OUVRAGES DE L'ART DU CABINET
De i¥"^ C*** tels que : armes et habillemens étrangers; ouvrages en argent, nacre et ivoire, pagodes de terre des Indes, porcelaines, instru-
1. Catalogue du cabinet d'Histoire naturelle de Jl/''« C*** dont la vente se fera, rue du Bacq, près le pont Royal, dans le mois de février 1773, et dont le jour sera annoncé par des affiches publiques. A Paris, de l'imprimerie de Michel Lambert, MDCCLXXIII. Ce catalogue, tout en gardant son approbation de Cochin et le permis d'imprimer de Sartines, est devenu, par la substitution d'un nouveau frontispice, le cabinet de Paul Demidoff, Moscou, 1788.
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mens de physique, bijoux d'or, tableaux de grands maîtres et estampes, qui seront vendus rue du Bacq, près le Pont-Royal, dans le mois de mars 1773^ et dont lé jour sera annoncé par des affiches publiques.
A Paris
De l'Imprimerie de Michel Lambert
Rue de la Harpe, près Saint-Côme
MDGCLXXIII
Elles sont amusantes, ces curiosités de la tragédienne par la réunion et l'assemblage d'objets étranges, bizarres, hétéroclites : une humaine d'Egypte (momie de femme) dans sa boite de sycomore, des chaussures de sauvages, des masques chinois ou plutôt japonais, un livre malabare écrit sur des feuilles de palmier, enfilées l'une au bout de l'antre, un parasol de plumes d'autruche du Mogol, un poids des temps héroïques avec l'inscription grecque Saderdi agesopil, un soulier et un bas de soie du petit comte Joseph, nain célèbre. Objets mêlés à des tableaux, des estampes, des porcelaines, à des choses de goût, que la collectionneuse aimait à faire voyager du coin d'une pièce à l'autre, à changer de place, à éclairer différemment, ainsi qu'elle en faisait confidence à Larive :
« Présenter la même chose à vingt endroits
différents, est wi grand plaisir pour tnoi : iminuahle dans mes seiitimeyits, j'aime à clunvjer tout ce qui m,' environne ; les mêmes objets toujours à la même place, finissent par n'être pas aperçus^. »
Dans cette vente, les tableaux sont médiocres ; mais il s'y trouve une très importante réunion destampes, parmi lesquelles on compte un nombre considérable de Rembrandt. Il existe aussi beaucoup de livres à figures ^
Mais la série vraiment intéressante de la vente est la série des bijoux d'or, qui vous fait entrer dans la connaissance des objets de ville usuels et familiers de la grande actrice; une navette de laque rouge à cartouche de laque noir et or, doublée de nacre et garnie en or; une écritoire de trois pièces en cristal de roche, garnie en or, sur un plateau en éventail de laque fond noir avec arbres et fabriques en or et bordure aventuriuée; un souvenir de couleur avec des cartouches à portraits et cure-oreille
1. Lettre autographe de Clairon à Larive, de la collection Dubrunfaut.
2. Les livres de Clairon, généralement reliés en veau, portent sur le plat en caractères d'or : M^e Clairon. Je possède venant de sa bibliothèque, ainsi relié, le Saint-Évremont en 10 volumes, de l'édition de 1740,
d'or d'Allemagne; une montre, ovale à huit pans, dans une boîte de cristal de roche, d'un travail ancien et délicat; un porte-crayon et un dé d'or, un étui à aiguille d'or; un berloquier d'acier, garni de cinq flacons, d'une paire de ciseaux damasquinés d'or, d'une lorgnette à deux verres, d'un tire-bouchon d'argent en oiive à secret, d'un couteau de nacre en perle, garni de deux lames dont une d'or* ; — et, ne l'oublions pas, une boëte quarrée, à rouge et à mouches en or de couleur, t7'ès agréable, qui se vendait 444 livres 10 sols.
D'après mon catalogue, qui porte en marge les prix manuscrits, les tableaux donnaient 33o8; les estampes, 11445; — les curiosités, 8 692 : total, 23 496 livres.
Pour la vente de son cabinet d'histoire naturelle et de ses curiosités, les deux collections estimées 50 000 écus, Clairon affirme dans ses Mémoires avoir touché 90 000 livres, — et ajoute que son huissier-priseur était un fripon.
1. Dans la vente de Rachel était vendue, sous le n» 160, une tasse à déjeuner et sa soucoupe [au dauphin couronné), une tasse faite pour la Clairon, qui portait ces vers:
Toi dont la gloire est immortelle, Illustre et sublime Clairon, 11 n'est parmi les fleurs que la simple immortelle Digne de couronner ton nom.
M"* Clairon a pr«Mé l'argent des deux ventes de son cabinet à son ancien amant, mais sans un revenez-y de tendresse, sans une illusion, et môme au milieu d'une grosse colère de cœur, qui éclate et se fait jour à travers une lettre, écrite deux mois après ces ventes, une lettre d'Anspach à la date du 12 mai 1773 :
« Tai reçu hier une lettre de Provence, et c'était la première. Son aperçu ne ma jms laissé une goutte de sang dans les veines, mais sa lecture a redoublé mon indignation; ce ne sont pas des excuses, ce sont des plaintes. Je n'ai répondu que quatre inots, mais j'espère qu'ils prouveront que mes yeux sont enfin ouverts, et qu'on perdrait d'autant plus son temps à me tromper encore, que je ne veux ni ouvrir les lettres, ni par conséquent y répondre. Eh! je dois en convenir.
il est plus que temps que mes maux et ma duperie finissent^. »
Un an après, calme, apaisée, rassérénée, guérie à tout jamais de son vieil attachement, à une demande de rapprochement faite par Yalbelle, elle signifie au comte un net : « c'est fini I » dans de belles phrases littéraires. Cette lettre à prétentions sentimentales, et écrite à froid, bien certainement pour les donner dans ses Mémoires, est un pédant cours de morale, à l'usage de l'homme qu'elle n'aime plus, ou après un hautain et glorieux inventaire de tous ses actes d'abnégation, de dévouement, d'immolation, la favorite du Margrave daigne l'assurer à la fin de sa solide amitié.
« D'Anspach, ce 20 février 1771
« Née pour les passions consolantes et douces. Je n'ai jamais conçu comment on pouvoit hair, et s'il vous restait le plus léger souvenir de mon caractère et des sentiments que vous m'inspiriez, vousseriezsûr que jenecommenceroispaspar vous. Vous m'avez fait ime nécessité de cesser de vous aimer; et cordre mon espérance j' en suis venue à
1. Lettre adressée à Larive. (Collection d'autographes Dubrunfaut.)
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bout. Vous avez aussi tout fait, pour ne laisser au cœur le plus tendre qui fut jamais, que le pénible clioix de r indignation ou de l'indifférence; mais je n'ai pu ?ii voidu renoncer à vous chérir. Malgré vous, je vous ai conservé l'amitié la plus vive et la plus désintéressée : c'est elle en ce mo- 7nent qui ni ordonne de vous faire réponse. Puisque vous êtes dans l'affliction, vous devez me retrouver.
« Etre mal avec votre mère est donc une peine pour vous? Je suis persuadée que ce que vous dites d'elle est faux^. Non sûrement so7i animosité ne va pas jusqu'à vous maudire. Alticre, violente, elle a pu s'emporter trop loin; l'orgueil de femme et de mère peut aussi Vemj^ècher de retourner sur ses pas; mais les plus vifs ne sont pas les plus méchants. Je sais positivement quelle est plus ulcérée par la douleur que par la haine. J/'"' de Sauvigni, qu'elle voit souvent, m'en parle dans toutes ses lettres. On vous trompe ; mais jugez-en vous-même : comparez T austérité de ses 7nœurs et F excès de vos galanteries, l'ordre quelle met à sa fortune et le désordre de la votive,
1. Mme du Deffant, dans une de ses lettres, dit que la mère de l'amant de Clairon, M™« la comtesse de Valbelle, tenait à Courbe voie un salon, dont la compagnie était détestable, mais 01! le jeu faisait oublier la compagnie.
rappelez-vous vos dédains pour votre frère qu'elle ciimoit, vos légèretés sur M. Dam..} dont la personne et la fortune étoient.les objets de ses attentions, votre improhation de tout ce qu'elle faisait, et la manière sèche et tranchante que vous employiez à toutes vos discussions. Ajoutez à cela le dépit de voir que toute la fortune de sa maison va passer en des mains quelle déteste, l'horreur de voir périr avec vous un nom qu'elle idolâtre, et cette privation, qu'on dit si terrible à tous les vieillards, de se voir renaître dans leurs petits-enfants : tout cela n'a-t-il pas dû prévenir votre mère défavorablement contre vous. Elle na point dans son caractère la patience, la douceiir qui peuvent faire fléchir le vôtre : elle a même des torts, j'en conviens, mais c'est votre mère. Qui de vous deux doit fléchira. Ce qu'elle exige de vous, n'est-il pas le plus juste tribut que vous devez à la nature, à la société? Votre nom et votre fortune vous font nn c?'i?ne de votre célibat. Vous croyez qiCelle hait la femme qui vous intéresse, par la seule raison que cette femme vous intéresse, mais rappelez-vous les sentiments quelle a toujours démasqués pour moi, les démarches qu'elle a faites, pour savoir s'il existait quelque fruit de
1. L'édition allemande donne le nom en entier : c'est M. Dasaezure.
noh^e union, les nœuds dont elle eût consenti de nous nnir, que sais-je ? Je ne la connoissois seulement pas, et tout proiwoit alors que vous m'aimiez ardemmentl... Non, Valbelle, non, ce n'est... ni vous, ni l'objet d'un attachement naturel quelle poursuit. C'est une femme mariée qui se montre j)uhliquement votre maîtresse, qui, son mari vivant, exige de vous une promesse de mariage, dont l'âge actuel ne laisse aucun espoir d'avoir des héritiers, qui vous arrête dans des lieux, où depuis le mariage de M"' de Mari. . .* vous ne pouvez plus rien trouver qui vous convienne, ou vous avez le faste le plus ruineux, ou tout le monde vous liait au fond de Pâme. A trois femmes, près, vous m'avez dit les avoir eues toutes. Espérezvous quelle vous pardonne tant de légèreté? Espérez-vous que des maris outragés, des amants, négligés pour vous, puissent être vos amis? Est-ce en Provence, où le plaisir seul vous occupe, que vous trouverez Vavancement, auquel il ne vous est pas permis de renoncer? Tant d'oubli de vousmême est suffisant pour désoler votre mère.
« Ouvrez les yeux sur vos vrais intérêts, renoncez à des chimères d'ostentation qui dégra-
1. Marignane. La jeune fille demandée en mariage parle comte de Valbelle, et qui lui fut enlevée par le comte de Mirabeau.
dent votre fjrandeur réelle.; ayez dans vos affaires l'ordre dont votre âge, votre esprit, votre honneur, vous font un devoir, quittez des lieux où vous ne pouvez faire que des fautes funestes au repos de vos vieux jours et à la gloire de tous vos moments; prenez une compagne qui vous honore : votre nom, votre fortune, tous les dons séduisants de la fortune vous mettent à même de choisir. Si vous jjouvez goûter le bonheur détre père, je suis sûre que vous ne regretterez point la vie dissipée que vous menez aujourd'hui, et quoi qu'il arrive, vous sauverez au moins votre vieillesse de l'horreur de ne la voir entourée que de flatteurs, d'intrigants et de valets.
« Votre seconde peine est l'espèce d'oubli de vos amis. Soyez juste. Que faites-vous pour eux? Il faut, pour nourrir l'amitiéjle charme de la confiance, des services, des soins, de la société. Toujours absent., sans qu'aucun devoir vous l'impose, ayant annoncé depuis six ans que vous ne serviriez plus, si la guerre ne se faisoit pas dans l'espace de dix années; ne parlant que de vos dégoûts pour Paris, et du désir de vous fixer e < Provence; riche, sans vous rései'ver les moyet <• de rendre un service; trop éloigné pour qu'a 7, puisse attendre de vous les conseils, les soins, le s consolations, dont chaque jour amène le besoin,
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-par quoi voulez-vous que V attachement ae vos amis se nourrisse'! Tout l'wnvers ressemble à cette femme qui disait à son amant : « Motisieiir, s'il était en mon pouvoir d'aimer nn absent, j'aime?'ois Dicufn C'est pour ajouter à son bonheur, pour doubler son existence, qji' on prend im attachement quelconque : rendez-vous à ceux qui vous chérissoient, vous retrouverez tous les cœurs dont voi/s avez besoin.
« Cette lettre, déjà trop longue^ me fait craindre de discuter votre troisième peine. Cest vous occuper bien lonqtonps, je n'en ai plus le droit, mais je suis dans un état assez misérable, 'pour me défendre de compter sur le moindre avenir. Cette lettre sera peut-être la dernière que je pourrai vous écrire, et je désire que vous lisiez encore une fois dans mon cœur.
i< Avez-vous consulté le vôtre en niécrivanll Je vous regrette. . . Vous devez influer à jamais sur ma destinée. . . Nous vivrons. . . No^is potirronsnous réunir ?A h ! Val , vous me trompez encore 021 plutôt
vous vous trompez vous-même. Vous ne retrouvez mon cœur nulle part ! Je le crois., il en est peu d'aussi vrais, d'aussi tendres, et votre inconduite m'assure que Madame de R*** ne me ressemble pas. Je vois toute l'illusion que vous tâchez de vous faire. Je vous ai pardonné, vingt ans.
toutes vos infidélités; vous espérez la même indulgence pour vos nouvelles amours, vous espérez me faire approuver les nœuds honteux que vous avez promis : détrompez-vous. Assez généreuse pour vous rendre à vous-même., lorsque je vous ai vu de nouveaux devoirs à remplir, je vous ai dégagé des serments, des écrits qui nous xinissoient, mais en renonçant à mon amant, à mon époux, j'ai prétendu vous trouver éternellement digne de mon estime et de nos regrets, et si vous me croyez capable d'envisagei' sans horreur la femme malhonnête et criminelle, déshonorant et maudissant les jours que son époux respire, vous m'avez cruellement oubliée. Non, jamais vous n^awez mon aveu; c'est à votre honneur, à vos devoirs que j'ai fait le sacrifice de mo7i amour, de mes droits. L'âme capable de cet effort ne peut jamais consentir à votre honte. Si vous aviez une véritable passion, je sei'ois la première à vous plaindre, à vous excuser. Hélas! vous ne mUavez que trop appris quel est leur em.pire. Mais les jolies filles qu'on vous mène journellement dans votre parc, ne me permettent pas de croire que ce soit l'amour qui vous tourne la tête, et votre aveuglement n'a point de nom. Cependant, quoi qu'il vous plaise de faire, nous sommes séparés sans retour. Mon âge, mes infir-
mites IiabUuelles, le sentiment profond aes maux que vous m'avez causés, la méchanceté des hommes et l'âpreté du climat que j'habite, viennent de me rèdidre aux derniers excès de douleur et de faiblesse ; je ne crois pas possible de me rétablir jamais; et si, contre mon attente, mes jours se prolonge oient, c'est au Margrave qu'ils seront consacrés: chaque jour sa confiance me donne de nouveaux motifs de reconnoissance, et puisque mon bonheur a voulu que le sien dépendît de moi, il recevra l'hommage de tous les moments qui me resteront. A ma santé pî'ès, jamais ma vie ne fut si douce. J'ai des amis, on me permet de faire tout le bien possible, je ne retrouverais nulle part ce que je pjerdrois ici. Nous ne nous reverrons sûrement jamais ; mais en quelque lieu que je vive, quoi qu'il jn arrive, vous pouvez compter, au moins sur l'amitié la plus tendre et la plus solide. Je vous pardo)ine mes malheurs et vous prie de chérir ma mémoire... Les larmes ne me laissent plus voir ceque j'écris. Adieu, Val *. »
Le comte de Valbelle, en dépit du prêche de
1. Une note de Mi'^ Clairon, dans ses Mémoires, nous apprend que c'est la seule lettre retrouvée de quinze cents écrites par elle, pendant vingt ans, au comte de Valbelle. Lettre retrouvée n'est pas l'expression juste, c'est lettre retravaillée, dont elle a gardé copie pour la publier.
sa vieille maîtresse, continuait à se faire amener de jolies filles dans son parc, continuait à outrager des maris, à supplanter des amants, arrivait à réduire d'une, de deux, de trois peut-être, les trois seules femmes vertueuses de la Provence, qui lui eussent encore résisté... car Valbelle ne se maria pas, et mourut célibataire '.
Il continuait également à mener grande vie, dans son royal château deTourves, ce château décoré de peintures de Charles Parrocel, et de sculptures de Chastel,qui l'avait peuplé de statues, de bas-reliefs, de fontaines surmontées de groupes d'animaux, parmi lesquels on admirait un combat de coqs de grandeur colos-
1. Il ne restadunomdeValbelIe,dit Lemontey, dans sa Notice sur M"e Clairon, qu'un fils naturel, dont la naissance avait été voilée par son introduction dans une famille éti'angère. A la suite d'un procès célèbre au Parlement d'Aix, il l'ut mis en possession des grands biens des Valbelle. Ce jeune homme, qui était d'une extrême beauté, s'appelait Cossigny (c'est le Gossini en faveur duquel il existe, dans la collection Morrisson, la lettre-certificat, en date du 22 août 1785, par laquelle Clairon atteste qu'il est le bâtard du frère de son amant et d'une dame Campion). Or, ce Cossini ou Cossigny qui avait pris le nom de Valbelle, était guillotiné pendant la Terreur.
Maintenant n'existait-il pas d'autres Valbelle que les deux frères? Il est question, dans une note des Mémoires de M°ie de Genlis et dans les lettres de M™e du Defïant, d'une M'^^ de Valbelle possédant 40 000 livres do fortune, et qui avait fait, en l'épousant, la fortune de M. d'Adhémar, da la société de Mme de Polignac,
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sale : — ce château saccagé à la Révolution, et parmi les ruines duquel était restée debout toute une colonnade de colonnes de marbre d'un seul morceau, de la plus grande beauté^
Joseph-Alphonse-Omcr, comte de Valbelle, mourait en 1778. et il avait la bonne fortune d'avoir sa mémoire célébrée dans un éloge de d'Alembert, qu'il devait à un legs de 24 000 livres fait à FAcadémie ^ et peut-être un peu à la reconnaissance de d'Alembert envers M'^* Clairon, pour lui avoir procuré ses entrées à la Comédie- Française ^
M. Octave Teissier, conservateur de la bibliothèque de Draguignan, qui a pris copie du tes-
1. Annales de la Peinture et Monogi'aphie de Parrocel, par Etienne Parrocel ; Marseille, 1861 et 1862. Les beaux Tolumes reliés par Derome, une des richesses de la bibliothèque de Draguignan, proviennent du château de Tourves.
2. Indépendamment de ce legs fait par le comte de Valbelle, et du legs à la. Chartreuse de Montrieux, il léguait une somme suffisante pour doter, après sa mort, vingt pauvres filles ; il léguait au corps de la noblesse une somme destinée à secourir un gentilhomme qui aurait servi, six ans sur terre ou sur mer, et il léguait en outre, à la ville d'Aix,30 0Û0 livres, pouf l'érection d'un obélisque au milieu de la place des Minimes.
3. Œuvres posthumes de d'Alembert. Pougens, an VII. D'Alembert dit dans une lettre du 27 janvier 1753: «... Je viens d'avoir mes entrées à la Comédie-Françoise. C'est une galanterie que m'a faite M^^ Clairon, sur la lecture de mon livre. Car je ne la connoissois que pour lui avoir parlé, une fois, dans sa loge. »
ment du comte de Valbelle, daté du 26 juin 1773, extrait du registre des Insinuations d'Aix (13 août 1781), me communique ce legs, en mémoire de ses vieilles amours : « Je lègue à M"^ Clairon, pensionnaire du Roy, une rente viagère de quatre mille livres. » Et M. Teissier fait remarquer la sécheresse des termes de ce legs, comparé aux phrases courtoises, presque galantes, dans lesquelles il laisse à M""^ Croze, née de Charleval, sa montre à répétition et sa bague en cristal vert au chiffre de diamant, dans lesquelles il laisse à M""^ Roland, née de Montvalon, sa tabatière d'or émaillée en rouge, et le diamant qu'il portait au col.
Maintenant, qu'y a-t-il de vrai dans cette légende qui fait d'une statue de la Clairon, la statue de la Madeleine de la grotte de Sainte- Baume? Il existe dans le pays une tradition en vertu de laquelle le comte de Yalbelle aurait demandé à Houdon quatre statues * pour son
1. Les statues ne sont pas de Houdon. Houdon a fait un assez petit nombre de statues, et le catalogue très exact et très complet de son œuvre, dressé par MM. Delerot et Legrelle, ne peut laisser croire un moment qu'un travail de cette importance ait échappé aux deux catalogueurs, d'autant plus qu'ils indiquent le buste de Valbelle fait pour l'Académie, en 1781, par Houdon, buste qui fut plus applaudi, dit M^e de Gen- *is, que l'éloge de d'Alerabert.
Du reste, pour l'histoire de ces statues et du mausolée, lais-
tombeau de la Chartreuse de Montrieux et que pour l'une de ces statues, M"* Clairon aurait pose, ou du moins que la statue aurait été faite d'après des portraits et des bustes de l'actrice. La Révolution ayant jeté à bas et le château de Tourves et la Chartreuse de Montrieux, au dire de M. Dide de Pcyrolles', une des quatre statues
sons parler M. Octave Teissier. Un article du testament du comte de Valbelle disait en ces termes : « Je veux qu'il me soit élevé un mausolée, pour lequel je veux qu'il soit employé la somme de 20 000 livres. wVers 1782, on installe dans la chapelle de la Chartreuse de Montrieux le tombeau du comte de Valbelle, et en 1790, [dans un inventaire de la chapelle, dressé par les commissaires de la Révolution, les statues sont ainsi désignées :
Autour de l'hôtel sont quatre statues, grandes, de marbre, aux pieds desquelles est écrit : la Force, VEspérance, Sainte Monique, Isi Provence, et au. milieu desquelles se trouve un buste représentant feu M. de Valbelle.
En 1822, lorsque le préfet du Var, M. Chevallier, voulut restaurer la Sainte-Baume, il y fit transporter une de ces statues, Suinte Monique, et confia au sculpteur Bartini Sezetti le soin de modifier les détails et la statue elle-même, pour la transformer en Sa.'mte-Marie-Madeleine.Et le 22 juillet 1822,1e jour même où on inaugura la statue de Sainte-Madehine à la Sainte-Baume, un rédacteur du Mercure maiseillais, apprenant que cette statue provenait du mausolée du comte de Valbelle, imprima que cette Madeleine repentante n'était autre que Mlle Clairon, la maîtresse du comte, et ce canard fut répété par vingt historiens sérieux ...» Maintenant quel est le nom du sculpteur des quatre statues, on l'ignore encore, cependant M. Octave Teissier se demande si elles n'auraient pas pu être exécutées par Chastel, sculpteur d'Aix, et par Fossaty que les chartreux de Montrieux employaient souvent.