SCENE II
Les Mêmes, D'AUBIGNY.
d'aubigny, regardant de la porte, et apercevant Richelieu.
Enfin!...
11 entre, cl vient lentement se placer en face du Duc.
LE DUC, levant les yeux.
Ah! ah! c'est yous, chevalier!
d'aubigny.
Oui, monsieur le duc ; pourrais-je vous dire deux mots ?
LE DUC
Aussitôt le coup joué, je suis à vous. d'aubigny.
C'est bien, j'attendrai.
LE DUC
Tenez, voilà qui est fait. Passe-moi ton argent, d'Aumont. Bien, merci. Chamillac, prends ma place, elle est boune. [Se levant. )Me voilà, monsieur.
Un seigneur prend la place du Duc,
D AUBIGNY
Je vous ai attendu hier dans la rue jusqu'à quatre heures.
LE DUC
Cela se peut, monsieur, j'étais sorti par la porte du parc.
D' AUBIGNY
J'ai eu l'honneur de me présenter trois fois aujourd'hui chez vous.
Je l'ai appris avec un vif regret, monsieur. J'étais à la chasse ; mais aussitôt mon retour, on a dû vous dire...
D' AUBIGNY
Oui , que vous aviez pris la peine de passer à l'hôtel. ( Les deux hommes se saluent. ) Il est inutile, je présume, monsieur le duc, que je vous dise dans quel but je désirais vous rencontrer?
LE DUC
Mais je crois que je m'en doute, chevalier.
D' AUBIGNY
Vous comprenez, monsieur, que, lorsqu'on a porté atteinte à la réputation d'une femme dont le père et les frères sont à la Bastille...
Le chevalier d'Auvray entre et s'approclie doucement. LE DUC.
On doit rendre raison à son amant. C'est trop juste, sur mon honneur, monsieur le chevalier, et je comprends parfaitement cela. Je suis à vos ordres.
d'aubigny.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il est inutile que la véritable cause de notre combat soit connue. LE duc.
La cause sera celle que vous voudrez : le renvoi de l'infante , si cela peut vous être agréable. D'ailleurs nous trouverons des témoins accommodans.
Il y aurait peut-être quelque chose de mieux, monsieur le duc ; ce serait de n'en pas prendre.
LE DUC
Fort bien. Vous vous promènerez à une heure dite dans une allée convenue; je sortirai à cette heure, et je me dirigerai vers cette allée. Ce ne sera plus un duel, ce sera une rencontre. d'aubigny.
Et... quel est l'endroit que vous préférez?
LE DUC
Mais, le plus proche du château.
d'aubigny.
L'allée qui conduit au bois de Sylvie, alors.
LE DUC
Parfaitement.
d'aubigny.
Votre heure?
LE DUC
La vôtre, monsieur.
d'aubigny.
Neuf heures du matin, si vous voulez.
LE DUC
C'est convenu. Les armes?
Je n'ai pas besoin de vous en parler. Nous sommes gentilshommes tous deux, l'arme des gentilshommes est l'épée ; nous sortons avec notre épée, personne ne le remarque, personne n'a rien à dire.
LE DUC
A merveille. Demain, à neuf heures, au bois de Sylvie, sans autres armes que notre épée. d'aubigny.
C'est dit.
d'auvray, leur frappant sur l'épaule avec une petite baguette noire à pomme blanche.
Halte-là, de par le roi I Vous êtes assignés à la connétablie de France , au terme de huitaine, par nous, clamant et proclamant, le chevalier d'Auvray, lieutenant de nosseigneurs les maréchaux de France et greffier du point d'honneur. d'aubigny.
On nous écoutait !
LE DUC
D'Auvray !... que le diable vous emporte, chevalier! on ne peut pas avoir la plus petite explication maintenant, qu'on ne voie paraître le bout de votre baguette noire !
d'auvray.
Oui, c'est moi, messieurs; et songez-y, duc, songez-y, chevalier ! ceci n'est point une plaisanterie, car vous êtes prévenus, et, à compter de cette heure, vous avez la tête entre la hache et le billot. Donnez-moi donc votre parole que, d'ici au moment où nosseigneurs les maréchaux de France auront décidé s'il y a lieu à combat, il n'y aura entre vous ni duel ni rencontre.
LE DUC
Ce n'est pas moi que cela regarde, chevalier, c'est M. d'Aubigny; qu'il vous donne sa parole, je vous donne la mienne. Autrement, je vous en préviens, je suis obligé de le suivre partout où il lui plaira de me mener, même sur l'échafaud. d'aubigny.
Je désirais votre vie , monsieur le duc , mais je voulais vous la prendre moi-même. Un procès est inutile et des juges sont superflus. Il ne doit y avoir entre M. de Richelieu et moi d'autre juge que Dieu. Vous avez ma parole, monsieur d'Auvray.
d'auvray.
Qu'il n'y aura entre vous ni duel ni rencontre? d'aubigny.
Foi de chevalier.
LE DUC
Foi de duc et pair !
d'auvray.
C'est bien, messieurs, je m'en rapporte à votre parole.
Il va s'a
ppuyer à la chaise d'un des joueur:
un laquais, entrant.
Un courrier qui arrive de Paris demande à parler à M. le duc d'Aumont à l'instant même , de la part de Sa Majesté.
d'acmont, se levant.
Messieurs, vous permettez ?..