‹ Mademoiselle de Rohan (volume 2)Chapitre 10 sur 39 · Et voilà, dit la duchesse en Tinter · texte numérisé non relu

Et voilà, dit la duchesse en Tinter

rompant à son tour, un projet indigne du comte de Chabot. Vous n'êtes pas un simple noble ; vous descendez d'une grande maison ruinée glorieusement au service du roi , et dont le roi vous doit la récompense. Il vous l'accordera si vous savez la demander , et vous trouverez des amis qui vous aideront dans vos démarches.

« — Je les en tiens quitte, je les en remercie à l'avance , di t le comte tristement mais je ne les importunerai pas pour qu'ils me rendent de bons offices; je ne veux rien que le repos.

<t — Cela ne peut être; vous devez j monsieur de Chabot, rendre à votre nom son ancien éclat, ramener à vous la fortune qui abandonna vos proches. Vous êtes jeune; une belle carrière vous reste à parcourir; marchez-y noblement en héros , soyez l'orgueil de tous ceux qui tiennent à vous par es liens du sang et qui yous faciliteront de

tous leurs moyens les débuts sur celte routi^* aventureuse.

« — Votre bonté me confond; je corn* mence, madame ^ à être moins malheureux depuis que vous daignez me dévoiler l'intérêt que je vous inspire.

« — Comment ne vous en porterais-jepas ? je suis votre parente; votre sœur est ma meilleure amie ; je vous connais depuis longtemps, j'ai pu vous apprécier; vous avez eu pour moi tant d'obligeance. J'entends partout faire votre éloge; enfin, vos actions, vos manières , votre personne, ne parient-elles pas éloquemment pour vous? »

Au soupir, à l'exclamation qui le suivit, et que la joie arracha du cœur de M. de Chabot, celui de la duchesse s'aperçut de la route périlleuse dans laquelle il s'était engagé; il en ressentit une épouvante réelle, et redoutant de faire trop cormaître ce qu'encore il ne voulait savoir à soi-même, il dicta d'au-

DES PROMENADES Di; SOIÏJ, lOî

très paroles à ses lèvres brûlantes et en- Hammées,

« Oui , poursuivit mademoiselle de Rohan , moi et nombre d'autres tiendrons beaucoup à assurer votre bonheur. Peutêtre l'eussiez-vous rencontré dans le mariasse en question; et puisque celui-ci est refusé par le résultat de votre héroïsme de caste , je crois que c'est à la noblesse à vous en récompenser, et vos parens doivent s'occuper à vous procurer une femme votre égale , et à détruire l'inégalité de bien qui se rencontrerait entre elle et vous.

« — Faudra-t-il donc que je sois toujours en opposition avec ma céleste parente? dit le comte Henri en frappant la terre du pied, à tel point son dépit l'emportait; je lui témoigne ma gratitude de ses bontés, de ses offres obligeantes, et les refuse; car à quoi me serviraient-elles? je ne me marierai jamais.

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