‹ Mademoiselle Beau-SourireChapitre 10 sur 40 · LA FILLE ET LA MERE · texte numérisé non relu

LA FILLE ET LA MERE

Oh! la belle nuit qu'avait passée Mlle Beau-Sourire! quels songes heureux elle avait eus! L'avenir était riant, la vie avait des horizons roses. Elle retrouvait une famille, elle allait vivre enfin avec des affections autour d'elle; elle aimait, on l'aimait; oh! les beaux rêves.

En se levant , elle était gaie , elle avait son beau sourire. Il faisait un clair soleil ; tout était renouveau en elle.

Elle attendait, pleine d'espoir, celui qui la devait venir chercher. Dans ses songes, elle avait vu sa mère acceptant tout ce qu'elle demandait. Elle allait enfin épouser celui qu'elle aimait. Tout le noir du passé s'effaçait. Rieuse, elle chantait, allant, venant dans sa chambre, chiffonnant, préparant sa petite valise; elle avait des impatiences en regardant l'heure, attendant Auguste qui devait la venir prendre pour la mener chez sa mère.

La mère d'Auguste allait être une véritable mère; elle ne la connaissait pas, et elle l'aimait, cette femme, car c'était elle qui l'avait faite ce qu'elle était.

Sur la seule recommandation de son fils, elle lui avait donné ce qu'elle avait. Elle était bonne, et elle avait hâte de lui montrer qu'elle n'était pas ingrate.

Pour paraître devant Mme de La Saussoye, elle voulait être belle; constamment devant son miroir, elle lissait ses cheveux, soignait sa toilette, essayait ses sourires.

Était-ce coquetterie? Non, elle voulait plaire; elle voulait que le premier regard de la mère de celui qu'elle aimait fût sympathique.

La pauvre grande enfant ne se connaissait pas; elle ne savait pas que tout était charme en elle, qu'il suffisait de la voir pour l'aimer.

Elle revenait sans cesse devant son miroir, s'étudiant, ennuyée de ses mouve-

ments fiévreux nés de l'impatience qu'elle avait de ne point voir venir celui qu'elle attendait.

On frappa à sa porte. Toute tremblante, elle courut ouvrir.

C'était lui.

— Eh bien? fit-elle.

Il ne répondit pas; il entra, et, en voyant sa mine sombre, son air embarrassé, elle demanda :

— Elle a dit non?

Il répondit en affirmant par un mouvement de tète.

Les malheureux enfants étaient l'un et l'autre si impressionnés qu'ils oublièrent de s'embrasser.

Auguste semblait écrasé, anéanti; elle, au contraire, se redressa :

— Qu'a-t-elle dit?... Qu'a-t-elle dit? demanda-t-elle fiévreuse. Auguste, tout timide, répondit :

— Vous aviez raison; elle a été bien cruelle..., bien cruelle!...

— Elle a élit non?

— Elle a difqu'elle ne voulait plus vous voir; elle a dit que vous n'existiez plus pour elle... Elle a dit que vous pouviez faire ce que vous vouliez...

— Et... qu'a-t-elle dit pour justifier son refus?... A-t-elle dit quelque chose sur moi?...

En disant cela, MUe Beau-Sourire avait un air de défi tel, que le jeune homme reprit vivement :

— Adèle, moi je ne sais rien..., rien que le refus... J'arrivais à Paris si heureux!... Ma mère m'avait dit : « Amène-moi ma fille »..., et je venais... Et puis, je suis allé chez l'homme que j'avais chargé de la demande... Il m'a dit qu'il n'y avait aucun espoir, qu'il avait été reçu d'une façon épouvantable..., et je suis venu ici désespéré... Il ne faut plus penser à cela... Vous allez venir avec moi, chez ma mère... Lorsque vous serez là-bas, bien à l'abri, eh bien, nous agirons...

Le pauvre garçon était lamentable.

D'une voix sèche, Adèle dit :

— Où est l'homme qui a vu ma mère?

Il répondit, tout larmoyant :

— Il est en bas; nous sommes venus ensemble. Il est dans la voiture.

— Ah ! il est là... Descendez le chercher; il faut que je lui parle.

Un peu étourdi, mais obéissant, le jeune homme descendit pour revenir aussitôt, amenant son homme d'affaires.

— Monsieur Auguste, dit alors Mlle Beau-Sourire, je vous en prie, permettezmoi d'interroger seule.

Auguste se retira aussitôt, acquiesçant à sa demande, semblant soulagé de ne pas être obligé de raconter lui-même ce qui lui avait été dit, balbutiant :

— Demandez-lui..., demandez-lui ce qu'elle a dit...

Il sortit en pleurant. Adèle souffrait; elle ne savait rien, elle redoutait tout; elle se demandait ce que sa mère avait pu dire, à quelle cause elle avait attribué sa fuite; elle avait été, si souvent injuriée et maltraitée injustement, qu'elle avait tout à craindre.

Seule avec l'homme d'affaires, elle le pria de lui dire toute la vérité, de ne rien lui dissimuler, de ne rien lui cacher ; elle voulait savoir ce qu'avait dit sa mère en refusant ce qu'elle lui demandait.

L'homme était un peu gêné pour répéter mot à mot ce qu'on lui avait dit ; mais, sur l'insistance de la jeune fille, il raconta tout.

Adèle, en l'entendant, devint rouge; elle allait parler, elle allait tout dire; elle se contint, et, faisant un effort, grimaçant son merveilleux sourire, d'une voix calme, elle dit :

— Monsieur, veuillez rejoindre M. de La Saussoye; je vous demande dix minutes pour écrire une lettre, que vous porterez à ma mère. Après ce qui vient de se passer, je n'ai pas de raisons pour me cacher; je devais partir, j'attendrai. Vous voudrez bien, monsieur, vous charger encore de porter cette lettre? j'attendrai ici la réponse.

— Je suis à vos ordres, mademoiselle, mais je crains bien que ce que'vous allez faire ne serve à rien.

— Vous le verrez, monsieur; vous m'accordez dix minutes, n'est-ce pas? L'homme se retira et alla rejoindre Auguste, auquel il raconta ce que la jeune

fille venait de lui dire.

Alors le jeune homme exclama :

— Je vais avec vous; vous lui porterez la lettre, et je vous attendrai en bas; si elle vous refuse encore..., eh bien! j'irai lui parler, moi.

MUe Beau-Sourire appelait.

L'homme d'affaires vint; elle lui remit la lettre qu'elle venait d'écrire, en lui disant :

— J'attends ici la réponse.

Alors Auguste parut.

— Adèle, dit-il, je l'accompagne pour avoir plus tôt cette réponse. La jeune fille eut un triste sourire :

— Allez, fit-elle..., allez..., vous aurez une bonne réponse; revenez, aussitôt nous partirons.

— Oh! dit alors le jeune homme, qu'elle accepte ou qu'elle refuse, Adèle!.., vous partirez, il le faut, ma mère vous attend.

Au nom de la loi, je vous arrête (page 110).

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