DUNE SOIRÉE PÉNIBLE
core plus d'émotion madame de Pienne »
tandis qu'elle joignait les mains en signe d'étonnement.
a — Je ne prétends pas l'accuser ; toutefois, comme pourraient le laisser croire les mots qui m'ont échappé, j'ai voulu dire que ma mère a réussi dans son entreprise, sans s'occuper si elle brisait ou ne brisait pas moii cœur.
«- -Vous m'alarmez beaucoup, ma belle amie, reprit la marquise et d'un ton qui témoignait de la sincérité de son propos ; expliquez-vous mieux. Que s'est-il passé ici ?
« — Je suis liée et liée sans retour au prince de Savoie.
« — Ah! mon Dieu! que m'apprenez- vous?
mais est-ce bien possible?.. Je demeure consternée. »
Et le fait était si réel , que la marquise se laissa tpmber sans force sur le siège le plus près d'elle, tandis que ses regards s'atta-
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chaient avec chagrin sur ceux de mademoiselle de Rohan.
Celle-ci, d*une voix faible et au travers de soupirs nombreux, raconta ce que le lecteur connaît déjà, et lorsqu'elle eut achevé, la marquise , reprenant la parole avec véhémence :
« Mais , savez-vous que tout cela est un véritable piège, un guet-apens , une violence manifeste contre votre volonté ? Quoi ! agir ainsi de surprise pour arracher votre consentement ! il y a dans un coup pareil quelque chose qui répugne à la délicatesse.
« — Madame, vous parlez de ma mère, ne put s'empêcher de dire la duchesse, bien que d'ailleurs le courroux de madame de Pienne ne lui fût pas déplaisant.
« — Et vous avez raison de me le rappeler, carjene m'en sou venais plus : l'élrangeté d'un tel acte, les formes dont on l'a enveloppé sont si extraordinaires, qu'il me semble voir là-dedans moins le fait d'une mère qui cher-
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che à établir raisonnablement sa fille, que l'intrigue d'un tuteur intéressé à disposer du bien de son pupille.. .Ma chère amie, ne m'en voulez pas si je suis franche, si je blâme un moyen employé si mal à propos; je me mets à votre place, je souffre pour vous; car enfin, ce n'est pas le prince de Savoie que vous aimez...»
 la fin de cette phrase, le sang reflua si impétueusement du cœur de la duchesse sur son visage, que madame de Pienne en ressentit d'abord de la frayeur.
A force de vouloir frapper juste, elle avait par trop frappé fort et atteint si bien le but, qu'il faudrait eu redouter les conséquences ; aussi, se repliant avec adresse et ramenant le trait lancé si énergiquement, elle poursuivit:...
a Ni lui ni aucun autre,votre indifférence vous laisse la liberté du choix ; mais, enfin, il y a toujours en nous une volonté qui se révolte