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ICONOGRAPHIE

MADEMOISELLE GLAIROiN

PORTRAITS A L HUILE — PORTRAITS AU PASTEL — PORTRAITS AU CRAYON — PORTRAITS EN MINIATURE.

Salon de lTo9

Carie Vanloo. Un sujet deMédée et de Jason, dans lequel W^ Clairon est peinte en Médée. Ce tableau a 10 pieds de large sur 7 de haut.

Ce tableau, oii Carie Vanloo avait représenté M"*" Clairon, sous les traits de Médée, dans les airs, sur un char magique, une torche d'une main, un flambeau de l'autre, et montrant à Jason, son perfide époux, ses enfants égorgés à ses pieds, ce tableau avait été commandé, avons-nous dit, par la princesse Galitzin au premier peintre du Roi, pour en faire cadeau à

sa grande amie. Et ce tableau de la même grandeur que celui du Sacrifice dlpJiifjénie, exécuté précédemment par le Maître pour le Roi de Prusse, avait un immense succès, un succès non pareil, au dire des brochurettes d'art du temps.

Ecoutez celle-ci :

« Le tableau deM. Carie Vanloo, oiîM"°Clairon est peinte en Médée, n'étoit point encore achevé, qu'il avoit une grande réputation. A peine l'atelier de cet artiste a-t-il été ouvert, que tout Paris est venu en foule admirer son chefd'œuvre. Jamais ouvrage n'a obtenu d'éloge plus unanime ^ »

Ecoutez celle-là qui présente un tableau si amusant des jugeurs préventifs et curiolets du temps :

« Vous ignorés quel est le mérite, quel est le bon ton du jour, c'est d'avoir vu le tableau de Médée dans l'atelier de M. Vanloo. J'ai rencontré un petit-maître, qui, pour l'avoir lorgné un instant, s'en croyoit trois fois plus impor-

1. Le Tableau de M"" Clairon, pur M. Carie Vanloo. — Pièce manuscrite, faisant partie de la curieuse collection du Cabinet des Estampes, cataloguée par Georges Duplessis, sous le titre : Catalogue de la collection des pièces sur les Beaux-Arts, imprimées et manuscrites ^recueillies par Mariette, Cochin, Deloynes... I8SI.

tant. Quel est donc ce tableau, dont la simple entrevue produit un effet si étrange, vous allez l'apprendre après quelques instants d'un prélude nécessaire.

« La princesse Galitzin, que son goût naturel et son amour pour les arts, promènent dans les principalesvillesde l'Europe, estvenue dans cette capitale, pour saisir l'idée du beau et le transporter dans son pays. Elle a été principalement frappée de l'art théâtral et du jeu de M"® Clairon ; elle ne voit, n'entend, n'admire quA7na7iej, Idamé, Iphigénie, Hyperijinestre. Elle ne peut plus vivre sans ces illustres héroïnes, veut les posséder toutes, en la personne de M"^ Clairon; et après l'acquisition de ce trésor, compare fièrement Pétersbourg- à Paris. M. Vanloo est entré dans ses vues, il a choisi ses meilleurs pinceaux.

(( Un petit nombre d'amis avait déjà eu cet avantage. Tout Paris se rendoit au Louvre pour le voir. Mais ce tableau avoit déjà passé à Versailles. Je ne connois rien de si mortifiant que la curiosité trompée. Tous ceux qui ne l'avoient pas vu, se trouvoient humiliés. <( Est-il bien possible, disoit un abbé, qui étoit l'àme de plusieurs cercles. Je perds en un jour la réputation de vingt ans, c'est de moi que

Paris avoit toujours reçu ses nouvoUcs, ses goùls, SCS décisions! « Je vais m'ensevelir à Long-champs, disait une jeune comtesse, puisqu'on m'enlève aujourd'hui le droit incontestable de faire le sort des ouvrages de goût 1 » Un jeune marquis jura tout bas qu'il n'en auroit pas le démenti, et soutenoit tout haut qu'il avoit vu, examiné et corrigé le tableau de Médée'... »

Etle concert des deux brochures au sujet de la ressemblance de l'actrice :

Le tableau de M"^ Clairon par M. Vanloo, disant : « Mais le comble de l'art est dans la figure même de Médée, ou la joye atroce de la vengeance assouvie est exprimée à faire frémir, sans altérer dans le portrait de lïnimilable actrice, la ressemblance qui est frappante et dans toute sa beauté. »

La lettre d'un Artiste sur le tableau de i)/"^ Clairon, disant : « Je vous dirai que M"* Clairon qui devoit être encore plus difficile, puisque c'est son portrait, et son portrait saisi dans une situation théâtrale, loin de juger que le peintre fût au-dessous, se plaint qu'il a sur-

1. Lettre d'un Artiste sur le tableau de 3/'^« Clairon, 1739. — Pièce manuscrite de la collection des pièces sur les Beaux- Arts, recueillie par Mariette, Cocliin, Deloynes, 1881.

passé l'arL du théâtre, et ajoute poliment qu'il faudra que \ original étudie longtemps sa copie. « En vérité, M. Vaiiloo, dit-elle avec un ton d'humeur, vous devriez brûler vos pinceaux ou établir des manufactures, où je puisse trouver la fraîcheur, la vivacité et la délicatesse de vos couleu)'s\ »

Le roi Louis XV, raconte M"^ Clairon dans ses Mémoires, avait voulu voir le tableau, et après avoir fait l'éloge le plus flatteur du peintre, et de la tragédienne représentée sur la toile, il disait : « Il n'est que moi qui puisse mettre ijn

1. II y eut toutefois du tableau de Médée et de Jason, des critiques, des critiques assez vives, pour forcer Vanloo à retoucher le personnage de Jason. Du reste, voici la page imprimée la plus sévère sur le célèbre tableau ; une page de la Lettre cpaxiQUE A UN AMI, suv les ouvrages de Messieurs de L'Académie, exposés au Salon du Louvre, 1759 :

« Le tableau de Médée et de Jason de Carie Vanloo en est une pCuve ; digne de la réputation du maitre, par les figures dessinées d'une vérité étonnante, les contours eu sont purs et de'cis, le nud se fait sentir sous les draperies heureusement jetées, mais à travers l'enthousiasme d'un coloris qui plaît d'aboi?d, à la vérité, on aperçoit des fautes, d'autant plus frappantes qu'elles partent d'un grand homme. Les figures sont trop resserrées, celle de Médée paroît contrainte, elle n'annonce, ni sur son visage, ni par son attitude, cette fureur qu'une vengeance aussi noire doit produire, au contraire, elle semble roide et embarrassée. » La réponse à un écrit anonyme, intitulé : LettPvE critique a un ami, attribue ces sévérités à l'envie, et dit qu'on reconnaît dans le critique le petit élevé d'atelier.

cadre à ce tableau et j'ordonne qu'on fasse le plus beau possible. » Et le cadre, offert par le Roi à M"" Clairon, avait coûté 5000 livres*.

Au moment de sa vente, et dans le temps où le Margrave d'Anspach la sollicitait de se retirer dans ses Etats, M"* Clairon s'était résolue, à son grand regret, à se défaire de ce tableau de prix, et Randon de Roisset était venu chez elle, lui en offrir 24 000 livres. Elle avait demandé à l'amateur quelques jours de réflexion pour se décider, quand le Margrave lui écrivait que, si son intention était de vendre ce tableau, il lui demandait la préférence, et la Clairon lui en faisait hommage. Il lui en coûtait encore 50 louis, pour le nettoyage, le démontage, l'emballage et le transport à Strasbourg. Et M"* Clairon termine en disant : « Il est placé dans le château du Margrave, j'ignore s'il le regarde quelquefois, mais je suis sûre qu'il ignore au moins de quel prix il peut être. »

Et voici la fin de l'historique de ce tableau, donnée par M"^ Clairon dans une lettre inédite,

1. Le fait est vrai et confirmé par ce passage de la brochure : Le Tableau de M''« Clairon. « Le Roi a mis le comble à la gloire de l'artiste en demandant à voir cet ouvrage. Sa Majesté a fait à M'i* Clairon la grâce de dire qu'il donnait la bordure. »

datée du 22 septembre 1792, et adressée à Henri Meister :

(( siu milieu de toutes les i?iqinétudes et des e?nbarras que cela me donne (la crainte du remboursement des créances au marc le franc), ce tableau que l' incjratitude la plus honteuse, et l'oubli le plus entier du respect qu'on se devoit à soi-même^ avaient fait reléguer au garde-meuble, va me valoir quatre mille écus de Prusse; si ce n'est ptas assez pour ce qu'il vaut^ c'est beaucoup pour la situation où je me trouve, et je vous en remanie, car je vous dois l'idée de cette ressource \

Une esquisse de M"° Clairon en Médée, peinte par Carie Vanloo, existe au musée de Saint- Quentin. Elle fait partie des toiles de quelques artistes français, légués par Latoura vec ses pastels à sa ville natale.

En mars 1773, on vendait, sous le n° 23, à la vente de M"" Clairon, un portrait allégorique de

1. M. Dussieux, dans son livre sur les Artistes français à l'étranger, publié en 1836, nous indique le tableau de «Médëe et de Jason m parmi les tableaux français du palais du Roi à Berlin.

la tragédienne par Doyen, ainsi décrit: Le buste d'une femme, dont la tête est vue de trois quarts, et couronnée de roses, représentant la Muse de la poésie lyrique ; l'expression est noble et fière et no dément en rien le talent de l'habile artiste qui en est l'auteur : la forme de ce tableau est ovale, et porte 24 pouces de haut sur 19 de large, non compris sa bordure surmontée d'une guirlande de Heurs. Ce portrait peint se vendait 104 livres.

Un assez médiocre portrait de M"^ Clairon, grandeur nature, représentée en tuniqueblanche, sur laquelle est jeté un manteau rouge, et tenant à la main un sceptre, se voit dans le foyer de la Comédie-Française.

Ce portrait de Clairon fait pendant à un portrait de Larive, et tous deux seraient un don, fait à la Comédie-Française, parl'élëveetle jeune ami de la tragédienne.

M. Thubert, avoué près la cour d'appel do Poitiers, arrière-petit-fils de Larive, possède un

MADEMOISELLE CLAIRON. -i8o

pastel de M"^ Clairon par La Tour, donné par la tragédienne à son élève aimé.

Dans ce pastel, dont M. Thubert a bien voulu m'envoyer une photographie, la grande artiste tragique a eu la fantaisie de se faire représenter en une sorte de bergère d'opéra-comique, et plus joliment que ne le fait d'ordinaire le maître sévère. Elle est coiffée d'un chapeau de paille, posé sur ses cheveux relevés, ayant au cou un petit cordonnet noir, dont la double ganse se perd dans l'entre-deux de ses seins. Décolletée, les bras nus, elle est vêtue d'un corsage lacé, au-dessus duquel une chemisette de gaze, aux rayures argentées, se tuyaute en plis mous et s'arrange en hauts de manche transparents. Et elle porte au côté gauche un énorme bouquet de roses, que touche sa main droite.

La Tour aurait peint au pastel un autre portrait de AP* Clairon, et qu'il lui aurait légué dans un projet de testament. Et ce pastel serait sans doute celui qui se trouva, un moment, entre les mains de Saint-Prix.

Dans son testament, M"* Clairon lègue à la

fille cîc Diderot, à M""^ de Yandeuil, son portrait au pastel représentant nne Muse.

Enfin, aprrs la rupture de M"" Clairon avec le marquis deXimenès, les vers épigrammatiques accompagnant le renvoi du portrait, redemandé par ractrice, les vers commençant par : Tout s'use, tout périt... disent que le portrait était un pastel.

Passons aux dessins.

Salon de 17 57

Carie Vanloo. — Un dessin, esquisse du portrait de M"*" Clairon qu'on se propose de peindre, de grandeur naturelle, en Médée.

C'est la première idée du tableau exposé au Salon de 1739.

Ce dessin du Salon de i7o7 a tout l'air d'être le dessin donné par M. Philippe de Saint-Albin au Théâtre-Français, et qui représente, grandeur nature, la tête de la Clairon avec son diadème et son collier de perles, de la Médée de Longepierre. Le dessin non signé, mais oii le faire de Vanloo se reconnaît parfaitement, est aux crayons blanc et noir, sur papier gris.

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L'éloge de Carie Vanloo, publié dans ï Ordre chronologique des Deuils de cour de 1766, indique, dans la liste de ses principaux ouvrages, un grand dessin de Médée et Jason, en la possession de Le Brun. Est-ce ledessin du tableau, ou un dessin terminé exécuté pour la gravure ? Car la différence de l'estampe avec le tableau, exposé au Salon de 1759, avait fait dire que Vanloo avait peint un autre tableau : ce qui n'est pas. Mais peut-être a-t-il fait un dessin propre à faire plus d'effet en gravure, et qui serait le dessin autrefois possédé par M. Le Brun.

Sous le n" 24 se vendait, à la vente de Clairon, le dessin par Doyen du portrait allégorique peint à l'huile, sousle numéro 23, parle môme peintre.

Il est ainsi décrit: La même tête dessinée sur papier gris, aux crayons noir et blanc, montée sous verre dans une bordure dorée. Ce dessin se vendait 38 livres.

• Dans la collection de M. M... se trouve aujourd'hui un portrait, de forme ovale, dessiné sur papier gris, aux crayons noir et blanc. Ce portrait, ressemblant beaucoup au portrait-vignette

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de Gravelot, dans l'estampe commandée par Garrick, me scml)lc correspondre parfaitement à la description du dessin de Doyen, représentant M"* Clairon en Muse, et vendu à la vente de l'actrice sous le n" 24... sauf cette différence cependant que, dans le dessin, elle est couronnée de lauriers, et que, dans la peinture d'après laquelle a été fait le dessin, de la vente, elle est couronnée de roses.

Enfin, dans la collection de M. Rodrigues, on rencontre une étude de tête de M"* Clairon, à la sanguine, sur papier chamois, avec rehauts de blanc. Cette tète de trois quarts, le regard tourné à gauche, est bien certainement un document pour la Clairon, agenouillée dans la vignette commandée par Garrick à Gravelot, et gravée par Lemire; mais ce n'est pas, je crois, un des-, sin de Gravelot, mais un dessin devant venir de Vanloo ou de son atelier.

Dans le Livre des Saint-Aubin, appartenant à M. Destailleur, se trouve une merveilleuse page de Gabriel de Saint-Aubin, consacrée tout entière à diverses portraitures de M"* Clairon. Je

cite la description que j'en ai faite dans VArt du xvnr siècle :

« Sur une feuille de papier, tout en haut, à une extrémité, une tête de femme de trois quarts, tournée à gauche avec le regard dirigé à droite. A l'autre extrémité la même tête de femme, encore plus de trois quarts, mais avec le regard dirigé à gauche. La femme représentée a un collier de perles qui lui fait deux fois le tour du cou, et son visage est bien la figure représentée par Pougin de Saint- Aubin, dans son portrait d'Hippolyte de Latude Clairon. Enfin, au bas de la feuille de papier, la Clairon, des perles dans les cheveux, les épaules décolletées, les bras dans des manches bouffantes, touche de la harpe de côté, avec la figure de face. Ce portrait est en buste, mais il est répété en pied encore d'un autre côté du papier, dans un croqueton grand comme un domino.

« Sur la feuille depapierblanc(haut. 23 c. ; larg. 1 7 c. ) , le premier portrait de la Clairon est légèrement pastellé; le second, exécuté àla pierre d'Italie, avec quelques touches de carmin dans les cheveux, montre toute l'habileté et la puissance du maître dans un portrait du format miniature ; et le troisième est entièrement fait à la pierre noire, avec un joli crayonnage roulant. A côté du

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second portrait, Gabriel a tracé avec le crayon qui Fa dessiné : Clairon, 1773. Et dans un coin, Augustin de Saint-Aubin, de sa jolie écriture si reconnaissable, a écrit : Trou portraits de Clairon par Gabriel de Saint-Aubin.

Il fauflrait encore voir un portrait en pied de M""" Clairon, dans le dessin de Gochin, que je possède, et qui a pour titre : Concours pour le prix de l'étude des Têtes et de l'Expression, fondé à r Académie royale de Peinture et de Sculpture, par M. le comte de Caylus, honoraire amateur^ en 1760 — dessin gravé en réduction sous le même titre, par Flipart, en 1763.

Le modèle, cette femme couronnée de lauriers, d'après une légende consignée dans un livre, dont je ne me rappelle plus le titre, serait ]\f '^ Clairon. Et on effet, la tête de la poseuse ressemble à M"" Clairon, et il n'y aurait rien d'impossible à ce que la tragédienne, célébrée comme si savante dans l'art de rendre toutes les expressions de la physionomie, ait été prise par Cochin comme le parfait modèle de la tête d'expression.

Voici maintenant les miniatures :

Dans son testament, M"^ Clairon lègue à M. Hua, son exécuteur testamentaire, une boîte doublée d'or, portant le portrait d'une Muse qui tient l'urne de Voltaire : son portrait en miniature. Qu'est devenue cette boîte?

M. Groult, avec son obligeance accoutumée, veut bien me communiquer une miniature, portant au dos, d'une écriture ancienne :

CLAIRON

célèbre actrice des Français^

en habit d' Indépendante,

peint par Belin en 1786.

Cabinet du président Baras (sic) .

La femme représentée est peinte, les cheveux roulés en grosses boucles annelées, la gorge couverte d'un fichu de gaze bouffant, et habillée d'une robe aux reflets changeants, à reversis bleu de ciel sur les épaules et la poitrine, dans un costume historiquement très curieux; — mais la femme est bien, bien, bien jeune, — et il faut se rappeler qu'en 1786, M"* Clairon avait soixante-quatre ans.

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