SONNET A SA MAJESTÉ LA REINE DE FRANCE
— Un sonnet! s'écria Monsieur; oh! voyons, madame ma sœur, je raffole de sonnets !
Le sonnet était de Benserade, et Monsieur le lut lui-môme.
— Voilà une atiention dont nous devons tous -savoir gré à mademoiselle d'Herfort, reprit le roi en s' adressant à la reine; n'est-ce pas, madame? ce n'est pas là une louange ordinaire !
Dans ce sonnet, Benserade avait loué, en effet, la jeune reine avec l'emphase du temps ; son front se dérida en se voyant l'objet d'une telle apologie. Le soupçon fit place en son esprit à l'ivresse du triomphe. Pendant ce temps, Louis avait serré le bras de Choisy, et il lui disait :
— Ah! Choisy, Choisy, qu'avez-vous fait?
— Ne fallait-il pas sauver Votre Majesté?
— C'est bien ! oh ! c'est bien ! voilà un service dont bientôt je tiendrai compte.
Pendant que mademoiselle d'Herfort éprouvait le contre-coup de cette scène, Monsieur entraîna Choisy dans l'embrasure d'une croisée du Louvre.
— Décidément, l'abbé, tu es en faveur, lui dit-il. Ce que c'est que d'avoir lu Benserade !
— Monseigneur, répondit Choisy qui pouvait à peine parler, par pitié, votre carrosse ! Les forces me manquent, je crains de tomber ici ! Surtout, que nul ne nous voie ; on s'opposerait à mon départ.
— L'abbé, que dis- tu là?... En ce cas c'est moi qui t'emh mène... Parle, je suis à tes ordres.
Et Monsieur lui-même, étonné delà pâleur et de rabattement de Choisy, se hâta de donner des ordres après avoir feint de conduire l'abbé dans la salle aux portraits.
Un instant après, ils roulaient tous deux en carrosse, sans que l'on eût pu se douter de leur absence.