‹ Mademoiselle Alex: nouvelleChapitre 95 sur 152 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

moustache blanchâtre, ce qui ne variait pas beaucoup son aspect, fit son apparition.

— La voici î dit-il en enlevant de dessus son épaule un petit paquet tout rose et tout rond qui se mit à trottiner en chancelant comme une tour mal assise.

— Eh bien ! Alex, qu'en penses.-tu, n'est-elle pas superbe, tout le portrait de sa mère? demanda oncle Alphonse, en se rengorgeant de bonheur.

C'était vrai, et le portrait était si fidèle, si exact, qu'Alex ne put s'empêcher de rire en embrassant les bonnes joues, en façon de pommes d'api, de mademoiselle Alphonsine Verdeil. Après quoi, la petite boule rose s'en fut trouver les petites boules blanches, pendant que les vieux recommençaient à jaser. Et M lle Alex, (fui n'était plus une petite boule et pas encore une vieille, quitta furtivement le salon pour grimper dans la chambre grise, où nourrice, bien sûr, était occupée à l'attendre.

— Non, ce n'est pas vrai ! s'écria la petite vieille, en la voyant tout à coup devant elle.

— Si, si, c'est vrai, répondit Alex en l'étouffant sous ses baisers.

— Relève-toi, ma mie, relève-toi que je te voie. C'est ça, oh î comme tu ressembles à ta mère ! Tu es presque aussi jolie qu'elle et tout aussi bonne, j'espère?...

— Moi? oh ! pas du tout, s'écria M ,,e Alex en

secouant sa tête blonde; je suis toujours la même, nourrice.

— J'espère bien que non. Mais, assieds-toi là, tout près de moi que je puisse te voir. C'est ça, oui, tu es son portrait. Quand tu es entrée cela m'a donné un coup, j'ai cru que c'était elle.

Et nourrice prit entre les siennes les mains d'Alex et se mit à les caresser.

— Si tu savais, continua-t-elle plus bas, combien j'ai souhaité vivre assez pour voir ce moment; j'avais peur quelquefois de devoir partir avant, je n'aurais pas voulu, non, ma mie, je n'aurais pas voulu.

— Mais, nourrice, je ne veux pas que tu partes, je veux que tu restes avec moi, toujours, toujours, s'écria la jeune fille en l'entourant de ses bras et s'aperce vant avec terreur que vieille nourrice avait changé, elle aussi, qu'elle était devenue encore plus petite, encore plus menue, comme si elle eût eu l'intention de disparaître peu à peu.

Et, prise d'un véritable accès de désespoir, elle appuya sa tête contre la poitrine de la vieille femme et se mit à sangloter.

— Là, là, ma mie, ne pleure pas ainsi, je ne m'en irai que quand le Maître voudra, pas avant, seulement quand II voudra. Là, calme-toi, que dira M. Edouard s'il voit que tu as pleuré le jour de ton retour? Il faut être gaie, il faut rire, puisque tout le monde est joyeux de te revoir.

Jmi

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