‹ Mademoiselle ClaironChapitre 36 sur 70 · ROLES CREES PAR M"^ CLAIRON · texte numérisé non relu

ROLES CREES PAR M"^ CLAIRON

— 174u — Alzaïde. — Alzaïde, de Linant.

Belvidere. — Yexise sauvée, de La Place.

Vanda. — Vanda, de Linant.

Amestrls. — Amestris, de Mauger.

Aretie. — Denys le Tyran, de MarmonteL Azema. — Semiramis, de Voltaire.

1. J'emprunte ce travail à la Galerie historique delà troupe de Voltaire, par E. de Manne. Lyon, N. Scheuring, ëdiieure

Léonide. — x4.ristomène, de Marmontel.

Electre. — Oreste, de Voltaire.

Cléopâtre. — Cléopatre, de Marmontel.

Arthesis. — A.me-xophis, de Sauriii.

Caîciope. — Zarès, de Palissot.

Zoraïde. — Varon, de Grave.

Olympie. — Les Héraclides, de Marmontel.

Cassandre. — Les Troyennes, de Châteaubrun.

Idamê. — L'Orphelin de la Chine; de Voltaire.

Adèle. — Adèle de Ponthieu, de La Place. Iphigénie. — Iphigéinie en Tauride, do La louche.

— 17o8 — .4.ç^rt;•(?»e'. — AsTARBÉ, de Colardeau.

Hypermnestre. — IIypermnestre, de Lemierre,

Cassandre. — Wenceslas, de Rotrou, relouché par Marmontel.

Ametis. — - Zulica, de Dorai. Emilie. — Spartacus, de Saurin.

Amenaïde. — Tancrède, de Voltaire.

Caliste. — Caliste. de Colardeau.

Prorjné. — Terée, de Lemierre.

Atide. — Zulmie, de Voltaire.

Zaruclima. — Zaruchma, de Cordier.

Zelmire. — Zelmire, de Du Belloy.

Irène. — Irèxe. de Boistel.

Eponine. — Eponine, de Chabanon.

Car idée. — Théagène et Gariclée, de Dorai.

MADEMOISELLE CLAIRON. 2ol

Blanche. ■ — Blanche et Guiscard, de Sauriii.

Érigone. — Idoménée, de Lemierre.

Olympie. — Oeympie, de Yoltaire.

Sophie. — Cromwell, de Diiclairon.

Eroxime. — Timoléon, de La Harpe.

Aliénor. — Le Siège de Galaisj, par de Belioy.

Quand Clairon quitte la Comédie-Française, elle n'est point regrettée. Tout le temps qu'elle a été au théâtre,elle s'estmontrée, à l'égard de presque tous et de toutes, une mauvaise camarade.

On connaît sa jalousie féroce de Dumesnil, jalousie qu'elle ne peut parvenir même à dissimuler, dans le moment oii sa rivale, la moins rancunière de toutes les femmes, lui donne une preuve d'aiïection. Une des nombreuses fois oîi M"^ Clairon menace de quitter la Comédie. M"® Dumesnil vient-elle la trouver chez elle, au nom de la troupe, pour la décider à renoncer à sa résolution, au milieu de remerciements très dignes et très pénibles, savez-vous la phrase que M"" Clairon adresse à ]\P^ Dumesnil ? La voici :

« Ce que je ne comprendrai jamais, mademoiselle, c'esique vous soyezp lus applaudie que moi, »

Elle est restée, elle reste, elle restera, toute sa vie, la rivale envieuse de M"" Diimesnil : envie dont Clément rapporte, dans ses Cinq Années littéraires yZQ trait comiquement caractéristique, fourni par la répétition de SÉMiRAMis.Dans cette tragédie, où Voltaire s'est montré prodigue de coups de tonnerre, il y en a un au 3^ acte, pendant une scène de Dumesnil, jouant le grand rôle, et un autre au 5* acte, où, durant une scène de Clairon, Benoit, le gagiste de la Comédie, qui avait le département de la foudre, étant prêt à lancer le carreau, et ne sachant s'il devait frapper un coup sec ou faire durer le bruit grondant, criait du haut du ciel à l'actrice : — Le voulez-vous long? — Comme celui de M"^ Dumesnil! répondait Clairon.

Quant à Dangeville, on n'ignore pas qu'elle abandonna le théâtre dix ans plus tôt qu'elle ne l'aurait quitté, à cause de M"^ Clairon, auprès de laquelle elle déclare la vie intolérable. « Il n'y a plus moyen de vivre avec cette créaturelà, » répétait la douce et inoffensive actrice.

Pour M"® Gaussin, non contente d'avoir fait oublier à Voltaire qu'il avait été son amant, M"® Clairon travaillait à la faire passer pour une bête, avec ce mot qu'elle répétait sur elle : On peut très joliment dire ma bonne, fai tant

VU le Soleil^, et être incapable de se prononcer sur le mérite d'un ouvrage dramatique.

C'est avec celle-ci, avec celle-là, qu'aux représentations de la ville, de la cour, et même lorsqu'elle a quitté le théâtre, à quelques représentations particulières ou des Menus, que M"^ Clairon suscite toujours des embarras, des difficultés, des froissements d'amour-propre, en raison de ses exigences, de son despotisme; et c'est ainsi qu'à propos d'une représentation qui devait avoir lieu aux Menus, en 4768, elle trouve le moyen de blesser M"^ d'Oligny une seconde fois, sans que toutes les politesses, et les apparentes excuses de cette lettre écrite pour se faire pardonner, aient, on le pense bien, désarmé le ressentiment de la jeune actrice.

« On vient de me dire^ mademoiselle, que je vous causais la peine la plus sensible en désirant qu'une autre que vous, jouât le rôle diphise... Il faut qu'on ne vous ai pas dit, ni mes raisons, ni les termes dont je me suis servi; vous seriez sûrement contente de Vun et de Vautre.

« Si je nétois pas malade, et même obligée de garder mon lit, je volerais chez vous, pour justi"

1, Allusion à la pièce de I'Oraclk que jouait divinement M'ie Gaussin.

fier la droiture de mes intentions. En attendant que je le puisse^ je proteste au moins que je n'ai jamais voulu, que je ne veux pas, que sûrement je ne voudrois jamais ni vous affliger, ni vous nuire. Si vous trouvez votre talent compromis en ne jouant pas, je cède : mon refus portoit sur tinégalité de nos forces, de nos organes, sur le peu de vraisemblance que nos âges mettraient da?is la confiance d'Electre pour sa sœur, et voilà tout. On auroit dû vous dire que je ii'avois parlé de vos talents qu'avec éloge, et que j'avois exigé les plus grands ménagements dans la demande qu'on devait vous faire ; mais enfin, mademoiselle, si la représentation des Menus-Plaisirs a lieu, je vous laisse maîtresse absolue , je n' apporterai d'obstacle à rien de ce qui pourra vous plaire.

« faiVhonneur d'être, mademoiselle, votre très humble et très obéissante servante.

« Clairon. »

« A Paris, ce 14 novembre 1768 i. »

Jusqu'àlafm,il en est toujours de même. Après la représentation, donnée en mai 1770, pour le mariage de Marie-x4.ntoinette, on parle un moment de représentations que M"^ Clairon doit,

1. Lettre autographe signée, de la collection de M'^e Bartet, de la Coraédie-P'rancaise.

2o6 MADEMOISELi^E CLAIRON.

pendant le mois d'octobre, donner à Fontainebleau, devant le Uoi, et dans lesquelles la tragédienne doit reprendre le 'premier fort, c'est-à dire ses anciens rôles d'amoureuse. El devant celle prélention de celte femme, d'un âge auguste, de jouer non seulement les rôles de second fort (les rôles de Dumesnil), mais encore d'accaparer les autres, et par celle occupation et possession de tout, d'anéantir les espérances des jeunes sujets, M"^' Dubois et Yestris faisaient répandre dans le public qu'elles renonceraient plutôt à jamais au théâtre, que de subir celle révoltante injustice.

Les hommes, M'"" Clairon n'a pas pour eux des procédés beaucoup meilleurs que pour les femmes. On a vu comment elle s'est conduite avec Lekain, on voit, dans ses Mémoires, la façon dont elle traite Préville, Monvel, etc. Et je ne lui connais guère à la Comédie que deux a:^.iitiés : M"* Drouin, qui avait été sa directrice à Rouen, et Mole !

Quant à ceux de ses camarades, hommes ou femmes, avec lesquels, par extraordinaire, elle n'avait pas eu quelque dispute, quelque altercation, quelque jnque^ ils se trouvaient heureux d'être débarrassés de l'artiste, qui, depuis de longues années, avait été une perpétuelle cause

MADEMOISELLE CLAIRON. 2oT

de troubles, de tracasseries, de vexations pour la compagnie.

Et tous et toutes se félicitaient de n'avoir plus à subir dorénavant les insolences de la femme qui répondait à ses camarades, se plaignant tout doucement du petit nombre de fois qu'elle jouait dans l'année :

« Il est vrai que je joue rarement, mais une de mes représentations vous fait vivre un mois*. »

1. Galerie historique des acteurs du Théâtre français, par Lemazurier. Cbaumerot, 1810,

LU

Les auteurs n'ont guère plus à se louer de ]VP'* Clairon que les comédiens.

(( Je me trouve quelquefois des mouvements de hauteur, dont je ne suis pas la maîtresse, et que j'entretiens peut-être avec trop de complaisance. » C'est M^'" Clairon, qui se confesse en un coin de ses Mémoires.

Eh oui, la Melpomène de la Comédie-Française est indécemment hautaine avec tous et toutes, et de préférence avec les gens de lettres, avec ces petits messiews, que, dans sa correspondance privée avec Larive, elle lui recommande de ne pas fréquenter.

Il n'y a pas vraiment, je crois, un auteur dramatique du temps que la tragédienne n'ait blessé par l'énormité de ses prétentions, l'exagération ridicule de son importance, la brutalité de ses dédains. Dans les gazettes et les bro-

chiires, il n'est question que de ses mauvais procédés à l'égard de Duclairon, de Dorât, de Sainte-Foix, de Rochon de Ghabannes, de Cailhava, de La Harpe, sur le compte duquel elle favorise, elle accrédite les calomnies répandues dans le public — et cela, pour le crime d'avoir donné, dans le Comte de Warwick, le rôle de Marguerite â! Anjou à W^^ Dumesnil '.

N'est-ce pas Clairon qui, un jour, jette son rôle au visage de Lemierre, et n'est-ce point encore elle qui, par ses insolences, ayant forcé Sauvigny à quitter l'assemblée des comédiens, après la lecture d'une pièce, lui crie : « Allez, monsieur, si vous avez du talent, vous nous reviendrez ! »

Yoltaire lui-même, en dépit de ses cajoleries, se plaint amèrement qu'elle sacrifie une pièce à son rôle.

Non, depuis que le théâtre existe, aucune femme de théâtre, je crois, n'a poussé aussi loin l'irrespect du talent et de la personne des auteurs dramatiques.

Et le jour où ces auteurs dramatiques ont

L Les Mémoires secrets parlent, à la date du 20 mars 1764, dune lettre où La Harpe se défend de ne point aimer Clairon, mais regarde ses talents comme très artificiels. Du reste, c'est La Harpe qui, je crois, a fait la plus juste critique du talent de M'ie Clairon, en Taccusant de monotonie.

cherché à soustraire la réception de leurs ouvrages au jugement des comédiens, c'est vraiment amusant de voir la façon colère, dont elle s'indigne et s'emporte contre la prétention des auteurs de vouloir bien disposer de la fortune et de la volonté d'une société, sans laquelle ces auteurs dramatiques ne seraient rien, — et elle espère bien qu'aucun de ses camarades, homme ou femme, ne se prêtera à cet avilissement.

C'est qu'au fond, pour la Clairon, la création, la conduite, le style, enfm, la poésie d'une pièce en vers, n'est qu'une chose secondaire, et qui n'a de valeur que par le talent de l'acteur, et sa phrase d'habitude est celle-ci : lorsqu'un auteur a achevé une tragédie, il n'a fait que la moitié de sa besogne, et les acteurs font le reste '.

Outrecuidance trop commune à la gente théâtrale de tous les temps, et qui fait dire, au sujet de la Clairon, par Dulaurens indigné : « On aime, on choyé, on admire davantage un cliiffon coiffé qui prononce bien les vers, qu'un auteur qui les fait bien ^ »

1. « Quand un auteur a fait une pièce, il n'a fait que le plus facile. » C'est la phrase textuelle de la Clairon, affirme Cailhava dans son Mémoire en réponse à des défenses faites par les^ Comédiens Français aux directeurs du théâtre du Palais- Pioyal de jouer ses pièces.

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