‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 87 sur 152 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Elle avait raison, vieille nourrice : le portrait était fidèle, et M. Délie* qui en avait été lui-même souvent bien amusé, n'en riait plus du tout. Et maintenant il était trop tard, trop tard pour revenir en arrière ; petite Alex devait apprendre ce qu'on ne lui avait jamais enseigné, à partager ce qu'on lui avait dit être tout à elle. Oh ! la terrible, la dure leçon, son petit cœur 1 se refusait obstinément à l'apprendre, et tous les raisonnements de papa, toutes les remontrances de nourrice, toutes les douces paroles de sa jeune maman étaient peine perdue. Quelquefois pourtant, après une longue causerie où papa s'était efforcé de lui montrer ses torts et le terrible chagrin qu'il en ressentait, elle se suspendait à son cou, et dans un élan de tendresse désespérée, elle promettait d'être sage, c'est-à-dire d'essayer d'aimer un peu sa nouvelle maman.

Et elle essayait, et quelque fois un rapide baiser venait réjouir le cœur de la gentille étrangère et éclairer sa douce figure d'un gai sourire. Alors, papa reprenait son air heureux d'autrefois, il caressait la tête blonde de sa petite fille et regardait.

sa jeune femme avec des yeux qui semblaient dire : Je savais bien qu'on ne peut pas te résister.

Mais, au même instant, la jalousie un moment assoupie dans le cœur de petite Alex se réveillait plus intense et plus vive.

Non, elle ne voulait plus l'embrasser, cette nouvelle maman, ni même essayer de l'aimer ; elle lui avait pris son cher papa, qui était autrefois tout à elle ; oui, elle voulait la haïr, la haïr tant qu'elle pourrait.

A la fin, papa se fatigua de lutter inutilement et renonça pour tout de bon à raisonner sa fillette; son front se fit un peu plus sombre chaque jour et une ombre de tristesse voila les beaux yeux de maman.

Nourrice, elle-même, devint toute chagrine, mais elle ne voulait pas perdre courage, et plus petite Alex se montrait révoltée, injuste, colère, plus elle disait de choses qui faisaient mal à ses oreilles, plus elle demandait à son grand ami de faire pour la pauvre petite fille de M. Edouard ce que personne ne pouvait faire.

Seule de toute la maisonnée, tante Uranie savourait une joie jusqu'alors inconnue; sa petite nièce, si longtemps rebelle à l'étude, s'était tout d'un coup mise à travailler comme s'il y allait de sa vie, comme si par ce moyen elle arriverait à combler le vide de son pauvre cœur. Bientôt elle eut dépassé en science M 1,e Nini, qui jusqu'ici

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