‹ Mademoiselle de ChoisyChapitre 3 sur 44 · LA DAME DU CARROSSE · texte numérisé non relu

LA DAME DU CARROSSE

Les mains du pauvre Grippefer, qui s'étaient cramponnées au marchepied du carrosse, lâchèrent prise, et il retomba lourdement sur le pavé.

La voiture partit d'un trait, coupant l'air comme une flèche; Brisacier lui-même avait peine à respirer.

— N'ôterez-vous pas votre masque? demanda-t-il d'un ton galant à sa belle prisonnière.

Un léger mouvement d'épaules témoigna de la répugnance de la comtesse pour cette offre. A travers les trous de son loup de velours, elle regarda Brisacier de façon à lui ôter l'envie de converser avec elle.

Cela déplut au clievau-léger qui, de sa nature, était galant.

Il demeurait évident pour lui qu'il avait affaire à une personne de qualité. Cette personne était-elle libre, ou engagée déjà dans le mariage? avait-elle quelque lien de parenté avec celui chez qui Brisacier allait la conduire, l'aimait-elle, le haïssait-elle? C'était dans un pareil cercle de questions que son guide se perdait.

Ce qui étonnait principalement Brisacier, c'est que la demoiselle avait fait peu de résistance. Elle s'était laissée tomber évanouie entre ses bras et porter facilement jusqu'au carrosse, en un mot, il avait opéré avec elle si vite et si bien que Brisacier, dans son opinion de mauvais sujet, ne pouvait croire qu'elle en fût à son premier enlèvement.

Son mutisme résolu l'affligeait par-dessus tout, car la route n'avait pas moins de six grandes lieues.

Or, six grandes lieues passées dans la compagnie d'une femme qui ne parle pas, équivalent assez, comme ennui, à six autres dans la compagnie d'une femme qui parle trop.

Brisacier avait été beau, et on le citait aux premiers temps de la Fronde, où madame de Chevreuse l'employait, dit-on, à des missions difficiles. Il avait vu des comtesses maréchales de camp et des dames capitaines. Il géographait agréablement sur la carte de Tendre. On le soupçonnait d'avoir porté quelque temps des

mouchoirs garnis de dentelles au chiffre de mademoiselle Scudéry, c'était peut-être pour le récompenser d'avoir lu Clélie. Il gardait obstinément le titre d'enseigne aux chevau-légers de la reine, bien que depuis dix ans il en eût été chassé; mais on le tolérait, et on avait peur de lui. Se vendant au premier venu, habile, entreprenant, captieux, il était surtout à la piste des duels et des amourettes de grands seigneurs; ne manquant jamais de s'aller baigner en été une fois par jour à la porte Saint-Bernard, et courtisant l'hiver les filles de théâtre à l'Opéra. Ne pouvant se résoudre à voyager avec une muette, il tira de sa poche un flacon d'odeur fort joliment ouvragé, et le lui passa en redoublant ses agaceries.

— C'est un guet-apens abominable, dit-il à l'inconnue, mais j'exécute mes ordres. Me pardonnerez-vous, ma belle captive, cet attentat cruel à vos libertés? Vous ne me répondez pas? Mon Dieu ! continua-t-il en feignant l'exaltation, si vous gardez un silence obstiné, je vais ouvrir la portière et me jeter sur le pavé de la route !

Un éclat de rire interrompit ce beau mouvement de Brisacier; la dame s'agitait sur les coussins du carrosse, etparaissait prendre un diabolique plaisir aux douleurs de son galant improvisé.

— Vous riez, dit-il; vous me pardonnez, n'est-ce pas?

— Et pourquoi vous en voudrais-je? répondit-elle avec un son de voix que le chevau-léger compara dans sa passion à une flûte enchantée.

— Bien vrai?

— Certainement, il faut que tout le monde vive.

— Mais vous savez donc où vous allez?

— Moi! pas le moins du monde; je sais seulement que j'ai faim. Monsieur le chevau-léger, y a-t-il, dites-moi, collation dans le lieu où nous allons?

— Je l'espère, reprit Brisaeier ; mais, si en attendant, madame ou mademoiselle voulait que j'arrêtasse pour lui faire servir un bouillon ?

— Un bouillon, y pensez-vous?

— Il est vrai qu'à cette heure les hôteliers sont ceuchés. Mais j'y songe... oui... dans l'une des poches du carrosse auprès de madame ou de mademoiselle....

— Eh bien?

— Eh bien ! il doit y avoir deux excellents flacons de Malvoisie ou de vin de Chypre... J'avais dit au cocher de les placer.

— C'est ma foi vrai, reprit-elle, en paraissant examiner le contenu des flacons avec une satisfaction particulière. Voyons, débouchez cela.

Brisaeier obéit, tout en trouvant l'ordre un peu brusque.

— Ces dames de la cour, pensa-t-il, portent le vin comme des anges; celle-ci, je gage, veut s'étourdir avant de par devant le comte... Tout de même, elle boit raide, continua-t-iK €ii voyant la comtesse humer le liquide à longs traits avec un air d'habitude.

— Il faut bien se donner du cœur, dit celle-ci en rendant son verre au chevau-ïéger; vous me conduisez peut-être dans un château de faux monnayeurs.

En disant cela, elle regardait ses diamants. Brisaeier protesta que les intentions de son maître étaient fort pures.

— Mais qui est-il donc? demanda-t-elle d'une voix mal assurée.

— Il m'est défendu de vous le dire, reprit Brisaeier; tout ce que je sais, c'est que vous serez traitée chez lui...

— Avec tous les égards, toutes les prévenances dus à une femme qu'on enlève, n'est-ce pas? interrompit-elle, en cherchant

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à deviner du regard la pensée de Brisacier ; votre maître est . donc amoureux?

— Et comment ne le serait-il pas? reprit le chevau-léger en essayant de toucher du bout du doigt la main gantée de la comtesse; n'êtes- vous pas, madame ou mademoiselle, un vrai miroir d'élégance, de grâce, de noblesse? Vous mériteriez un temple soutenu par des colonnes de marbre transparent, comme la reine Zyrphée, que je lisais encore hier. Je suis sûr que votre chant est celui du rossignol, et que la tour de Montlhéry hausserait le cou de joie dans les nues, si vous la montiez !

— Voilà une belle comparaison !

— C'est dans le genre de YAsirée, mais c'est encore ttop peu... Oui, beauté divine et cruelle tout à la fois...

Ici Brisacier posa un genou en terre, mais le cahot violent qui survint l'ayant rejeté de l'autre côté, il jugea prudent de se relever, très-irrité dans le fond de voir l'inconnue qui riait, bien qu'il fût aussi contusionné que don Quichotte.

— Vous ne savez. donc pas qui je suis? lui demanda-t-elle d'une petite voix flûtée.

— Hélas! non, mais je sais que ce postillon va d'une vitesse... Vous devez avoir les membres disloqués; mais, grâce à Dieu, voici le château de Saint-Germain ; quatre lieues de poste en une heure, rien que cela !

— Est-ce là que vous me conduisez?

— C'est un peu plus loin, si vous voulez le permettre. Ce n'est pas pour Sa Majesté que je travaille.

— Je respire, dit la comtesse.

— Le roi et le cardinal, ajouta Brisacier, ne sont point de mes amis. Je vais vous conduire à un château que je n'ai point vu, mais dont j'ai la désignation exacte. Le cocher, d'ailleurs, est à son poste, sur le siège; et, bien qu'il soit

étranger, il sait encore assez de français pour se faire entendre.

— Cependant, monsieur, j'aurais cru que le cardinal...

— Avait des idées sur vous, cela est certain ; témoin ce Grippefer qui voulait aussi vous enlever et que j'ai couché sur le carreau ! Il se peut que vous ayez contrarié la politique de Son Éminence, avec cela qu'elle ressemble à cette heure à un vieux ressort détraqué, dit Brisacier d'un ton de mépris.

La comtesse garda le silence. Il ne fut plus possible à Brisacier de la faire parler, ce qu'il attribua chez elle à de la réserve; elle avait d'ailleurs assez de réflexions à faire, plus on approchait du terme de la route, pour que le chevau-léger ne crût point devoir troubler sa méditation.

Brisacier se livra donc de son côté aux suppositions les plus grotesques, pensant enlever tantôt une femme de qualité, et tantôt une chanteuse, enviant le sort de son possesseur futur, et ne songeant pas avec moins de satisfaction à la récompense qu'il ne pouvait manquer de lui donner.

Il était près de deux heures de la nuit, quand le carrosse entra par l'une des grilles d'un château dont chaque allée était blanche de neige. C'était un amas de corps de logis sans trop d'apparence, mais autour duquel s'étendaient de vastes bois. Une torche brilla bientôt et jeta sur le perron un éclat vif, fantastique. Deux valets en riche livrée vinrent en même temps déployer le marchepied du carrosse. Brisacier sauta à terre et tendit la main à la dame, qui s'élança comme une biche de cette cage ténébreuse. Un vieux majordome attendait sur les degrés d'un air de respect. Il introduisit bientôt les nouveaux arrivés dans une vaste salle, où un souper élégant se trouvait servi.

— Voilà qui commence bien, dit Brisacier à l'oreille de sa compagne de route.

La pièce où la dame se trouvait alors avec le chevau-léger

ressemblait assez, par sa disposition, à celles que Ton trouve encore dans quelques vieux châteaux du Danemark et de h Suède. Les panneaux en étaient de chêne et ne s'élevaient qu'à la hauteur des fenêtres, auxquelles ils servaient d'appui. Tous les quatre étaient surmontés de cornes de cerf admirables. Six dressoirs et autant de bahuts garnis de cuir complétaient le décor de cette salle, toute luisante d'épées, de cottes de mailles et d'armures. > Des olifants ou cors de chasse, des piques, des épieux, une douzaine d'arcs avec leurs carquois et flèches, des rets, des filets et des hacquebutes étaient appendus à la muraille. Le repas se trouvait servi sur une table ciselée à colonnes torses. Bien qu'il fût deux heures de la nuit, les vitraux laissaient passer çà et là quelques lueurs fauves de nuages éclairés rap'dement par la lune. On eût pu se croire dans le château de quelque baron allemand du moyen âge.

Les volets de cette salle s'ouvraient sur une ceinture de coïlines couvertes de sapins et de bruyères, vallée triste, sérieuse, et dont la neige seule eût complété alors pour les yeux l'illusion d'un autre pays.

On n'entendait d'autre bruit que le sifflement du vent qui roulait les feuilles sèches.

Un feu pétillant brillait dans la cheminée sous laquelle un homme eût pu à son aise se tenir debout.

En pénétrant dans ce lieu, on éprouvait je ne sais quel sentiment aventureux et chevaleresque.

Un esprit curieux de tout se fût demandé alors comment, à six lieues de la capitale, l'architecture avait pu rêver un pareil caprice; et quelque poète accueilli dans ce château y eût cru voir apparaître, au milieu des orages et des glaces du Nord, la grande et majestueuse figure d'un héros du moyen âge, avec sa longue épée et sa lance de combat.

Brisacier lui-même regardait cette salle d'un air passablement étonné, lorsque, sur un signe du majordome, les valets se retirèrent et le suivirent, laissant les deux convives plus à l'aise. La dame aux rubans bleus n'avait point ôté son masque; mais, en revanche, elle faisait honneur aux plats et semblait n'avoir de préférence pour aucun. Un pâté de faisan du plus bel aspect venait de se voir ravagé par elle avec un acharnement inconcevable ; une flamme charmante sortait de ses yeux ; la gaieté, la noblesse du cœur brillaient sur son front. Le danger qu'elle allait courir semblait ne plus l'inquiéter : elle s'était levée et examinait chacune de ces armures avec la curiosité d'une amazone. En ce moment même, la porte de la salle s'ouvrit, et un homme de haute stature, dont la main vigoureuse eût pu facilement ployer un fer de cheval, s'appuya silencieusement sur le fauteuil de Brisacier. A son seul aspect, le chevauTléger détourna la tête, il s'inclina, et sur un geste de ce nouveau personnage, il se hâta de sortir.

Dès qu'il se vit libre, l'hôte de la dame aux rubans bleus s'approcha d'elle cauteleusement.

Rien qu'en le voyant, celle-ci recula, soit que la présence de l'inconnu l'eût effrayée, soit plutôt que le caractère étrange et presque sauvage de ses traits la plongeât dans un morne étonnement.

C'était un de ces hommes du Nord, ferme et robuste comme un sapin de Suéde, mais chez qui. la passion avait enfoncé de bonne heure ses ongles de fer. Quelle était la sienne? On n'eût pu le dire de prime-abord : mais tout révélait chez lui un amour féroce de domination et une implacable volonté. Il devait être aussi difficile de refuser de lui la coupe où le vin pétillait, que de lui résister quand il vous parlait d'amour; car il semblait briser l'obstacle sous ses pieds comme la glace. Sa vie, — et

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il était jeune encore, — avait sans doute été féconde en événements de toute nature; mais on pressentait qu'elle devait plutôt ressembler à un fleuve indompté qu'à une rivière soumise. Son œil grand et bleu jetait par intervalles des flammessinistres; quelques rides plissaient son front. Il portait l'habit d'un prince ou magnat de Suède, avec quelques fourrures et une plaque d'argent sur la poitrine. Il présenta un siège à la dame masquée et la pria de s'asseoir.

— Mademoiselle, dit-il d'une voix qu'il cherchait vainement à adoucir, vous êtes ici chez vous.

— Chez moi, monsieur, chez moi?... est-ce une ironie ou une insulte? demanda-t-elle en se redressant avec fierté.

— Ni l'une, ni l'autre, je vous jure. Un jour... bientôt peutêtre, je vous expliquerai le mystère qui vous entoure; mais, en attendant, je devais vous faire venir, je devais..,

— Et de quel droit, monsieur, interrompit-elle avec fermeté ; de quel droit m'avez-vous fait enlever par un de vos gens? Répondez, qui êtes-vous?

— Un homme, ma chère Diane, qui ne veut que votre bonheur, qui a sur vous des droits imprescriptibles, sachez-le. Vous êtes jeune et de plus vous êtes belle, en voilà sans doute plus qu'il n'en faut pour vous adorer, mais aussi en voilà assez pour faire trembler ceux qui, comme moi...

— Comme vous? parlez.

— Comme moi, Diane, vous chérissent et vous surveillent. Votre séjour chez madame de Choisy est devenu impossible...

— Impossible ! pourquoi?

— Pourquoi? parce que le roi vous aime... Il est jeune, brillant, il peut vous plaire... peut-être vous a-t-il plu...

— À moi, monsieur, à moi ! pauvre orpheline élevée par les

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soins, par les bontés de madame de Choisy... Ah! si vous la •connaissiez!...

— Je la connais, Diane, et c'est pour cela que je tremble. Le roi chaque jour peut avoir accès chez elle; elle vous a menée chez la reine-mère, et vous êtes presque une de ses filles d'honneur... Or, on sait, Diane, comment, lorsqu'on est roi, on a bon marché des résistances. Qui sait si madame de Choisy...

— Achevez...

— Eh bien ! dis-je, qui sait si madame de Choisy, cédant à la passion du roi...

— Arrêtez, monsieur! ce que vous dites là, vous ne pouvez le penser. Oh! non, n'est-ce pas? quelque parole imprudente échappée de votre bouche?... Madame de Choisy faciliter un pareil amour! ah! monsieur, cette pensée est indigne d'un gentilhomme !

— Vous croyez peut-être madame de Choisy inaccessible aux présents? répéta le dédaigneux personnage avec ironie. Désabusez-vous, Diane ; madame de Choisy que vous aimez tant...

— Silence, monsieur, silence! reprit une voix qui sembla cette fois étouffée par la colère ; qui que vous soyez, vous êtes un lâche, et c'est moi qui vous le dis !

— Vous, et qui êtes-vous donc?

— Le fils de celle que yous insultez, l'abbé de Choisy, monsieur !

En même temps l'abbé fit voler son masque; son regard fier, ardent, donnait aux paroles de son hôte le plus sanglant démenti.

— L'abbé de Choisy! vous/ monsieur ! sous ce costume! J'avoue que ce n'est pas sous une robe de femme que j'eusse cru reconnaître un auditeur de Sorbonne !

— Ni moi un gentilhomme dans l'auteur de cet enlèvement nocturne !

— Convenez du moins, monsieur, qu'il faut que l'intérêt que vous portez à mademoiselle Diane soit bien grand pour avoir ainsi pris sa place et vous être misa la merci de ce gentilhomme !

— Et qu'ai-je à craindre, monsieur? répliqua Choisy résolument. Allez-vous d'aventure me garder dans ce château? allezvous ici vous venger sur moi du peu de succès de votre entreprise? Prenez garde, monsieur, j'appartiens de près à des gens qui pourraient vous faire repentir de votre audace ! Le duc d'Albret me protège; j'ai pour amis Villeroy, de Guiche, Lesdiguières et Louvigny. Si c'est un duel que vous voulez, je suis à vos ordres. Ce n'est pas la première fois que j'aurai tiré l'épée, mais c'est la première fois que je me serai battu dans un guet-apens.

— Rassurez-vous, monsieur, il n'y a point ici de guet-apens. Il est vrai que je pourrais vous retenir ; en ce lieu les portes sont sûres, les murs étouffent la voix. Mais c'était à Diane d'Herfort que j'avais affaire. Le chemin est libre, vous pouvez fuir. Je ne prétends pas même vous demander les motifs de votre substitution ; mais si je ménage votre secret, vous devez, je pense, respecter aussi le mien. Une seule personne pourrait peut-être vous expliquer une partie de cette énigme , je lui en laisse le soin ; c'est à elle que vous porterez les lignes que je vais écrire. Rassurezvous, mon billet ne sera pas long.

— J'attendrai, monsieur, répondit Choisy, frappé du ton imposant et fier du gentilhomme ,

— Voici cette lettre, monsieur, dit celui-ci, en lui remettant un papier où il venait de tracer une page à la hâte. Ne cherchez pas à l'ouvrir; nul au monde n'en découvrirait le sens. Contentez-vous de la remettre à celle dont le nom est inscrit sur cette adresse. Vous ajouterez que cette lettre vous a été donnée par le comte d'Hosberg lui-même, le comte d'Hosberg qui vous rend la liberté.

— Ma mère ! murmura le jeune homme en jetant les yeux sur le billet, cette lettre est pour ma mère !

Et il regardait encore le comte dans un muet étonnement, quand celui-ci agita le cordon d'une sonnette.

— Brisacier, dit le comte, reconduisez M. l'abbé chez sa mère, au palais du Luxembourg.

— Un abbé ! comment ! c'était un abbé ! s'écria le guide de Choisy en l'examinant avec stupeur. Ces coquins de gens se fourrent partout !

— Même dans le cabaret de maître Renard, n'est- il pas vrai? dit l'abbé en souriant.

— C'était lui ! le diable en femme ! et je ne l'ai pas reconnu î

— C'est étonnant, un ancien ami!

— Allons, Brisacier, dit le comte d'Hosberg, vous n'êtes qu'un maladroit !

— Monsieur le comte...

— C'est bien, dépêchez, et soyez ici à mon lever. Après votre beaucoup de ce soir, il ne vous manquerait plus que de conduire le roi en carrosse à la Bastille !

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