‹ Mademoiselle de Rohan (volume 2)Chapitre 20 sur 39 · SUIT · texte numérisé non relu

SUIT

comme il avait toujours fait, dans l'espérance de parvenir plus tard à gouverner le royaume. Or, au rang des aides à sedonner,le prince de Savoie, malgré sa jeunesse, comptait parmi les plus influens , et pour se l'attacher , Monsieur se détermina à un acte de condescendance , celui de venir féliciter la duchesse douairière de Rohan sur le choix de son gendre. Il le fit d'abord , et dès les premiers complimens , il entama ce point avec une solennité ridicule, par laquelle il voulait dire : «Voilà comment je suis utile à mes amis. »

Madame de Rohan aurait été fort embarrassée de cet éclat intempestif j si elle n'avait soupçonné l'appel de la reine d'être sinistre au mariage qui lui plaisait tant; mais, dans cette crainte, les paroles du duc d'Orléans la plaçaient dans une position avantageuse, puisque Monsieur, désormais, ne pourrait éviter que de prendre cette affaire comme lui étant personnelle, et l'emporter de haute

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lutte dans le cas où le cardinal v mît des empêchemens. Néanmoins, madame de Rohan crnt convenable de faiie partir sa fille avant que Monsieur eût été à elle, et s'empressa de conjurer son altesse royale de trouver bon que la duchesse Marguerite, très souffrante, dit-elle, se retirât dans son hôtel. Gaston se mit à rire.

« Ah! la pudeur, dit-il, la modestie... j'entends. Eh bien ! soit ; que ma belle cousine aille cacher ses charmes dans la solitude, jusqu'au jour où nous l'amènerons à son heureux époux. »

Madame de Pienne, interprétant un geste de la douairière , ramena la duchesse Marguerite dans la chambre de sa mère, dont elles étaient proches, et traversant une galerie latérale, sortirent toutes les deux de l'hôtel, sans avoir besoin de repasser par les grands appartemens. Mademoiselle de Cha-

SUITE d'une SOIRÉK PÉNIBLE. 273

bot, ayant été prévenue par le chevalier de Kersan, vint rejoindre la duchesse et rentra avec elle à son hôtel.

ou L'ON VA SANS Y VOULOIR ALLER.

Lorsque l'on veut laisser ignorer ce qu'on pense , on veille

sur ce qu'on dit. Je crois qu'il vaudrait mieux

veiller sur ce qu'on laisse deviner.

{Correspondance) .

Cette nuit ne fut pas meilleure que les précédentes pour mademoiselle de Rohan; aussi, lorsque le lendemain elle donna l'ordre de tenir la porte fermée à cause de l'indis-

ou l'on va sans y vouloir aller. 27$ position dont elle se sentait saisie , ceux d« sa maison ne l'accusèrent pas de caprice, à tel point on la vit pâle et abattue. Elle se renferma dans sa chambre, déterminée à ne voir personne, et sans trop s'occuper du résultat de l'audience que sa mère devait avoir ce matin de la reine ; un seul point se présentait à elle : l'engagement qu'on lui avait fait prendre par surprise et son chagrin de n'être pas aimée par M. de Chabot. Dans quelle fluctuation d'idées ne passât-elle pas les heures de sa solitude nocturne? Tantôt, s'accordant plus d'énergie qu'elle n'en possédait , elle consentait à remplir les désirs de sa mère, à, consommer en entier le sacrifice en provoquant et décidant le mariage du comte Henri avec mademoiselle de Polduc; tantôt, vaincue par sa faiblesse et sans avoir égard à sa dignité, elle prétendait fuir et le mari qu'on lui présentait et l'amant qui la refusait sans le savoir, et quittant le royaume, aller dans une retraite obs-

276 ou i-'oN VA

cure pleurer et mourir en liberté; d'autres lois, et alors, malgré les ténèbres, son front se couvrait de rougeur-, l'amour lui suggérait la pensée coupable de dévoiler à M. de Cbabot le sentiment qui la déchirait; « et s'il me repousse, s'écriait-elle, si Victorine l'emporte, je resterai avec mes remords et ma confusion. Oh! non, non; que j*expire, soit, mais point avec honte et perdue dans l'estime d'un homme que je chéris tant. »

Au militu de tant d'assauts divers, de pensées si tumultueuses, était-il possible de prendre un parti, de s'attacher à une règle de conduite? La duchesse en fut incapable; il lui aurait fallu un conseiller permanent, et seule, à quoi pouvait-elle se résoudre? Elle attendait madame de Pienne, dont les avis lui paraissaient bons, parce qu'ils flattaient sa passion cachée; il y avait des instans où elle espérait que la reine mettrait des obstacles formels à son mariage; puis, se ressouvenant de l'amitié du duc d'Orléans

SANS y VOI'LOIR ALLEK. ^77

pour le prince de Savoie, elle perdait cette illusion , persuadée que Monsieur serait toujours le maître de faire conclure un hymen qui lui était agréable.

La nuit s'ccoula ainsi, et une partie de la matinée laissa la duchesse dans les mêmes dispositions; elle n'en était pas sortie; ses femmes avaient respecté son ordre, mademoiselle de Polduc comme les autres, et il était probable qu'aucune personne de l'intérieur n'essaierait de se montrer là où l'on paraissait avoir tant d'envie de demeurer loin du monde. Cependant la chose n'eut pas lieu ainsi.

Mademoiselle de Rohan était debout, accoudée sur la cheminée; elle réfléchissait à ce qui se débrouillait si imparfaitement au fond de son àme, lorsque mademoiselle de Chabot avança timidement sa jolie tête à travers d'une portière qu'elle entr'ouvrit. A sa vue la duchesse tressaillit, et fâchée que sa volonté n'eût pas été respectée :

278 ou l'on va

« Que voulez-vous? dit-elle avec impatience; ne pourrai je obtenir un instant de repos?

« — Je sais bien que je suis coupable et inriporlune, repartit la jeune fille d'un ton craintif, niais il y a derrière moi quelqu'un de plus audacieux, et surtout de plus égoïste, qui m'a contraint, je vous jure, à enfreindre ' votre commandement; celui-là est si alarmé de votre état de souffrance, qu'il en devient à demi-insensé.

« — Qui est-ce? demanda la duchesse, dont le cœur se mit à battre violemment.

u — Laissez-moi répondre à madame....

Oui, ne m'empêchez pas de lui obéir, continua la jeune fille, en se retournant v; rs une personne qu'on ne voyait pas, puisque vous m'avez obligée à lui désobéir. Laissez-moi lui nommer le vrai coupable. »

Le nommer, ce n'était plus nécessaire; la duchesse savait trop bien qui était là : qui pouvait-ce être que le comte de Chabot?...

SANS Y VOULOIR ALLER. STg

La duchesse, éperdue et tremblante, s'interrogea rapidement sur ce qu'elle avait à faire. Le dépit et la raison lui conseillèrent de se refuser à recevoir le comte, mais l'amour, despote impérieux, le lui enjoignit positivement; elle se trouva sans fermeté contre sa propre faiblesse, et d'une voix tellement affaiblie, que Marie dut plutôt deviner qu'enteudre, elle l'autorisa à laisser entrer son frère. Celui-ci parut pâle et embarrassé, n'osant lever les yeux et se confondant en excuses sur l'inconvenance de sa visite. « Mais, dit-il, je n'aurais pu supporter le souci où me plongeait la nouvelle de votre maladie. Ah! pardonnez à l'intérêt qui m'inspire l'insistance que j'ai mise à dépêcher Marie vers vous. »

Il y a des personnes dont tout ce qu'elles font nous est agréable. Certes, mademoiselle de Rohan n'était pas blessée de l'insistance que le comte avait mise en cette occasion, et s' efforçant de sourire :

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« Vous avez remporté une victoire que j'étais résolue de disputer à mes meilleurs amis.

« — Dites, madame, que votre bonté sans pareille a exaucé mes vœux au-delà de leur étendue; qu'en m admettant à l'honneur de vous présenter mes hommages, vous m'avez accordé plus que je n'aurais demandé.

« — Oh! si ce n'était que des nouvelles de la duchesse que vous souhaitiez, repartitmademoiselle de Chabot , vous auriez pu vous tenir tranquille dans ma chambre et y attendre mon retour; mais point : vous m'avez suivie bien dans l'espérance de quelque heureuse fortune; vous saviez bien que quand on vous saurait si près , on aurait trop de pitié pour vous congédier ainsi,

« — • On n'est jamais trahi que par les siens, dit M. de Chabot, en essayant de sourire et en menaçant sa sœur avec un doigt.

« — Je n'ai pas à me louer davantage de

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