Dans xme lettre inédite, écrite à Henri Meister en
Enfin M"" Clairon rencontrait, chez les femmes de la famille du Margrave, une hauteur germanique blessante, et malgré toute Tinsistance qu'elle y apportait, elle ne pouvait jamais obtenir la faveur d'un entretien avec la duchesse de Wirtemberg, la Margrave de Bareith. Quant à la Margrave d'Anspach, que son mari avait contrainte à appeler l'actrice française à sa cour, et qui daignait la recevoir, quelquefois l'admellre à sa table, et même lui adresser des paroles honnêtes, M"* Clairon sentait parfaitement que sa présence n'était pas agréable à la princesse, et qu'elle ne la tolérait auprès d'elle que dans la crainte de déplaire au Margrave.
La défaveur de M"* Clairon devenait avec le temps si marquée, qu'un jour la favorite de-
M''<= Clairon parlant d'un conseiller ou d'un ministre du Margrave, écrit :
« La folie de M. de W** est une suite de son petit caractère. Sans connaissances acquises, sans principes sur les devoirs de sa place, vain de sa naissance, de sa figure, de son esprit, se croyant fait pour être le Mentor et le rival de son maître, il n'est point de peine qu'il ne m'ait coûté pour replâtrer ses sottises, et pour l'empêcher d'en faire de nouvelles. C'est d'après les horreurs qu'il 7n'a dit de la dame (lady Craven) que je me suis permis de le juger, et d'après sa coniluile avec elle et ses mensonges en Allemagne, il m'est permis de le regarder comme l'être le plus bas et le plus faux possible. Je n'ai nulle pitié de ces gens-là... »
mandait à l'épouse une explication*. Et comme la margrave lui avouait qu'elle ne pouvait vraiment aimer la maîtresse de son mari, avant de lui répondre qu'elle ne l'était pas, qu'elle n'avait pour le prince que les sentiments d'une mère et d'une amie, M"" Clairon rappelait à la princesse que, de tout temps, elle avait été fort négligée par le Margrave et très maltraitée par ses maîtresses, lui remettait en mémoire que le Margrave de Bareith avait travaillé à la faire répudier et l'aurait, si on ne lui avait arrêté à temps le bras, bel et bien souffletée, ne craignait pas de lui dire que depuis vingt ans qu'il en était ainsi, elle devait être faite à cela et savoir qu'il fallait une maîtresse au Margrave, et qu'enfin elle devait un peu de son indulgence et de sa bonté à la maîtresse qui engageait le Margrave à rendre à sa femme ses devoirs matrimoniaux, à la maîtresse qui voulait qu'il dînât tête à tête avec elle, qui exigeait qu'il ne sortît ou rentrât sans la voir, qui lui procurait des attentions, des galanteries, dont jusque-là jamais son mari n'avait eu l'idée.
Puis, sur ce que la Margrave laissait échapper que la maison de M"^ Clairon coûtait fort
1. Explication avec S. A. S. M"ie la Margrave d'Anspach demandée par moi (aux environs de l'année 1775).
cher au Margrave, celle-ci s'écriait : qu'elle ne coûtait rien... qu'elle avait beaucoup donné, et qu'elle n'avait jusqu'ici rien reçu en échange... que depuis qu'elle était en Allemagne, elle avait dépensé 14 000 francs sur ses revenus, ajoutant que ce qui se faisait chez elle, était uniquement pour le Margrave et les personnes qu'il invitait, sa santé ne lui permettant pas de goûter des mets qu'on apprête : un morceau de grosse viande, préparée le plus simplement possible, étant la seule dépense qu'elle occasionnât.
Et elle terminait, en déclarant qu'elle ne coûtait pas un florin par jour\
1. Lady Craven affirme, au contraire, que le Margrave fournissait pour sa table les meilleurs vins de sa cave, et comme elle donnait des-peiils soupers au Margrave et à ses amis, on consommait chez elle, en toutes sortes de choses, beaucoup plus qu'il ne convenait. « Ses dépenses étaient énormes, et toutes payées par la chambre des finances d'Anspach : je tiens ces faits des marchands de la Cour, »
LXMIl
Pendant cette longue expatriation en Allemagne, Clairon fait, de temps en temps, quelques apparitions, quelques petits séjours en France.
C'est ainsi que les Mémoires secrets, à la fin de janvier 1775, annoncent qu'on attend incessamment M"^ Clairon, qui vient à Paris' pour assister aux seconds débuts de Larive à la Comédie-Française, de son cher Larive, auquel, en prévision de cet événement attendu depuis l'automne, elle écrivait cette sage et instructive lettre d'Anspach, datée du 2 octobre 1774 :
« Tout ce fine la cour a fait pour vous, vous impose la loi d'obéir à l'ordre qui vous appelle,
\. D'après la Correspondance secrète, M"e Clairon se retrouverait encore à Paris en novembre 1773 : « M^e Clairon est tor.jours ici, jouant au mieux la souveraine, et entoxirée
Cet ordre même est un agrément jooiir vous, et je me patte que les talents, que le temps, la réflexion et l'iis.arje vous auront fait acquérir, vous procureront à Paris tous les agréments possibles. Respectueux sans bassesse avec vos supérieurs, attentif et modeste avec le public, franc ^ simple^ serviahle avec vos camarades, sans défiance et sans abandon dans toutes vos idées : voilà, mon cher enfant, le devoirs que mon amitié vous trace. Vous avez de quoi vous passer des secours de tout le monde, mais faites tout, pour en obtenir la bienveillance, je vous le demande, et pour vous et pour moi, c'est l'unique moyen d'assurer la douceur de vos jours, et de justifier mon attachement pour vous. Ayez assez de noblesse pour ne pas vous plaindre de M. du Belloy, pour l'obliger dans tout ce qui dépendra de vous^, et pour lui pa^rdonner même s'il est possible. Fiez-vous entièrement à mon bon
d'àumbles auteurs, qui lui font accroire qu'elle est une princesse. La lettre, datée de mai 1773, que je donne plus loin, indique que Mlle Clairon est venue une seconde fois à Paris, cette année. Enfin, dans une lettre à Henri Meister, datée du 23 avril 1776, elle lui dit : Il m'en a coûté beaucoup de /ja?'tir de Paris, sans vous faire mes remerciements... »
1. Dans une autre lettre dAnspach, en date du lo octobre 1773, Clairon dit à ce propos :
« Mais ce qui m'a beaucoup plu, c'est la judiciaire de M. le duc de Duras qui charge Lekain et Dubelloj/ de vous juge)\et ce même Dubelloy si lâche, qui comptoit remettre le jugement de sa querelle h un autre temps. »
Pipelet, écoutez-le, il n'est pas un plus honnête homme aie monde ^ ne fléchissez jamais sous M. de La Ferté, mais ?'endez-lui tout ce que les comédiens doivent à V Intendant des Menus. Tâchez d'obtenir l'amitié de M, Hébert, rendez à M. le duc d'Aumont et à M. le duc de Duras les respects dus à ce ([u'ils sont, et prouvez-leur votre reconnoissance poîir ce quils ont fait ptour vous. Ecoutez avec complaisance tous les avis qui vous seront donnés, tâchez de vous rappeler les miens^ causez avec vous-même^ et partez du compte que vous vous en serez rendu. Tenez pour nulles toutes les tracasseries qu'on a pu vous faire autrefois à la Comédie, le souvenir ne produiroit que des aigreurs inutiles. Leur injustice mepoursuivoit en vous, mon éloignement vous les gagnera tous peut-être, et votre bonne conduite pourra peut-être leur faire ouvnr les yeux sur leur ingratitude envers moi. Doniiez-moi des nouvelles de tout ce qui se passera de relatif ci vous, je n'ai pas besoin de vous dire que j'en suis très impatiente. Ne manquez pas d'aller chez la duchesse de Villeroy, il/'"* l'ambassadrice de Hollande, et ceux que j'appelle mes amis. Soyez d'une extrême politesse ,avec les auteurs, et si quelqu'un vous fait des questions sur le comte de V... [Valbelle], répondez toujours ciue vous ne savez fie?i.
« Bonjour, mon cher enfant, iilahe au ciel de
vous combler d'autant de bien que je vous en
souhaite^.
« Clairon. »
Maînlcnant, sur la présence bien positive de la favorite du Margrave, aux seconds débuts de Larive, nous n'avons que l'anecdote racontée par Lemazurier dans sa Galerie historique, nous montrant Fex-tragédienne de la Comédie-Française, présidant en personne à la fastueuse mise en scène de ces répétitions, d'un appareil dont personne n'avait encore eu l'idée, et oii Ton n'entrait que sur un billet signé de il/"' Clairon : répétitions que dirigeait sur la scène M^'^ Clairon, vêtue avec la plus grande élégance, et où assistait tout un monde de femmes de la cour en grande toilette, et accueillant, avec des éclats de rire et de méchantes plaisanteries, le casaqidn de W^ Dumesnil.
Il n'y a qu'un malheur, c'est que Lemazurier avance, que c'est à propos des répétitions du Comte d'Essex, et qu'à ses seconds débuts
1. Lettre adressée à « M. Larive comédien ordinaire du Roi », faisant partie de la collection d'autographes Dubrunfaut et publiée dans le Coureur des Spectacles de Charles Maurice, juillet 1846.
(29 avril 1775) Larive joue le rôle à'Oreste, et nullement le comte d'Essex, et qu'il faut rapporter l'anecdote aux premiers débuts de l'acteur.
Quoi qu'il en soit de la présence ou de l'absence de M"* Clairon, le succès des seconds débuts de Larive assuré, M"" Clairon expédie à son protégé, d'Anspach, une lettre faisant suite à sa lettre du 2 octobre 1774, et qu'on pourrait appeler le manuel de conduite du parfait comédien. Ce sont des instructions d'une diplomatie achevée, et vraiment curieuses par l'insistance qu'elle met à lui défendre de se lier avec ces petits messieurs les auteurs
« Anspach, ce 23 mai 1775.
(( Voilà donc votre sort décidé. Je souhaite bien qu'il vous plaise; il constate au moins votre talent, et la vanité satisfaite est bien quelque chose
« Faites l'impossible pour ne donner votre avis sur quoi que ça puisse être. Excusez-vous sur la nécessité de donner tous vos soins à vos études, et \ sur l'ignorance oii vous êtes de toute affaire... Soyez scrupuleusement honnête avec tous les auteurs, gardez-vous de vous lier avec aucun, fuyez
tous les endroits, où vous pourrez les rencontrer ; il en est saiis doute qui méritent la plus haute lonùdération, lûais ce ne sont pas ceux qui assièqent les coulisses et qui vont mendier des voix. Lorsque nous nous verrons, je vous mettrai autant nu fait que possible de tous ces petits messieurs. N'oubliez pas surtout que la Comédie est iine ferme que chacun doit faire valoir, ne jouez jamais un rôle important qui ne soit de votre emploi, mais pi^êtez-vous à tous les petits riens qui sont utiles... Je tremble actuellement la fièvre. »
Et tout le temps, de là-bas, de rAllemagne, M}^^ Clairon dirige son protégé, le conseille, le défend de lui-même, lui fait éviter les sottises, en lui envoyant par la poste sa grande expérience de la vie.
« 16 décembre l~~6.
<( Votre femme a raison, mon cher enfant, si je me portois bien, aucun être ne seroitplus heureux cfue moi, mais comme il ne fut jamais de bien sans mélange, il faut ^ en jouissant de l'un, prendre patience de l'autre. Quoique mon corps soit fort affaibli, ma raison est encore vigoureuse... je ne suis point étonnée de vos succès, et je crois que vous ne douterez jamais du véritable intérêt que
j'y 'prends^ mais ce rôle de Montaigu vous fait des ennuis... C'est à doubler Lekain, dont les caprices commencent, dit-on, à paraître insupportables, et dont l' affaiblissement ne permet pas une longue carrière, c'est à débouter Mole de ses prétentions tragiques, que vous devez constamment travailler. Garrick, dit-on, peut tout ce qu'il veut. Eh bien, c'est le phénix! il n'en est qu'un, et quand il seroit possible qu'un autre pût autant que lui, je suis sûre encore que ce seroit du bien perdu : le parterre français 7i accorde point à celui qui le fait rire, le droit de le faire pleurer.
Au milieu de la faveur de la Clairon, tombait, à Anspach, une jeune femme qui mettait dans cette cour ennuyeuse et ennuyée, du mouvement, de la distraction, du plaisir, qui organisait un spectacle dans un ancien manège, qui créait un jardin anglais à Triesdorf, qui fondait une petite académie pour Fencourag'ement des Lettres et des Arts, avec le concours de Mercier, le frère de l'auteur du Tableau de Paris, qui amusait même Tinamusable princesse de Saxe- Cobourg, et qui, après avoir amené la rupture du Margrave avec M"* Clairon, la faisait vite oublier.
C'était une Anglaise de grande famille, séparée de son mari, et dont l'existence était une continuelle promenade à travers le continent. Un peu peintre, un peu sculpteur, un peu archéologue, un peu auteur dramatique, lady
CravGii avait tous les talents, tous les charmes, toutes les séductions de la virtuose duxvin" siècle, et avec cela habile à tout, et quittant la plus délicate broderie au tambour, pour suivre, en cavalier accompli, une chasse au cerf. Et sans être précisément belle, elle avait une physionomie qui faisait dire à lady Montai gu, — « qu'elle y retrouvait tous les romans qu'elle avait lus, tous les romans qu'elle avait écrits ».
Le Margrave l'avait connue enfant, l'avait souvent visitée au pavillon de la Joncière, à Saint-Germain, qu'elle avait habité après sa séparation d'avec son mari ; enfin, dans un séjour qu'il faisait à Paris avec M"" Clairon, le Margrave la décidait à venir le retrouver, lors de son retour en Allemagne, et à habiter Anspach, oii il lui offrait l'hospitalité.
[ntriguée par les absences du Margrave, absences sur lesquelles il lui avait été déjà rapporté des choses de nature à allumer sa jalousie, M"^ Clairon demandait, un jour, au Margrave quelle était la personne qu'il avait si souvent avec lui. Le prince répondait, sur un ton ferme et froid, que c'était une personne qu'il aimait comme son enfant, mais que c'était bien inutile de lui nommer, parce qu'elle ne la verrait, ne la connaîtrait jamais, et son air sérieux mettait
fin à l'entretien. Clairon restait fort intriguée, et après le départ du Margrave, sur de nouvelles révélations, envoyait quelqu'un faire le guet à l'hôtel de l'Empereur, rue de Tournon, alin de voir l'Anglaise, quand elle sortirait, à l'heure du dîner, et l'affidé de Clairon, qui apercevait lady Craven sortir en grande toilette, lui rapportait que la jeune Anglaise était belle et bien faite. Alors M"" Clairon, conjecturant que c'était une maîtresse, dans un moment de colère, écrivait au Margrave la fameuse lettre de rupture, qu'elle donne dans ses Mémoires :
iiA.S.A.S. Mo7iseigneîir le Margrave d'Anspach.
« Votre passion effrénée jjour une femme ' que, malheureusement, vous seul ?ie connaissez pas, le bouleversement de vos plans et de m.a destinée, votre insouciance sur r opinion publique, la licence de vos nouvelles mœurs, votre jnanque de respect pour votre âge et votre dignité, m'ont obligée à lie plus voir en vous qu'une âme vicieuse qui cessait de se contraindre ou quune tète égarée (pi il falloil plaindre et contenir. L' habitude de vous chérir, de croire à vos vertus, m'a fait rejeter
Y. Lady Craven devenue, après la mort de la princesse de Saxe-Cobourg, la femme du Margrave.
tout ce qui vous dégradoit. En conséquence j'ai tout supporté : votre inliumanité, vos outrages, votre ingratitude, nont pu me faire changer le plan de conduite que je m' étois proposé. Par mon silence sur tout ce qui regardoit votre maîtresse, fai du moins arrêté le comble que vous vouliez mettre à vos torts, en quittant publiquement notre maison; autant que je l'ai pu, fai caché sous un front toujours calme, et quelquefois riant, les douleurs déchirantes de mon àme et de mon corps. J'ai permis de croire cj^ue je ne vous désapprouvois pas, et je vous regardois toujours comme mon meilleur ami. Mais le temps de feindre est fini. Vous êtes arrivé dans vos États ; quoi que vous veuillez faire désormais, je ne crains plus qu'on m'en rende ni coupable 'ni comp table, et v o us-même, sans doute, conviendrez qu'il est bien temps que je rejette vos fausses protestations d'amitié.
« Le voile est tom,bé^ monseigneur^ je sais à présent que je ne fus jamais que la mallieureuse victime de votre égoïsme et de vos divei^ses fantaisies ; si vous aviez été véritablement mon ami^ vous ne m,' auriez pas éconduite de vos États pour if"^ de Ca. . M"'" Ku. . . , etc., etc. ;vous n'auriez pas sacrifié mes lettres, dont chaque mot peignoit ma tendresse et vos devoirs; vous m'auriez continué la confiance que je n' ai point cessé de mériter; vous
n auriez point abusé des prérogatives de votre sexe^ de votre rang pour m opprimer et m' avilir; vous auriez [quel que puisse être votre nouvel amour) respecté les sentiments et la conduite que vous me connaissez depuis dix-sept ans; vous auriez eu pitié de mon âge et de mes infirmités; vous m'auriez tenu compte de mon désintéressement et de l'utilité de mes avis : convaincu par l'expé' rience de ma condescendance à vos goûts, vos fantaisies, vos passions, vous ne vous seriez pas séparé d'ime femme qui n'avait d'autres prétentions, d autres sentiments que ceux de la plus tendre des mères et de la plus solide des amies. Je ne puis concevoir comment vous n'avez pas rougi vous-même de ne plus vous montrer à mes yeux que comme un forcené, se délectant à rri assassiner ù coups d'épingle. Juste ciel! êtes-vous l'homme dont j'ai tant prôné les vertus?
« Je conviens C[ue pendant les cinq dernières semaines de votre séjour à Paris, vous vous êtes montré beaucoup moins malhonnête, vous avez pris la peine de vous contraindre ; vous m'avez cpielquefois forcée de croire que mon estime et mon amitié importait encore à votre bonheur; mais mon retour dans le monde, et le bruit que vous y faisiez, ont détruit ce moment d'illusion. Je sais [non sans élonnement) tout ce que vous
avez fait depuis sept ou huit ans, votre savante et profonde dissimulation m'est enfin connue^ je vois que je 7iai jjIus rien à prétendre, et que nos lie?îs doivent se rompre sans retour. Vous vous en applaudissez sans doute? et moi, malheureuse! je ne m'en consolerai jamais. Mon âme, aussi tendre qu'invariable., portera dans le tombeau les sentiments que je vous ai voués ; je vous plains, vous pardonne^ et vous souhaite autant de bonheur et de gloire que j'éprouve de regrets et de douleurs. « C'est avec infiniment de peine que je remets à vos pieds le bien que je tenois de vous. Je ne me dissimule pas que cette démarche blesse votre dignité [et je suis loi?î, hélas! de vouloir vous faire un outrage), mais vos procédés m'en ont fait un devoir. « Rappelez-vous que je nai jamais rien voulu pour moi, et que je n'ai désiré ajouter à ma fortune que pour ajouter à vos jouissances; que vous n'êtes pas mon souverain^ et que pour obtenir le titre de mon bienfaiteur., vous deviez garder à jamais celui de mon ami. Je ne suis rien, monseigneur, j'ensuis toujours convenue sans honte et sans regret, mais mon âme est quelque chose ; et jusqu'à mon dernier soupir, je vous obligerai du moins à m' estimer . Adieu... adieu pour jamais^ . n