‹ Mademoiselle ClaironChapitre 16 sur 70 · Mémoires de M"e Dumesnil. Paris, Ledoux · texte numérisé non relu

Mémoires de M"e Dumesnil. Paris, Ledoux

J36 mademoi8f:lle clairon.

serai qu'une bourgeoise dans Agrippine,... des tons, des gestes familiers m'échapperont à chaque instant... mon âme embourgeoisée toute la journée, n'aura que de momentanés élans de grandeur '. Et elle ajoutait que, pour que cela ne fût pas, elle s'était fait un devoir de ne rien faire, de ne rien dire, qui ne portât le caractère de la noblesse et de l'austérité.

1. « Lord Chesterfield, l'homme le plus instruit et le plus aimable de Londres, répondait à Garrickqui, tout en préférant Dumesnil, louait l'extraordinaire métamorphose qui s'était opérée dans le talent de Mlle Clairon, qu'il reconnaissait ce changement, mais qu'il était fâché de voir qu'elle traînât partout les sciences avec elle; que ce pathos et ce boursouflage gâtaient une jolie femme, que l'esprit qu'elle voulait avoir, et après lequel elle courait sans cesse, nuisait à celui qu'elle avait. Elle a encore, continua mylord, un ridicule qui est assommant ; c'est d'être perpétuellementmontée sur les échasses de la tragédie, de ne parler et de n'agir qu'en impératrice de théâtre. Que l'on soit pénétré deux heures de la journée du rôle, dont on doit se débarrasser le soir, à la bonne heure, mais ne s'exprimer perpétuellement que d'après le personnage que l'on doit représenter, en afficher sans cesse le caractère, le ton et le maintien, est une chose ridicule. L'art d'un grand acteur est de faire oublier jusqu'à son nom, lorsqu'il parait sur la scène. C'est ce que vous savez si bien faire, mon cher Garrick, ajouta lord Chesterfield; aussi, lorsque je viens chez vous, c'est pour vous voir et causer avec mon ami, et je n'y viendrais sûrement pas, si j'étais assuré de n'y trouver qu'un roi ou un empereur. » [Lettres sur les Arts imitateurs, par Noverre Collin, 1807.)

L'Orphelin de la Chine, la tragédie de Voltaire, représentée le i20août 1754, fut, au milieu de la victoire fort contestée de l'auteur, un éclatant succès pour Clairon, un vrai triomphe ! Pour la première fois, les gens, qui lui avaient été jusqu'à ce jour hostiles, qui s'étaient fermé les yeux et les oreilles sur ses incontestables qualités dramatiques, furent forcés à la reconnaissance, à l'aveu public de son talent, et ce fut un assentiment universel de tous les gazetiersdu temps, pour proclamer que M"' Clairon avait joué le rôle A'Idamé, au milieu de Tapplaudissement général, — et que cette actrice, à laquelle on reprochait de manquer de sensibilité, avait montré dans les accents douloureux et déchirants du second acte, le cœur et les entrailles d'une mère' !

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