‹ Mademoiselle de Kérouare (volume 2)Chapitre 9 sur 11 · KT LE MOM'-D'OR · texte numérisé non relu

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me résignai d'assez bonne grâce à son babil, ne dépensant que tout juste ce qu'il fallait d'esprit pour émerveiller une grande dame des départements : cet esprit consistait à ne rien dire , mais à bien écouter. Et ici j'inscris cet aphorisme des plus remarquables : « En certaines rencontres le silence est le séducteur ; la femme s'enivre et se perd plutôt par son babil que par les paroles les plus tendres. »

Elle se mit à jaser sur la poésie, et pour me prouver qu'elle possédait bien son sujet, elle me parla de cette phalange de petits poëtes qui parurent en France comme une fraîche aurore du XVI l*' siècle. «On a beau dire, reprit-elle, vos poëtes romantiques ont passablement de souvenirs de Saint-Amand et de Maynard. Pour mon compte, j'aime autant la grâce de ces vieux poëtes que la sentimentalité nuageuse des modernes. » Peu à peu je pris plaisir au babil de ma voisine de coupé ; c'est un esprit sans façon, qui va naturellement à tort et à travers , cultivé cà

et là par la méchanceté. — Où allez -vous, madame? demandai-je comme par distraction, — A Vichy; mais vous, monsieur? — Je pense que j'y vais aussi ; j'ai là des amis qui aiment la promenade. — Elle me fit en peu de mots la chronique des buveurs d'eau de cette saison. Elle me raconta l'histoire de.< M. de M..., le lion des eaux, un des plus riches gentishommes de S..., gentilhomme d'hier, mais qu'importe?

«M. de M... est, je crois bien, du Club- Jockey; c'est un beau garçon de trente ans, qui a presque de l'esprit. 11 a les grandes allures et les belles façons. Il achève gaiement une jeunesse fort dissipée. Vous l'avez tous vu ce printemps, caracolant auxChamps- Elysées sur le plus joli cheval venu d'Arabie ; il faisait surtout l'admiration et l'enthousiasme de toutes les promeneuses. Vous comprenez qu'il devait être fort recherché parmi les mères qui ont des filles de vingt ans à marier. Il fuit le mariage à toutes jambes, mais le mariage le pour.sui( sans perdre

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lialeine. On ne monte pas si bien à cheval pour rien. Or, au mois d'avril dernier, il fut pris au piège. Il avait rencontré cet hiver une jeune fille de grande famille, mais de petite fortune. Il avait dansé avec elle au bal de l'ambassadeur de L... A peine au bout V de la contredanse , la femme d'un de nos ministres en réserve, qui prenait en pitié les vingt ans et quelques mois de la jeune comtesse, imagina tout de suite un mariage d'inclination. Elle prit M. de M... à part, lui fit entrevoir qu'elle arriverait au ministère pour servir ses amis , elle parvint à l'attendrir sur sa danseuse. Ce serait, selon elle, un glorieux mariage; grâce à ses droits de femme politique , elle le ferait nommer secrétaire d'ambassade, maître des requêtes, pair de France! Que ne peut, je vous le demande, la femme d'un député de l'opposition qui veut marier quelqu'un ? Notre jeune gentilhomme vit tout d'un coup , d'un œil ébloui , la belle dit une femme. — Un jeu cruel , dit la mère de la jeune fille. Un convive arrive tout

il donna sa parole, se résignant au mariage fie très-bon cœur. Tout s'arrange le mieux du monde, un grand personnage honore le contrat de son illustre seing, l'affiche est faite à la mairie de... ; on s'en souvient encore. Les accessoires de la cérémonie amusent passablement M. de M... ; il prépare une corbeille splendide , il dévaste tous les matins les pins célèbres marchandes de fleurs ; en vérité, tout se passe aussi bien que dans les contes de fées. Je crois même qu'il rima un acrostiche et un madrigal. Enfin, le grand jour arrive ; il est entendu que ce grand jour se passera au beau milieu de la nuit, comme en Orient ; on ira par- devant M. le maire à onze heures et demie , par-devant M. le curé à minuit sonnant; mais avant tout, et comme prélude poétique, on commencera par danser pour se mettre au pas. Voilà le souper qui se prépare , un vrai souper de maréchal de Saxe ; la future apparaît dans

marier. Il fuit le mariage à toutes jambes, mais \c mariage le poursuit sans perdre

bien à dessein si je dis le futur et la future) s'incline devant tant de splendeur et de grâce ; il lui prend la main et la baise en tremblant; il ne sait que lui dire, si ce n'est qu'elle est fort belle en mariée. Là -dessus un violoncelle joue la Homanesca , un quadrille se forme soudainement, la future jette en avant son joli pied. La pauvre fille ne sait guère où elle va ! La contredanse s'achève en silence ; on n'ose pas encore s'abandonner à la joie ; il y a d'ailleurs dans tous les esprits je ne sais quel triste pressentiment que la fête sera triste. Après le chassez-huit , la future cherche des yeux son danseur ; elle tend la main avec une surprise muette. Où est-il? Il s'est évanoui comme une ombre ; la pauvre fille s'imagine qu'elle rêve. — Oui, ce n'est qu'un rêve, dit -elle. Elle tombe mourante dans les bras de ses amies. On appelle M. de M... à grands cris, on court sur ses pas, tout le monde perd la tête. — C'est un jeu, dit une femme. — Un jeu cruel , dit la mère de la jeune fille. Un convive arrive tout

effaré. — Il est parti , dit-Il ; c'est un fou qui s'est joué de tout le monde et de lui-même. 11 vient de prendre des chevaux de poste ; il fuit le mariage à bride abattue. — La jeune fille reprit soudain toutes ses forces ; elle arracha ses parures et les jeta autour d'elle avec un noble mépris. Après cette action, elle retomba évanouie. Deux mois durant elle fut près de mourir, mais enKn elle se résigna à vivre avec ce triste souvenir. On dit qu'il ne se passe pas de nuit qu'elle ne retourne dans ses rêves à cette nuit des noces d'un nouveau genre. Mais ce qui fait un peu jaser autour d'elle, à présent qu'elle ne court plus risque de mourir , c'est la royale corbeille des noces : nul ne sait ce qu'elle est devenue. A coup sûr M. de M... n'a jamais songé à en demander des nouvelles. Ce M. de M... est un grand poëte ou un grand Îqu. »

Nous arrivâmes à Vichy sur le soir ; mon premier coup d'œil fut pour le paysage. Vous vous souvenez mieux que moi des plaines infinies de la fertile Limagne, de ces

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horizons variés que bornent d'un côté les montagnes du Forez, de l'autre le Puy-de- Dôme. Voilà une ville bien heureuse , une des plus bruyantes et des plus silencieuses de la France. L'été, c'est une fête sans fin, c'est Paris avec son esprit et sa grâce , Paris dans les champs sous un ciel plus beau, sous un soleil plus gai , Paris sur un fleuve qui a des rives fleuries , Paris avec un ruisseau qui n'est plus celui de la rue du Bac , le ruisseau tant regretté de Corinne, Paris avec des paysages à tout bout de champ, avec des promenades aux quatre points cardinaux.

L'hiver , Vichy se repose des fêtes de l'été ; elle regarde passer nonchalamment et avec dédain l'Auvergne laborieuse avec ses bateaux de blés, de fruits, de charbons et de bois. Vichy ne se sert du fleuve que pour l'agrément ; on s'y promène en nacelle , on côtoie le rivage verdoyant , mais voilà tout ; on s'y contenterait pareillement d'un lac et même d'un étang. Bienheureuse ville , qui ne gâte pas son cloiix ciel par la fumée des

fabriques , qui ne gâte pas le concert de la vallée par le soufflet asthmatique d'une forge ou par le bruit de quelque machine à vapeur. Il ne tiendrait qu'à elle d'utiliser le Sichon, mais elle ne demande au Sichon rien autre chose que le spectacle poétique de ses bruyantes et folles cascades ; non , elle a bien assez des gerbes de sa vallée et des grappes de sa colline, et d'ailleurs , après tout, n'at-elle pas une fabrique comme tant d'autres, une fabrique sans cheminée, un magnifique palais italien avec des galeries infinies , des salles vastes et sonores, où l'on vient de toutes parts sans marchander : c'est dans ce palais que jaillissent les sources bienfaisantes que vous savez. La France, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie, se rencontrent là tous les ans à divers titres et pour diverses raisons , mais surtout pour y retrouver la gaieté, car, à Vichy , l'eau a le privilège du vin , moins l'ivresse. Pourquoi voulez-vous que les habitants de Vichy se courbent vers la terre, quand l'or leur vient tout monnayé, à toutes

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les effigies? Ils sont paresseux comme des lazzarone ; ils se couchent au soleil , la sébile aux pieds ; ils attendent paisiblement le tribut du riche. L'hiver , ils se reposent de n'avoir rien fait Tété; aux premières aurores de la belle saison, ils s'éveillent gaiement au bruit de la musique et des cris joyeux ; là c'est Richelmi qui chante avec sa voix pénétrante-, ici c'est Seligmann et George Heine qui chantent aussi sur leurs violoncelles. La ville se pare avec le printemps ; elle se met en frais de séduction , elle reprend tous ses attraits. Quand le soleil retrouve son éclat, quand la verdure étend ses tapis éraaillés, les gens du métier couvrent leurs boutiques de guirlandes, le palais thermal s'illumine. Ici c'est un bal , là on joue, plus loin c'est un concert ou un spectacle. M. Scribe prend à Vichy sa part du gâteau ; M. Scribe est un percepteur fort actif sur les contributions directes ou indirectes du plaisir. Outre les danses, la musique, les jeux et les vaudevilles, il y a d'autres distractions à Vichy,

par exemple les promenades agrestes sur des ânes magnifiquement harnachés; là est vraiment le plus joli et le plus curieux spectacle, car enfin les ânes de Vichy sont capricieux et entêtés comme en d'autres pays. Quand la promeneuse veut aller par-ci, ils vont parlà ; c'est un combat à outrance ; l'âne finit toujours par avoir le dessus, car il sait trébucher à propos. Il n'est pas d'après-midi qu'on ne voie tomber sur l'herbe touffue du sentier quelque charmante amazone. Tomber à bas d'un âne , c'est du reste une ordonnance des médecins de Vichy; on tombe plus ou moins bien ; il y a là toute une science. On se promène aussi à pied ; il y a plus d'une belle avenue faite pour les rêveurs et les amoureux, pour ceux qui lisent les romans et pour ceux qui lisent les gazettes , pour le lion du boulevard de Gand qui fume un ci- * gare et cherche une aventure, pour l'amante délaissée qui poursuit un cher et triste souvenir, pour la jeune fille tout innocente qui consulte une marguerite sans savoir pour-

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quoi. J'ai rencontré là des barons sans nombre , allemands , français et italiens , des grandes dames de tous les pays et de toutes les façons, barons et grandes dames affligés du mal d'ennui , d'oisiveté et d'orgueil. Au temps passé, le beau monde courait tous les pays , traversait les mers pour saluer quelque grande relique sanctifiée ; autrefois c'était un pèlerinage en l'honneur de quelque faiseur de miracles ; aujourd'hui il y a encore pèlerinage , mais pèlerinage en l'honneur de soi-même. Or, Vichy est, comme on l'a dit , le carm'ansérail européen ; c'est le grand faiseur de miracles de toutes sortes, même de miracles amoureux. Ce pays n'a qu'un tort aux yeux des Français, c'est d'être en France. Le soleil y luit plus gaiement qu'ailleurs ; il y a des promenades charmantes, à pied, à âne, en nacelle; des châteaux à visiter , comme Busset , d'Effiat et Randon. Pour mon compte, j'aime beaucoup Vichy, où je n'ai pas bu une seule goutte d'eau , non plus que mes ^mis.

Voici un échantillon de l'esprit des paysans de l'Allier. Un jour, en promenade, j'étais suivi de deux rustres qui venaient de Vichy appeler le médecin pour leur mère mourante. — Nous avons attendu un peu tard, disait l'un. — C'est vrai, dit l'autre; mais, après tout, nous sommes bien assez grands pour être orphelins. J'ai entendu une paysanne dire de son mari, homme de mauvaise vie : Le monstre î s il y avait une fontaine de passions y il irait y boire. Vous voyez que là-bas le langage a beaucoup de tournure. Ce dernier mot, qui est plein de force, me remet en mémoire cette phrase célèbre d'un cabaretier bourguignon qui voulait peindre les hauts faits de deux ivrognes de ses amis : — Ils burent tant , que je m'enivrai en les voyant boire.

Je quittai Vichy avec quelque regret ; c'était le matin. Je jetai en m'éloignant un regard ravi sur le paysage, ce gracieux tableau noblement encadré par les montagnes superbes et capricieuses du Forez et de l'Auvergne.

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Le chemin qui conduit au Mont - d'Or est des plus pittoresques. On arrive au village après avoir perdu l'espoir d'y arriver, c'està-dire après avoir gravi en tournoyant les plus hautes montagnes. Enfin on découvre deux lignes de jolies maisonnettes au fond d'une gorge profonde , de toutes parts dominée par des monts arides ; d'un côté c'est le pic du Capucin , qui a bien l'air en effet d'un capucin austère et mélancolique, de l'autre côté c'est le pic de Sancy, qui dépasse tous les pics du monde, et qui semble dire âu voyageur : Halte-là. Durant la route , le regard se repose avec charme sur la riche valée de Sainte- Sauve, qui déploie mille tableaux diversement éclairés. Je descendis enfin; de loin, le Mont-d'Or m'avait semblé un village d'opéra - comique ; mais , de près, ce n'était plus qu'une campagne des alentours de Paris. J'arrivai en plein midi ; les buveurs allaient partir en promenade ; nul ne savait où , mais on allait partir ; les ânes venaient à petits pas , les chevaux levaient

la tête. Un officier de marine prit la parole en caressant ses moustaches. — Allons au pic de Sancy. — Voir des nuages, dit une dame qui trouvait le chemin du pic trop découvert. — Allons plutôt au salon de Mirabeau, dit un grand monsieur qui regardait la dame de très-près ; nous reviendrons par le salon du Capucin ; à la bonne heure, voilà une promenade adorable ; on se dirait en Suisse. Et puis, j'ai du soleil par-dessus la tête; au moins nous irons à l'ombre. — Allons au lac Parin, dit une autre dame qui avait ses raisons pour revenir tard. — Allez vous promener, dit gracieusement le mari de celle-ci; nous n'arriverons pas au lac Parin avant le coucher du soleil. Moi, quand je me promène , j'aime à y voir un peu. — Eh bien ! dit une grand'mère, retournons à l'arc -enciel de la cascade de Queuneilh , il n'y a qu'un pas. — Oh ! non , dit une grande fille en agitant son éventail ; j'aime mieux la cas^ cade de la Verrière. — Une cascade romantique, dit le jeune comte de P..., qui voulait

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dire quelque chose. Elle se cache si bien dans la verdure , qu'on ne la trouverait pas sans tout le bruit qu'elle fait. — Nous oublions , dit un savant , les ruines du château de Marolles. — Voir des pierres ! le beau spectacle ! Ce n'est pas la peine d'aller si loin. — Or , dit un vieillard prévoyant , qui riait sous cape de tous ces projets , pour une promenade il faut que le soleil soit de la partie, et vous ne voyez pas une averse qui vient. — Le vieillard avait raison ; il fallut se résigner aux distractions de la musique, du jeu et des causeries. Dès ce premier jour, je pus remarquer les diverses natures des buveurs d'eau. Ne croyez pas que les étrangers ne fassent là qu'une seule famille , comme il arrive en d'autres lieux. Au Mont -d'Or, chaque hôtel a son caractère : la noblesse séjourne chez Chaboury, la finance chez Boyer, la bourgeoisie chez Bellon; la rue de Grenelle , la rue Laffitte , la province , ont chacune leur enseigne. Moi, qui ne suis ni noble, ni bourgeois, ni financier, je ne savais

OÙ aller. Heureusement je trouvai parmi les financiers Seligmann , que les deux autres hôtels enviaient ; je pris son violoncelle pour abri. Nous nous amusâmes beaucoup d'une guerre intestine qui venait d'éclater entre la finance et la noblesse pour les beaux yeux d'une vicomtesse quelque peu célèbre : Amour, tu perdis Troie. Comme le jour de mon arrivée était un jeudi , j'allai à la salle de danse, oiî l'on danse fort lugubrement, comme partout où l'on danse avec gravité. Ce spectacle tn'ennuya comme un vrai bal de province ; mais le dimanche d'après je pris ma revanche. Nous allâmes avec Seligmann et Richelmi à quelques lieues de là , voir danser la bourrée. Voilà, dis-je en voyant cette fière danse, voilà ce qui s'appelle secouer sa misère. La musique était digne des danseurs : cornemuse, chalumeau, fifre, et autres accessoires bruyants.

Nous retrouvâmes enfin dans ces monts sauvages cette douce et joyeuse muse qui n'était pas dans la mythologie, la chanson des

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campagnes. 11 faut faire bien du chemin pour la retrouver, à cette heure que la Parisienne a envahi tous les beaux esprits du village , depuis le maître d'école jusqu'au garde champêtre. La Parisienne a été pour les campagnes le fruit de la révolution de juillet. Hélas! à la première révolution, nous n'aurons pas même un couplet, tant nous allons en déchantant. Il n'y a donc plus que les vieilles femmes et les jeunes filles qui se hasardent dans la solitude, au bord d'un bois, au fond d'une vallée silencieuse, quand les ténèbres descendent de la montagne , à chanter les anciennes chansons. Elles y trouvent des charmes infinis : en chantant, les bonnes vieilles se souviennent, les jeunes espèrent. Poifr elles la plus douce poésie, après l'amour , c'est la vieille chanson sur cette musique sans date qui semble venir de Dieu. Cette poésie s'en va tous les jours, comme tant d'autres ; bientôt c'est en vain qu'on écoutera les jeunes filles et les vieilles femmes : les derniers échos seront morts.

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IVous nous arrêtâmes le soir dans le sentier, pour écouter la voix un peu perçante d'une moissonneuse qui chantait, dans le patois de l'Auvergne, je ne sais plus quelles amours malencontreuses. Elle s'en revenait la faucille sur le bras, fière de sa journée, heureuse de sa chanson. A la fin de chaque couplet, elle respirait un bouquet fraîchement cueilli dans un pré. Comme nous l'entendions au travers des rumeurs alanguies de la vallée , l'air , la chanson et la voix nous charmèrent infiniment ; nous nous regardions en silence, avec un sourire heureux. — Je voudrais bien noter cela, dit Seligmann. Pour moi , rien ne m'a détaché plus vite des petites idées prosaïques qui nous suivent partout ; j'ai été soudainement, comme par ma^ie, transporté dans un autre monde. Je revoyais ces vieux châteaux si bien peuplés qui ne se rencontrent plus que dans les romans de Walter Scott ; je revoyais les trouvères vagabonds, les chevaliers amoureux, les belles châtelaines à la fenêtre gothique , les fiers capi-

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ta "mes bardés de fer agitant leur épée d'or fin, les grand'mères agitant au coin du feu leur quenouille enrubannée et racontant de lugubres histoires de morts qui reviennent pour faire peur aux vivants, c'est-à-dire aux veuves et aux héritiers, les jeunes Agnès errant au bord des bois et rencontrant des chevaliers qui les ensorcèlent ; enfin le monde des fées et des magiciens, des anges et des démons , les grivoiseries de Téniers et les rêveries d'Ossian. Et tout en m'égarant dans ce monde du vieux temps, je me demandais comme Shakspeare : « Est-ce que je n'ai pas vécu dans ce temps-là ?» Il y a beaucoup à rêver sur cette pensée du grand poëte anglais : « La vie est un conte de fée qu'on écoute pour la seconde fois. »

Les plus grandes curiosités du paysage sont une cascade et un pic , la grande cascade et le pic de Sancy. La grande cascade est aux portes de la ville ; on y arrive en côtoyant un petit ruisseau limpide. C'est une magnifique surprise que l'apparition sou-

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