‹ Mademoiselle de Rohan (volume 2)Chapitre 19 sur 39 · U1IB · texte numérisé non relu

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à la violence qu'on lui adiesse, et, certes , ici c'est bien le cas. «

La duchesse, épouvantée d'abord à la pensée que madame de Pienne aurait lu dans le secret de son amour, éprouva du soulagement à la voir ainsi prendre le change; son émotion diminua, et ses pleurs ayant cessé, elle essaya de dire que le mariage lui causait de l'effroi et que son désir intime aurait été de ne point changer son état : c'était une manière de capituler avec confiance et de taire ce qui réellement l'occupait.

Madame de Pienne avait trop d'esprit pour ne pas accepter le combat sur ce terrain neutre; aussi se hâta-t-elledes'y transporter, et partant du point émis par la duchesse, déclara que l'on avait agi par subterfuge en cette circonstance, et que mademoiselle de Rohiin pouvait ne pas se croire engagée à tout jamais.

«Étiez-vous prévenue ? continua-t-elle ; saviez-vous ce qu'on allait traiter? convenait-il

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à la modestie de votre sexe, à la haute politesse qui vous distingue de repousser brutalement le prince de Savoie présenté par votre jnère et devant des amis communs? non,sans doute. Vous avez fait ce que vous deviez faire : éviter de manquer de res})ect à qui vous en devez , sauver aii prince un désagrément pénible et aux autres seigneurs leur épargner un embarras dont ils auraient eu de la peine à se retirer convenablement. Désormais et de retour chez vous , rentrée dans votre indépendance , libre de toute suggestion d'intérieur, il vous sera loisible d'examiner avec calme la question , de l'atl a« quer sous toutes ses faces , et après vous être interrogée, de vous déterminer, soit à donner une sanction volontaire à un engagement forcé, soit à déclarer nul celui-ci , en vertu de la contrainte dont il a été le fruit. » La marquise^ en établissant ainsi la question dans cette liberté d'arbitre apparente, savait bien ce qu'elle faisait. Il s'agissait dans

ce moment , d'éloigner la duchesse de tout nouvel engagement qui l'aurait liée davantage. Gela suffisait , bien certaine qu'elle était que lorsque mademoiselle de Rohan se retrouverait seule, l'amour qu'elle portait au comte de Chabot achèverait de l'écarter d'un mariage qui lui déplaisait tant. Peutêtre que si la marquise ne fût pas venue à propos, sa parente aurait consommé le sacrifice, quoique à regret; mais soutenue par son secours , celle- ci commença à penser qu'en effet, sa mère s'était trop empressée de la lier et avait pour cela e-Wployé trop de violence. La marquise , se voyant appelée au rôle de confidente, qui lui procurerait tant d'ascendant , reprit la parole et dicta tout ce que la duchesse avait à faire. Il fallait d'abord se vaincre assez pour pouvoir reparaître dans le salon , y rester encore environ une heure, puis partir, et dès le lendemain annoncer une de ces indispositions soudaines qui autorisent à ne recevoir que

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les intimes et les parens. « La duchesse votre mère viendra en hâte voir par elle-méine l'état de votre santé; elle sera seule, puisque vous neserez visible que pour elle.Là,poursuivit madame de Pienne, vous lui ferez part de ce que vous aurez résolu , de ce que vous méditerez pendant la nuit; et si par hasard votre détermination était contraire à ce qu'elle souhaite, vous seriez mieux appuyée pour le lui avouer. »

Mademoiselle de Rohan avait besoin qu'on lui donnât du courage ; sa faiblesso intérieure était telle, que plus d'une fois l'envie lui prit de dire à sa conseillère : « Mais que m'importe ou non d'épouser M. de Savoie , puisque le comte de Chabot ne m'aime pas?» Ce qu'elle ne put se résoudre à avouer fut néanmoins deviné en partie par madame de Pienne, qui s'alarma, et avec raison, de la dernière ruse dont elle s'était servie , et dont elle attendait un résultat si heureux. Revenir là-dessus maintenant eût été une maladresse

par trop évidente, aussi n'en lit-elle rien; mais à part se promit de ménager si bien les choses, que la journée du lendemain ne se passerait pas sans que le comte de Chabot se fût expliqué sur les affections de son cœur avec mademoiselle de Rohan.

La duchesse, comme tous ceux dont les sentimens sont agités par l'effet d'une circonstance extraordinaire, éprouva le besoin de s'attacher davantage à madame de Pîenne. Une voix secrète lui disait que, dans sa situation, une amie sincère, dévouée, lui serait indispensable pour la diriger dans sa conduite; elle sentait, en outre, la nécessité de parler à quelqu'un de son amour et de ses chagrins; qui pouvait mieux lui convenir que la propre cousine du comte Henri de Chabot, elle, déjà si attachée à ce parent ^ dont elle ne cessait de faire l'éloge et de prendre les intérêts avec tant de chaleur? La marquise, d'ailleurs, venait, pour ainsi dire, de lui être indiquée pur madame de Rohaii,

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puisque cette dernière l'avait elle-même envoyée tout à l'heure ; il y avait donc avau* tage et convenance à se rapprocher d'elle intimement. La duchesse, en conséquence, se résolut à l'écouter avec une foi aveugle , et vint au salon ^ après qu'elle eut achevé de vaincre le trouble qui la consumait.

Madame de Rohan attendait impatiemment le retour de sa fille, qui alla prendre sa place accoutumée auprès d'elle. En même temps la douairière interrogea la physionomie de la duchesse et se convainquit avec regret que j loin d'être joyeuse ou indifférente, elle ne laissait que trop démêler les mouvemens désordonnés d'uneâme qui ne sesent pas heureuse. Cette certitude la porta à s'applaudir encore mieux de la manière dont elle s'y était prise pour déterminer un mariage auquel son amour-propre attachait un graiid prix; il soulfrait depuis long-temps du célibat de la duchesse Marguerite, que la méchanceté des courtisans pouvait attribuer

à des causes désagréables. Le choix du prince Louis répondait victorieusement à tous les mensonges et même aux calomnies que les ennemis des Rohan n'étaient pas gens à épargner.

La douairière, pour la première fois, conçut un soupçon confus d'un attachement que pourrait avoir sa fille; mais sur qui fallait-il arrêter cet éclair ? Elle chercha vainement : il est rare que dans une occurrence semblable, les parens ou les maris arrivent au coupable; une fatalité bien constatée les détourne jusqu'au moment où le temps de porter remède à une inclination déplaisante s'est écoulé pour ne plus revenir. Quoique fort peu certaine de ce qu'elle ne faisait que conjecturer, loadame de Rohan n'en eut que plus de joie d'avoir arraché de sa fille ce consentement qu'elle s'était imaginée beaucoup difficile à obtenir; maintenant qu'il était donné, tout embarras avait pris fin . et le jour suivant elle serait médiocre-

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ment tourmentée de ce que la reine aurait à

lui dire.

Sur ces entrefaites , les deux battaus de la porte d'entrée furent ouverts avec un fracas inusité, et on annonça coup sur coup Monsieur et Monsieur le prince; ce fut, dans le salon , un véritable événement.

Gaston , duc d'Orléans, homme tout d'étiquette et de niaiserie, s'était réfugié dans son importance de rang, à défaut de celle qu'un caractère ferme lui aurait accordée ; il se savait si faible, qu'il se cramponnait à sa qualité de fils de France pour en obtenir les égards qu'à d'autres titres il ne méritait pas. Aussi avait-il élevé entre lui et la haute noblesse, une barrière qu'il ne laissait jamais franchir et dont il ne sortait que bien rarement ; il fallait le toucher de près ou qu'il eût grand besoin de quelqu'un pour qu'il condescendît à sortir du Luxe mbourg. Une de ses visites comptait comme chose fort extraordinaire, et son apparition chez

madame de Rohan ne parut pas moins étrange.

Celle du prince de Condé, au contraire, n'étonna point; on savait que ce jeune héros y brûlant de jouer dans l'état un rôle à la hauteur de son courage et de son génie militaire, cherchait à se rallier les grandes maisons du royaume, et pour y parvenir, faisait quelque violence à sa fierté; il eût naturellement tenu le monde à distance respectueuse de sa personne, mais comme des partisans lui seraient nécessaires, il sentait que pour les gagner, il fallait faire le sacrifice d'une portion de son orgueil. En conséquence, on le voyait profiter des occasions de se montrer et d'être agréable à la noblesse; il acceptait habituellement les invitations qu'on lui adressait , rendait des visites aux époques solennelles, ne manquait à personne; et, ce soir-là, instruit qu'une société nombreuse se réunissait chez madame de Rohan, il

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s'était empressé d'y venir , afin de donner

une preuve nouvelle de son affabilité.

Un but différent conduisait le duc d'Orléans, ou, pour mieux dire, c'était au fond le même motif. Quoique plus personnel , Monsieur n'arrivait que pour faire plaisir au prince de Savoie, alors tout à lui, et en qui il comptait plus que sur tout autre seigneur. Le prince Louis l'avait prévenu des bonnes intentions de madame de Rohan à son égard, des craintes que lui inspirait la malveillance du cardinal Mazarin, et du besoin qu'il aurait de l'assistance de son altessse royale.

Monsieur, imbu de son importance, avait vu de mauvais œil la régente aller chercher en dehors de lui un ministre dirigeant ; il s'était figuré , à la mort du roi son frère, d'obtenir enfin cette portion du pouvoir à laquelle il avait aspiré avec tant de persévérance et si peu de succès; vaincu, selon son usage, au moment décisif, celui de la mort de Louis xiii, il s'était remis à cabaler,

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