CHAPITRE III
nés quand M me Uranie fera son éducation, marmotta la petite vieille.
— Tu crois ? — et un sourire malicieux éclaira la figure richement colorée de la visiteuse. — Pauvre mignonne, dans quel guêpier elle est venue se fourrer !
— Mademoiselle Catherine, croyez-vous réellement que M. Edouard ne voudra jamais la revoir ?
Pour toute réponse, la dame partit d'un éclat de rire.
— Mais, nourrice, dit-elle enfin, toi qui as eu deux maris et qui as élevé des tas d'enfants, sans compter mon frère, tu devrais mieux connaître les hommes ; ne sais-tu pas que dans leur bouche, les mots jamais, toujours, ne signifient absolument rien ; je ne suis pas mariée, moi, Dieu merci, mais je t'assure que je m'y connais mieux que toi, et je te certifie qu'un jour mon frère gâtera sa fille au point de nous faire regretter le temps où il ne voulait pas la voir.
— Plût à Dieu que nous en soyons déjà là, murmura la nourrice, je le lui demande tous les jours ; car voyez-vous, il doit terriblement souffrir. Je l'ai rencontré hier, au moment où nous revenions de la promenade, et je l'ai trouvé bien changé.
— Ce n'est pas surprenant, interrompit M Ue Catherine, il ne mange rien et passe ses nuits à se
promener dans sa chambre. Il est toujours le même, mon pauvre frère, tantôt dans un extrême, tantôt dans un autre, jamais dans le juste milieu. Mais à présent, il faut que je te quitte, je ne suis venue que pour quelques minutes, tout exprès pour te dire de faire en sorte de le rencontrer toutes les fois que tu vas te promener avec bébé, il ne faut pas qu'il oublie...
— Mais, s'écria nourrice, M 1,e Uranie est aussi venue, ce matin, tout exprès pour me dire le contraire !
— Que M ,,c Uranie s'occupe de ses toilettes, de ses chiffons, de ses dentelles et ne se mêle pas de nos affaires, nourrice.
— Et si je suis grondée, et si elle se fâche *?
— La belle affaire ! comme si c'était possible de ne pas blesser 8a Seigneurie tout le long du jour : moi, je ne fais que ça et je me porte à merveille, comme tu vois.
Nourrice leva vivement les yeux sur la figure réjouie et la personne florissante de M ,,e Catherine.
— Ah ! si tout le monde pouvait vous ressembler î soupira-t-elle.
— Me ressembler ? Et pourquoi faire ? s'écria gaiement la visiteuse ; beaucoup y perdraient, et toi la première, nourrice, tant au moral qu'au physique.
Et son regard s'arrêta sur la petite figure ridée.
M— St.