‹ Mademoiselle AnnetteChapitre 3 sur 10 · NICOLLET FILS, DISTILLATEUR · texte numérisé non relu

NICOLLET FILS, DISTILLATEUR

Maintenant, au-dessus de la boutique fermée, l'enseigne ne signifiait plus rien, et la ruine de la maison éveillait l'impression d'un vieil arbre qui s'abat. Il va de soi qu'on en cherchait les causes : au cercle, au café de la Tête de Maure, à celui de la Croix rouge, sur le seuil des boutiques, au marché, sous les arcades, autour des corbeilles de légumes, personne ne parlait d'autre chose ; des échos

de ces conversations m'arrivaient, à la table de famille où mon père les rapportait :

— Qu'est-ce qu'ils peuvent avoir fait ? demandait le gros syndic Quartier, en tirant les poils hirsutes de sa barbe rouge ; spéculé?... joué à la bourse?...

Son contradicteur habituel, le notaire Tiercet, long, mince et noir, répondait, avec son air d'oiseau de nuit, de sa petite voix grêle qu'on entendait à peine :

— La Bourse ? Le pauvre Juste Nicollet n'a seulement jamais su ce que c'est!

— Pourtant, reprenait le syndic, il n'y a pas d'effets sans causes, que diable ! On n'arrive pas à la faillite comme on va boire une « picholette ! »

— Les concurrences, les difficultés, expliquait le chapelier Rabourin, il ne faut pas chercher plus loin... Quand un commerce commence à mal marcher, ça va vite. Ils ont emprunté, ces dernières années. Ils avaient des cédules chez tout le monde.

— Bourdon s'en mêlait un peu ?.

— Peut-être.

— Oh ! alors !

Il n'y avait pas besoin d'autre explication, quand Bourdon s'occupait des gens, ils étaient sûrs de leur affaire.

Parfois, des bouches sentencieuses prononçaient des aphorismes :

— Quand on voit que ça ne va plus, on s'arrête !

Ou bien :

— Avant tout, on ne doit jamais rien faire perdre à personne !

— Et ils feront perdre, ceux-là !

— Combien ?...

— Est-ce qu'on sait ?... Quinze mille francs, peut-être vingt.

— Ça n'est toujours pas Bourdon qui perdra !

Je n'ai jamais oublié un fragment de conversation que j'eus l'aubaine de surprendre, un dimanche, à la sortie du Temple. Le dialogue commença entre M. Massod de Bussens, l'homme le plus considérable de la ville, gras, rigide, solennel, et le docteur Mathorel, un libre penseur qui affectait vo-

lonliers d'être toujours seul de son avis. Ils s'étaient arrêtés devant la statue romaine adossée à l'un des contreforts de la vieille église, que certains archéologues prenaient pour une déesse et d'autres pour une impératrice. Comme je passais derrière eux, j'entendis la voix sonore de M. Massod de Bussens prononcer le nom des Nicollet. Aussitôt, je dressai l'oreille ; je saisis encore ce qui suit :

— ... Pire qu'un malheur: une déception... Oui, une déception pour tous les honnêtes gens... On ne sait vraiment plus à qui se fier, au jour d'aujourd'hui!

Je le vois encore, appuyé de la main droite sur son parapluie à pommeau d'argent, la main gauche dans le revers de sa redingote, plus majestueux que la vieille statue romaine. Le docteur Mathorel, les yeux à terre, répondit, en remuant un caillou du bout de sa canne :

— Il n'y a peut-être pas de leur faute, après tout: il faudrait savoir...

J'aurais voulu lui sauter au cou pour

cette parole de bonté ; mais M. Massod de Bussens déclara d'un ton péremptoire :

— Malheureux ou coupables, en affaires, c'est la même chose !

— Permettez, permettez, riposta le docteur...

D'un geste autoritaire, M. Massod de Bussens lui coupa la parole :

— Non, ne les défendez pas. C'est impossible. Leur cause est perdue: vous verrez qu'ils ne pourront pas rester à Bielle.

M. Tiercet arrivait, porté comme un fil léger par le flot des fidèles. Il saisit au vol cette dernière phrase, comprit aussitôt de qui l'on parlait, et s'arrêta pour insinuer :

— Et la pauvre fille si méritante... Celle qui tient l'école... Voilà son mariage à l'eau, maintenant... Un si beau mariage !...

M. Massod de Bussens, patricien de vieille roche, ne pouvait que désapprouver les unions qui ressemblent à des mésalliances; aussi répliqua-t-il, avec autorité :

— Ce mariage, monsieur... Moi, vous savez, je n'y ai jamais cru... Il était absurde!

«—Pourtant, les jeunes gens s'accordaient si bien ! dit encore M. Tiercet.

Mais le syndic Quartier survenait à son tour, énorme, suant, s'épongeant le front, si pesant, qu'il semblait enfoncer un pavé à chacun de ses pas. Et il interrompit la conversation :

— Quel sermon ! hein ? Ah ! ces sermons qui ne finissent pas!... Vingt, vingt-cinq minutes, passe encore... Mais trois quarts d'heure!... Car il a duré trois quarts d'heure, messieurs, montre en main !

Les quatre hommes se mirent à descendre la grand'rue, mêlés à la foule qui s'écoulait lentement, par petits groupes bavards. Je les suivis, dans l'espoir de les entendre encore: ils avaient baissé la voix, leurs propos se perdaient dans le bourdonnement général.

Un peu plus loin, quand les figures confites, les redingotes pelées, les robes noires et les gants de filoselle des darbystes sortirent d'une allée sombre et filèrent le long des murs, le docteur Mathorel s'arrêta pour désigner la silhouette du procureur Bourdon.

— Il en a dévoré, celui-là ! grogna-t-il. Personne ne lui répondit. M. Bourdon,

glabre, jaune, son psautier et sa Bible sous le bras, s'en allait à petits pas, les yeux miclos, un peu voûté, ruminant dans la béatitude d'une conscience tranquille les saintes paroles qu'il venait d'entendre ou de prononcer. Le docteur continua, la voix plus chaude :

— Et ça fait le saint ! Ça veut fonder des églises ! Ça se croit du troupeau des élus ! Ça se déclare choisi par Dieu, pour jouer de la harpe dans le Paradis !... Si c'est ça, les phalanges célestes !...

Pour l'apaiser, M. Tiercet insinua :

— Je croyais que le vieux Nicollet était de la même secte.

— Qu'est-ce que ça peut faire ? riposta le docteur. Il n'y a que les loups qui ne se mangent pas entre eux. Ces mômiers-là, quand il s'agit d'argent, ils deviennent plus féroces que les anthropophages !

Les Nicollet, qui ne partageaient point le fanatisme du paralytique, fréquentaient d'ha-

bitude, très exactement, l'église nationale. Mais leur affliction, au lieu de les conduire au culte, les en éloignait: craignant les regards, lemépris/la pitié, ils ne se montraient plus nulle part et restaient enfermés chez eux, dans l'attente effarée du moment où ils pourraient partir. A de longs intervalles, un des pasteurs ou quelque personne charitable ou curieuse allait les voir, écoutait leurs plaintes, leur recommandait d'avoir du courage et d'espérer. Mais le temps passait, aucun secours n'arrivait, et bientôt une affiche collée sur la devanture fermée de la boutique annoncerait la vente judiciaire...

Un après-midi de congé, je réussis à décider mon ami Pierre à sortir avec moi, «pour prendre l'air ». Il en avait besoin: habitué à l'exercice, le pauvre garçon pâlissait et maigrissait à faire peur, dans son immobilité oisive. Pourtant, il ne m'aurait jamais suivi sans l'intervention de sa sœur, qui lui dit:

— Va, mon petit Pierre. Il ne faut pas devenir malade A quoi cela servirait-il?

Nous sortîmes par la cour, d'où une ruelle nous conduisit à l'Esplanade , sans nous obliger à passer par les endroits fréquentés. Que de jolis souvenirs, sous ces marronniers ! D'ici nous voyions apparaître les bateaux qui doublent la pointe d'Yvoire, en venant de Thonon. Là, sur ce banc de pierre en forme de croissant, MlleAnnette s'asseyait pour surveiller nos jeux, moins de deux ans auparavant. Pierre me le montra, le doigt tendu, et dit :

— Te rappelles-tu ? C'était le bon temps ! Il parlait presque comme un vieux, mon

pauvre ami, ayant appris en quelques semaines beaucoup plus de choses que M. Gidard ne nous en enseignait en vingt mois de leçons. Avec un gros soupir, il dit encore :

— Ce bon temps ne reviendra pas !

Puis, comme nous nous remettions en marche, il me raconta leurs projets, posément, d'un ton réfléchi, d'un air sérieux de petit homme :

— A présent, nous savons au moins ce

que nous allons faire... Oui, tout s'est décidé cette semaine... Ah! nous avons vu bien des choses, va!../ Des choses qui nous ont étonnés!... Si tu savais!...

— Raconte moi, Pierre, ça te fera du bien.

Il secoua gravement la tête, en répondant :

— C'est que, tu comprends, c'est des affaires de famille !

— Je ne répéterai rien à personne.

Il hésita encore un peu ; puis, cédant enfin au besoin d'ouvrir son cœur, il raconta, d'une voix sourde :

— Je ne t'explique pas comment la débâcle est venue: c'est trop difficile, et je n'ai pas très bien compris... Je sais seulement qu'il aurait fallu trouver dix mille francs, pour Bourdon, et que mon père n'a pas pu... Alors, il y en a d'autres qui ont aussi réclamé de l'argent que nous leur devions, en disant qu'ils ne voulaient plus attendre... Et Bourdon a fait déclarer la faillite... Alors, mon père a écrit à tous ses

frères et sœurs, pour demander leur aide, afin d'obtenir un concordat... Un concordat, tu sais, c'est un arrangement avec les créanciers, qui nous aurait permis de continuer la distillerie... Il y avait d'abord mon parrain, celui qui est en Amérique, et qui est riche. Tu comprends, nous comptions sur lui!... Mon père disait: « Pierre-Denys fera quelque chose, pour sûr ! » Eh bien ! mon parrain a répondu que cela ne le regardait pas!... Trois lignes sur une immense feuille de papier!... Comme je te le dis !... Ma tante Emilie a envoyé mille francs : une goutte d'eau dans la mer, a dit papa... Ma tante Césarine a écrit qu'elle devait aller aux eaux pour ses rhumatismes et ne pouvait rien envoyer pour le moment, mais que plus tard, si c'était vraiment nécessaire, elle ferait quelque chose... Plus tard!... Il n'y a que l'oncle Adolphe qui a été gentil. Nous ne comptions pas sur lui, certes!... C'est un si pauvre homme, tu sais,... un peu simple, comme un enfant... Pourtant, il nous a apporté ses économies... C'était touchant, de

le voir avec le vieux portefeuille qu'il voulait absolument donner à mon père... Seulement, c'est trop peu de chose : avec un métier comme le sien, tu comprends, le pauvre oncle n'a pas gagné beaucoup.

Pierre se tut, comme pour contempler cette vision hâtive de l'égoïsme humain. Je lui demandai, après avoir un moment respecté son silence :

— Enfin, vous, qu'est-ce que vous allez faire ?

— Nous, nous partons

— Où allez-vous?

— Au Canada.

— Si loin !...

Je pensais à des récits de chasse, à des histoires de Peaux-Rouges.

— Qu'est-ce que vous ferez là-bas ?

— Ce que nous pourrons !... Mon père dit que dans ces pays nouveaux il y a de la place pour tout le monde, et qu'on y peut toujours gagner sa vie.

— Vous partez tous ?

— Xon. Grand-père, comment veux-tu qu'il

se mette en voyage?... Il reste, et ma sœur Annette avec lui.

Ce fut comme une lueur salutaire dans l'ombre qui m'envahissait. Je dis :

— Ça doit te faire bien de la peine, de quitter ta sœur ?

— Pour sûr!... Mais quand il faut!

Il poussa un gros soupir en ajoutant:

— Elle aussi, voudrait bien partir!

Il parut hésiter, s'assura par un regard circulaire que personne ne nous observait, et continua d'un ton plus confidentiel :

— Car son mariage, tu sais?... Plus question !...

Je demandai naïvement :

— Pourquoi ?

Pierre eut un petit rire sarcastique d'homme qui connaît la vie :

— Le docteur Maguet est venu voir mon père, dit-il... Ils ont causé longtemps, très fort, comme s'ils se disputaient... Moi, je tâchais d'écouter, à travers la porte, et j'endais des mots comme « honneur » ou « considération », qui revenaient sans cesse... Ma

sœur, elle, ne voulait pas écouter, et regardait par la fenêtre... Enfin le docteur est parti... Mon père avait les yeux pleins de larmes... Et il s'est mis à expliquer à ma sœur ce que ce vilain homme venait de lui dire : qu'il retirait son consentement, à cause de la faillite, et que Marc avait fini par comprendre... Ma sœur a répondu: « Eh bien ! je ne me marierai pas, voilà tout! » Elle ne pleure pas, elle ne se plaint pas, mais on voit qu'elle a beaucoup de peine... C'est pour ça que je dis qu'elle voudrait bien partir avec nous... Mais il faut que quelqu'un reste pour soigner grand-père !

En devisant ainsi, nous avions quitté l'Esplanade, descendu le raidillon qui conduit au bord du lac, et nous étions sur la grève, séparée de la route par un manteau d'acacias, à l'endroit où nous venions nous baigner en été. Pierre ramassa quelques galets et les lança sur l'eau, d'un geste adroit qui les faisait ricocher cinq ou six fois avant de disparaître. Ce jeu l'eut bientôt lassé; il s'assit sur un tertre de sable, croisa les bras sur

ses genoux et se mit à contempler en silence le beau paysage, l'eau pâle, les villages savoyards dont les toits miroitaient dans le couchant, le Mont-Blanc qui s'estompait dans l'air embrumé de l'automne. Il soupira :

— Je ne verrai plus tout ça, plus jamais !... Je m'écriai :

— Ah! Pierre! je t'en prie, ne parle pas ainsi!... Quand tu seras grand, tu reviendras...

— Qui sait?... L'Amérique, c'est si loin!... Et puis, on reste là où on est... Aucun de nous n'aura bien envie de revoir Bielle : nous y avons été trop malheureux !

Il aspira le bon air du lac à pleins poumons, comme pour en faire provision, se leva de son tertre, et me dit:

— Veux-tu rentrer, à présent?

— Comme tu voudras.

Sur la route, il retrouva tout à coup son enfance, et se mit à courir du côté de Genève, en me criant:

— Je veux voir si j'ai encore des jambes!... Tâche donc de me rattraper!

Je partis derrièçe lui, et nous courûmes ainsi jusque la Villa Charlotte. Comme nous nous arrêtions, hors d'haleine, devant la grille monumentale, une petite porte de service s'ouvrit dans le mur de clôture, et l'oncle Adolphe parut. Il était en blouse grise, en tablier bleu dont un coin se relevait jusqu'à la ceinture, coiffé d'un chapeau de bûchilles jauni par l'été, avec une ficelle autour en guise de ruban, et portait de lourdes bottes couvertes de terre et de poussière. Il avait une bonne figure large, rougeaude, aux traits épais, aux joues mal rasées. 11 mit sa grosse main velue en abatjour sur ses yeux ternes, regarda autour de lui comme un homme prudent qui examine, avant de s'y engager, un terrain rempli d'embûches, reconnut son neveu et l'appela :

— Tiens, Pierre! Qu'est-ce que tu fais par là?... Il faut justement que j'aille en ville pour parler à ton père... Est-ce que tu rentres, toi ?...

Pierre n'osa pas dire que non, et l'oncle Adolphe se mit à marcher à côté de nous,

de son pas pesant, sans souffler mot. Je me rappelai la parole de M,le Annette : « Un poète... », la belle action que Pierre venait de me raconter, et me sentis prêt à l'admirer, malgré son air de paysan, de cantonnier, de lourdaud mal dégrossi... Peut-être, en route, dirait-il quelque belle chose, comme en disent les laboureurs de Virgile?... Mais non, il n'ouvrit pas la bouche, et l'on eût cru qu'il ne voyait rien, ni le lac, ni les Alpes, ni la jolie silhouette de la ville perchée sur la colline, tant il semblait indifférent ou enfermé en lui-même. Il ne passa pas non plus par les ruelles, comme nous avions fait : il suivit bravement la grand'rue, d'un bout à l'autre, en tenant la main de son neveu, sans être gêné le moins du monde quand les gens se retournaient pour nous suivre des yeux. A vingt pas de la grosse horloge, nous rencontrâmes Marc Maguet, avec son énorme chien. Ce fut lui qui se détourna et je crus remarquer qu'il devenait tout rouge...

Peu de jours après cette dernière prome-

nade, j'accompagnai à la gare mon petit camarade avec sa famille.

La gare! Encore un bon endroit pour les jeux, autrefois. Nous y venions rôder, à l'heure des trains, pour collectionner les noms des locomotives ou taquiner Henri le Fou, — le pauvre diable resté dans l'enfance qui déchargeait les bagages et portait les valises. Mais, à partir de ce jour, la gare ne fut plus pour moi qu'un lieu de tristesse : le château des adieux. J'y revoyais toujours, dans mon souvenir, le triste groupe des Nicollet, debout avec leurs paquets sur le quai de départ : le père, effondré comme un mouton qui sent l'abattoir, les yeux gonflés, les gestes inquiets; la mère, dont le visage se crispait clans l'effort pour réprimer son mal; les enfants qui tâchaient d'être crânes, et surtout mon pauvre ami Pierre, qui sifflota jusqu'au dernier moment, les mains dans ses poches, en affectant un air dégagé. Ils s'empilèrent tous ensemble dans un compartiment de troisième classe, avec leurs sacs de nuit, leurs paniers, leurs paquets, leurs pro-

visions de route, tellement affairés qu'ils ne pensaient plus à dire adieu à personne. Un employé, pour fermer les portières, écarta les mains qui se tendaient vers eux. Le train partit. Des mouchoirs s'agitèrent. Ils étaient loin : on ne les reverrait plus. Mlle Annette pleurait dans les bras de l'oncle Adolphe, sans se soucier du chef de gare, en casquette galonnée, qui les observait, ni d'Henri le Fou qui grimaçait dans sa barbe grise. Gomme je pleurais aussi, elle me serra contre elle, tendrement, en disant :

— Pauvre petit! Tu as bien du chagrin, toi aussi !...

Quelques jours après, on vendit les meubles : tout, tout, tout, selon la prédiction de Paul Bourdon, les lits, les tables, les chaises, les estampes qui décoraient les parois, jusqu'à de vieux daguerréotypes de famille, que l'oncle Adolphe racheta. Puis M110 Annette alla s'installer avec son grand-père dans un très petit appartement de la rue du Collège. Leur bonne, la vieille Emmeline, qui les servait depuis plus de trente ans, ne

voulut pas les quitter, bien qu'ils ne pussent plus lui promettre de gages.

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