‹ Mademoiselle de ChoisyChapitre 34 sur 44 · MARI SANS FEMME · texte numérisé non relu

MARI SANS FEMME

— Il y a de cela seize ans. J'étais alors le rejeton de l'illustre famille des la Pinsonnière. Mon oncle avait une charge à la cour ; il était officier du gobelet. On me fit venir de son château, situé près de Châlons, et j'entrai dans l'une des compagnies du guet à pied. Si vous m'aviez vu dans ce temps-là avec mon grand feutre et mes éperons devant le palais Mazarin! Je puis dire que tout le temps que j'avais le pied à l'étrier Paris était bien tranquille. D'un autre côté, c'était pour moi un métier accommodant. On peut s'enrôler et vieillir dans ce corps sans craindre les blessures, on y peut pousser sa pointe en dormant le jour au lieu de la nuit; sauf quelques larrons et quelques galants que nous arrêtions pour retenir les premiers et relâcher les seconds, c'était une douce vie ! L'ambition de mon oncle fut la cause de ma perte. Il me fit passer, par forme d'avancement, dans la compagnie des gardes de la Prévôté de l'Hôtel; là, tout aussitôt on me donna un cheval. Mais quelle infinité d'ordres ! Tantôt nous devions enlever un partisan, tantôt un ennemi du cardinal, d'autres fois un Italien suspect; en un mot, au bout de huit jours nous étions sur les dents, ma bête et moi. Sur ces entrefaites monsieur l'assesseur de ma province arriva à Paris, amenant avec lui sa plus jeune nièce. C'était un modèle de décence et de beauté; j'en devins féru, et bientôt je fis ma demande. Le nom d'Hercule de la Pinsonnière parut plaire à ma future, et comme je vous l'ai dit,

madame la comtesse, nous nous mariâmes le 13 février de cette année-là, dans l'église des Blancs-Manteaux. Il fallait voir quelle foule! Ma compagnie était là, en grand uniforme; chacun me glissait son petit mot à l'oreille, ils m'enviaient tous; ma femme était si jolie! Par un contre-temps fâcheux, nous nous trouvions commandés pour le soir à Saint-Germain-en-Laye; où devait venir la reine-mère. Je ne me séparai qu'avec des larmes de celle que je nommais enfin madame de la Pinsonnière; jamais, je crois, je n'avais tant maudit le service de Sa Majesté. Au diable la reine-mère ! murmurai-je ; qu'avait-elle besoin de venir à Saint-Germain, avec son escadron de filles d'honneur, le jour de mes fiançailles! Mon capitaine me trouva ce soir-là si défait, qu'il m'exempta de la ronde habituelle dans les jardins. Je passai une nuit affreuse ; mais que devins-je, bon Dieu ! madame la comtesse, quand le lendemain, aux premiers roulements de la diane, le capitaine, s'approchant de moi d'un air solennel, me remit une dépêche : — « Vous voilà lancé, ajoutat-il ; c'est à votre père ou à votre oncle que vous devez sans doute un pareil honneur. 11 faut que vous partiez à l'instant même avec trois hommes... » Un coup de foudre m'eût alors moins étourdi. J'ouvris le papier, le capitaine disait vrai : c'était un ordre d'arrestation que venait d'apporter un garde du cardinal.

— Et contre qui?

— Contre un homme, madame la comtesse, plus difficile cent fois à arrêter que tout un escadron de chevau-légers, un traître, un scélérat, dont l'âme noire ne m'était pas encore dévoilée pourtant comme elle me le fut depuis; figurez-vous, en un mot, Satan en personne ! Il avait l'avance sur moi ; seulement je ne pouvais savoir par quelle porte de Paris il avait fui. Je n'eus pas même le temps d'embrasser madame de la Pin-

sonnière, il me fallait courir nuit et jour, à bride abattue. Pendant cette course infatigable par le vent et par la pluie, je songeais, hélas ! à la nuit de noce que j'eusse pu passer si doucement sans le service du roi, et je le maudissais de tout mon cœur, quand mon cheval et moi nous roulâmes tout d'un coup dans un ravin, au fond duquel je perdis bientôt connaissance. On me transporta à la ville voisine, où j'eus la fièvre, le délire. Je voyais devant moi un fantôme affreux qui me raillait; ce fantôme était celui de mon prisonnier. Il avait pris tout juste une route opposée à celle que je poursuivais. On me l'indiqua, mais je n'étais plus de force à recommencer sa chasse. Pour comble de malheur, un médecin ignorant, comme il n'y en a que trop, jugeant à propos de me saigner, me traita si bien que je faillis aller dans l'autre monde. Pendant ce temps, mon beau-père avait écrit à ma femme de quitter Paris et de venir le rejoindre à Lyon, où un procès venait de lui être suscité. J'allais la suivre moi-même, quand tout d'un coup je reçus l'ordre de rejoindre incontinent ma compagnie, où l'on ne manqua pas de me gronder bien fort de ma maladresse. Je ne soupçonnais guère, madame la comtesse, ce qu'elle allait me coûter ! Non-seulement on me refusa le plus mince congé; mais le capitaine, qui ne m'aimait pas, me fit mille passe-droits. Bref, après sept mois passés, je m'en fus trouver mon oncle, et lui déclarai que s'il ne m'était pas permis de revoir ma femme je déserterais au premier jour.

— Vous étiez donc amoureux?

— A en perdre la tête. D'abord, comme vous pouvez le voir, je n'avais jamais été marié... avec ma femme ! Quand je la revis, — car à la sollicitation de ce cher parent, il fallait bien qu'on m'accordât mon congé, — madame la comtesse, quel changement! Marianne, — elle s'appelait Marianne, — était alors si

défaite, que j'eus peine à la reconnaître. Elle habitait alors une maison écartée dans un faubourg de la ville. Je ne trouvai auprès d'elle qu'une garde-malade. — Pardonnez-moi, monsieur, s'écria-t-elle, dès qu'elle m'eut entrevu, pardonnez-moi! — Vous pardonner? repris-je, quelle est donc votre faute ? Pour toute réponse, elle me montra un berceau. — Là! murmura-telle, là, regardez, vous êtes père ! J'avoue que je sentis alors un nuage passer sur mes yeux. La garde-malade venait de soulever entre ses bras une petite créature qui me parut la plus jolie fille du monde. Vous comprenez aisément, madame la comtesse, les tortures que j'éprouvais. Heureusement nous nous trouvions seuls. Je contins ma rage et m' approchant du lit de Marianne, je lui demandai ce que signifiait cette comédie? — Je ne puis croire, ajoutai-je, que madame de la Pinsonniére... L'aspect de Marianne suffit pour m'arrêter. Elle était déjà livide... — Cette enfant, reprit-elle d'une voix mourante, est le fruit d'une séduction à laquelle toute autre eût cédé. Je fuyais Paris, j'allais rejoindre mon oncle à Lyon, je voyageais seule... lorsque à la première hôtellerie que je rencontrai à Chàlons, un gentilhomme tremblant, poursuivi par des archers, est venu se réfugier dans la chambre que j'occupais. On marchait sur ses pas, on allait le saisir ; il était perdu... Mais un mot de moi, un seul pouvait le sauver, ce mot qu'il implorait de ma pitié, je le prononçai. Je dis que j'étais sa femme. ..

— Et le nom de cet homme, baillif, demanda Choisy d'une voix pleine d'angoisse.

— Son nom?... Eh bien, madame la comtesse, c'était celui de l'homme que le cardinal me chargeait lui-même d'arrêter huit mois avant, c'était l'abbé de Choisy !

Le baillif achevait à peine ces mots, lorsque la pendule de la pièce où ils se trouvaient sonna minuit.

— Minuit! s'écria Choisy avec un accent désespéré et comme s'il fût sorti d'un rêve.

Et laissant le baillif, il se précipita vers la porte du cabinet et s'échappa comme un fou.

M. de la Pinsonnière, stupéfait, entendit tirer sur lui les verrous de cette porte.

l'arrivée

Éperdu, haletant, Choisy courut vers la chambre de Mathilde; la nuit était sombre, et l'on n'entendait que les sifflements du vent dans les vastes corridors.

— Pourvu que j'arrive à temps ! pensa-t-il.

Tout d'un coup son oreille fut frappée d'un bruit étrange ; à l'extrémité de la galerie où il marchait, Choisy reconnut le cliquetis de deux épées.

Les deux combattants étaient alors entièrement voilés à son regard par les ténèbres, Choisy se précipita vivçment dans la direction d'où le bruit partait; mais avant qu'il eût pu les approcher l'un deux roula tout d'un coup sur le carreau.

Une lumière tremblotante parut en même temps au bout de la galerie : c'était Bonju.

Choisy poussa un cri; il s'était penché : l'homme qui venait alors de tomber, nageant dans son sang, c'était Luxeuil, celui qui se tenait debout, l'épée nue, était Chaville.

— Chaville ! Chaville ici ! s'écria Choisy, ah! merci, mon Dieu, merci !

— Madame la comtesse, reprit Chaville, je proteste ici que mes mains sont pures ! Cet homme allait s'introduire dans la chambre de Mathilde, lorsque j'en ai fait justice !

— Justice! reprit Luxeuil, en se soulevant avec effort et en se tournant vers la comtesse, justice! Tu n'échapperas pas à celle du roi, Choisy!

— Choisy! répéta Chaville anéanti de surprise.

— Oui, Choisy, Choisy, que dans un moment ceux qui m'obéissent vont arrêter. Oh! je savais bien que tu t'opposerais à mes desseins, noble ami, ajouta Luxeuil avec une ironie morne et glacée. Je savais bien que tu protégerais cette jeune fille! Mais je meurs vengé, l'on monte, .. n'entends-tu pas ce bruit de chevaux et d'hommes? Au Châtelet, l'abbé! au Châtelet!... dit Luxeuil avec un rire effrayant.

Il n'acheva pas, sa tête retomba inanimée sur sa poitrine.

— Alerte ! cria Bonju, sauvez-vous par cette porte !

Des pas lourds ébranlaient déjà les dalles sonores de la galerie, Choisy et Chaville suivirent l'intendant par le passage qu'il leur indiquait. Arrivés tous deux dans cette partie du château qui n'était autre que la tour du Nord , ils virent avec désespoir que le pont-levis en était gardé par un détachement assez fort pour que Choisy pût le croire appartenant à Luxeuil.

— Que veut dire ceci? demanda Choisy à Chaville. Chaville ne répondit pas, il considérait la comtesse dans une

muette angoisse.

— Eh bien, oui, monsieur, reprit Choisy, c'est moi que ces hommes vont arrêter; oui, je suis perdu, je suis l'abbé de Choisy.

Chaville demeura comme frappé de la foudre,

272 MADEMOISELLE DE GHOISY.

Cependant le tumulte devenait plus intense; malgré les verrous que Bonju venait de tirer sur la porte du donjon, nul doute que les soldats de Luxeuil ne vinssent bientôt l'enfoncer, car ils approchaient de cet endroit.

— Monsieur de Chaville, dit Choisy au jeune homme, vous le voyez, c'en est fait de moi, le péril est imminent. Dans cette occasion, je réclame de vous un grand service. Le ciel vous a déjà envoyé ici pour empêcher un crime odieux de s'accomplir, c'est vous aussi qui serez l'instrument de mon salut. Monsieur de Chaville, ma vie est entre vos mains.

— Expliquez-vous.

— Oui, poursuivit Choisy, c'est un sacrifice que je vous demande... et je vous le demande au nom de Mathilde, de Mathilde qui, je m'y engage ici, sera votre femme avant trois jours.

— Mathilde, Mathilde ma femme ! reprit le jeune homme transporté, eh quoi! le baillif?...

— Le baillif ne lui est rien; je connais son père... je me charge de le faire consentir...

— Parlez, ah! parlez, qu'exigez-vous?

— Je n'exige rien, je vous conjure seulement... Monsieur de Chaville, vous revenez sans Diane, mon cœur est brisé. Oh ! il faut que je la voie! D'un autre côté, un grand danger nous menace, je vais être pris, mené à Paris, si quelqu'un ne consent ici à se faire passer pour moi... Là, dans ce cabinet où Bonju va vous conduire, vous y trouverez des habits d'abbé, au perron de ce château une chaise de poste, celle où Luxeuil comptait m'emmener.

— Pour vous conduire où ?

— Devant M. de Louvois.

— Et de là?

— Ah! de là, ma foi, je ne sais, à la Bastille peut-être !

— A la Bastille !

— Mais il est impossible que, si vous prenez ma place, Terreur ne soit pas reconnue. Encore une fois, vous serez libre, libre avant trois jours, Je me charge, sur l'honneur, de vous ramener Mathilde.

— Laisser Mathilde ici, jamais, oh! jamais, monsieur, reprit Chaville avec un sourire ironique où perçait le doute ; vous êtes l'abbé de Choisy!

— Vous vous trompez, monsieur, je ne suis point ici M. de Choisy, je suis le père de Mathilde !

— Vous !

— Moi ! c'est un secret que cette nuit fatale m'a révélé. Maintenant, me croyez-vous?

Un pareil aveu, le ton de Choisy, sa pâleur, l'altération de sa voix, mais par-dessus tout la franchise de son regard, tout porta un trouble indicible dans l'âme de Chaville... Il regarda un instant celui qui lui parlait, et n'écoutant plus que les battements pressés de son cœur :

— Eh bien! s'écria-t-il, oui, monsieur, je partirai! Mais par ce cadavre encore sanglant, par les liens sacrés qui vous attachent à Mathilde, jurez-moi que jamais un autre époux...

— Monsieur de Chaville, répondit Choisy, ma vie est à vous, et ma fille vous appartient !

— Les moments nous sont chers ; quittons-nous, reprit Chaville.

— Oui, pour nous revoir avant trois jours, dit Choisy. Chaville, aidé par Bonju, eut revêtu bientôt les habits de

l'abbé. Il était temps. Les gardes de la prévôté frappaient du pommeau de leurs épées la porte de la tour du Nord. Chaville parut sur le seuil pendant que Bonju tirait le rideau de l'une des portières en brocatelle sur la comtesse.

— Je me rends à vos ordres, messieurs, dit Cha ville d'une voix ferme, partons!

— L'abbé de Choisy! murmurèrent les gardes de la prévôté stupéfaits.

— Je vous remercie, messieurs, de m'avoir laissé le temps de changer d'habits, poursuivit Chaville.

La fureur des gens de Luxeuil se ralluma en passant devant le corps du chevalier. Il gisait encore sur le carreau, son épée au poing. A côté de lui était une mare de sang.

Au seul aspect du cadavre, Chaville ferma les yeux.

— Monsieur de Choisy, dit alors l'un des gardes de la prévôté, vous aurez demain à répondre devant la justice d'un grand crime. Monsieur de Luxeuil a été ici lâchement assassiné.

— Ce n'est point un assassinat, messieurs, c'est un duel, répliqua Chaville, et un duel loyal.

Le Châtelet en jugera, reprit l'officier. Deux de ces messieurs resteront auprès du corps en attendant le baillif.

Un instant après, la chaise de poste de Luxeuil emmenait Chaville à tours de roues.

A peine venait-il de partir, que Choisy se dirigea vers l'appartement de Mathilde.

En proie à la plus cruelle angoisse, il retint d'abord son souffle en se penchant sur le front de la jeune fille; aucun soupir, aucun geste ne trahissait la vie chez la malheureuse : elle était évanouie.

Choisy demeura quelques secondes à la contempler dans un silence attendri. On eût dit qu'elle rêvait. Au baiser mouillé de pleurs qu'il déposa sur sa main, elle fit un mouvement.

— Où suis-je? murmura-t-elle en secouant sa torpeur; j'ai rêvé, je crois, oh! oui, j'ai rêvé!... Quoi! c'est vous, madame la comtesse, vous que je retrouve agenouillée devant moi.

— Mathilde, reprit Choisy, chère Mathilde, il faut que vous me suiviez.

— Vous suivre, dites-vous? oh! pilié, madame, pitié! Tout à l'heure encore, ils étaient là, là, devant moi, tous les deux1 Puis, tout d'un coup, je n'ai plus rien vu, non, rien. Seulement, j'ai entendu le froissement de deux épées... M. de Chaville, pourquoi n'est-il donc pas là?

— Vous le reverrez, Mathilde, vous le reverrez, et c'est pour cela qu'il faut me suivre. Un quart d'heure encore et tout sera préparé pour notre fuite...

— Notre fuite!... où allons-nous?

— A Paris, Mathilde, à Paris, où j'ai promis de vous ramener vous-même à M. de Chaville; il est temps de partir, fuyons !

— Pardonnez, madame, je n'ai pas ma tête à moi ; où donc est Diane? je croyais la voir, lui parler encore tout à l'heure. Oh ! je le vois bien, c'était un rêve !

— Un rêve, vous dites vrai, il ne s'agit pas de Diane, mais de vous; encore une fois, vous ne pouvez, vous ne devez plus demeurer dans ce château !

— Mais mon père?... la présidente?...

— Votre père? la présidente?... Chère Mathilde., une fois à Paris vous saurez tout.

— Et je reverrai M. de Chaville?

— Vous le reverrez.

— Avec vous ?

— Ames côtés.

— Ah ! vous me rendez la vie ! Je suis à vous, madame la comtesse; ordonnez et j'obéis !

Mathilde se leva; un rayon de joie et d'espérance illuminait

Un frappement léger retentit à la porte, c'était Bonju.

— Madame la comtesse, dit-il d'un ton de mystère, une voiture vient d'arriver, elle est là... à votre grille...

— Une voiture?

— Oui, elle contient une religieuse et un frère qui l'accompagne. Tous deux me sont inconnus, mais tous deux arrivent de l'abbaye du Val.

— De l'abbaye du Val! murmura Mathilde.

— Tous les deux veulent vous parler, reprit Bonju.

— C'est bien, il suffit. Mathilde, je vais vous quitter, mais ce ne sera que pour un instant, dit Choisy, en proie à tout le trouble de l'espoir. Seulement, je vous en conjure, oh! donnez-moi cette lettre...

— Cette lettre que j'ai reçue de vous, reprit Mathilde avec un transport de joie, elle était pour Diane ; oh ! je l'ai gardée là, dans mon sein ; la voici! Fasse le ciel que cette religieuse du Val puisse vous apporter de bonnes nouvelles ! C'est peut-être la supérieure, ajouta-t-elle. Mon Dieu! ne me permettrez-vous pas de la voir?

— Tout à l'heure... peut-être... répondit Choisy violemment agité ; mais croyez-moi, chère enfant, il faut tout d'abord que je lui parle... Il y va, Mathilde, du bonheur de toute ma vie !

— De votre bonheur? Ah! je ne le sens que trop, le mien dépendra du vôtre ! Partez donc ; mais surtout revenez vite l

La comtesse des Barres quitta Mathilde, et descendit précipitamment l'escalier avec Bonju. La religieuse et le frère de l'abbaye du Val l'attendaient dans une salle basse. Leur carrosse venait de s'arrêter au perron.

Le cœur de notre héros battait si violemment dans sa poitrine qu'il s'arrêta un instant devant la porte de la pièce qui renfermait les deux nouveaux visiteurs. En proie à tout le chaos

d'événements dont il venait d'être à la fois l'acteur et le témoin, Ghoisy éprouvait une terreur vague, instinctive. 11 tenait en main la lettre écrite pour Diane, et il se demandait avec angoisse si cette religieuse et ce frère qui l'attendaient n'allaient pas lui révéler quelque nouvelle entreprise tentée sur elle par la méchanceté de d'Hosberg. L'impunité protégeait si visiblement les démarches du comte, il venait encore d'échapper si miraculeusement à la justice, que Choisy commençait à le croire doué d'un pouvoir surnaturel.

En poussant la porte de la salle où il entrait, Choisy réprima un cri de joie : il venait de reconnaître Diane.

A l'aspect de la comtesse, le frère qui accompagnait la religieuse rabaissa vivement son capuchon.

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