pied de la terrasse, la tête tournée vers la pelouse, comme si elle s'attendait à être rappelée, mais papa ne s'était sans doute pas aperçu de sa disparition, car il continuait à se promener comme auparavant, la main de la jolie étrangère passée sous son bras. Alors, petite» Alex monta lentement les degrés de la terrasse y vint appuyer ses deux coudes sur la balustrade et se mit à regarder les promeneurs.

Oui, elle était bien jolie, sa nouvelle maman, et elle aurait peut-être pu l'aimer, son petit cœur enthousiaste aurait pu s'éprendre pour elle d'une de ces ardentes affections que l'on éprouve quelquefois pour ce qui est beau ; mais en ce moment petite Alex n'éprouvait point d'amour, oh ! point du tout, pour cette étrangère qui s'appuyait au bras de papa et lui parlait, le regardait, lui souriait sans paraître se souvenir qu'il existait unepetite fille à qui papa appartenait tout d'abord et qui avait les premiers droits à sa tendresse.

Et, avec la criante injustice qui caractérise toujours celui dont la jalousie brûle le cœur, Alex n'en voulait qu'à celle qui était la cause involontaire de son chagrin.

La nuit commençait à envelopper les deux promeneurs, et à mesure que l'obscurité grandissait, la petite fille penchait sa tête plus avant, le regard toujours fixé sur la robe blanche qu'elle voyait passer et repasser entre les massifs de fleurs qui ornaient la pelouse.

Enfin, après un temps assez long, elle la vit s'arrêter, pendant que papa resserrait son châle autour d'elle, puis ils se dirigèrent vers la maison.

— Savez-vous, Rita, fit la voix de M. Délie, que je me trouve presque cruel de vous avoir arrachée à votre beau pays, à votre ciel bleu, à votre doux climat, pour vous transplanter ici, dans cette triste vallée, avec ces hautes montagnes qui bornent notre horizon : par moments, j'ai peur que vous ne puissiez le supporter.

— Oh ! ne dites pas cela, répondit la voix musicale de l'étrangère, h présent, je ne pourrais plus être heureuse dans mon pays, je ne puis l'être qu'avec vous, où que vous soyez.

Alex n'entendit pas la réponse, elle vit seulement papa entourer sa jeune maman de ses bras, puis, toujours enlacés, ils gravirent lentement les degrés de pierre.

Alors, comme si elle sortait tout a coup d'un

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