DF LA. PLACE ROYALK
point de mâle qui pût en perpétuer la gloire. Chef des protestans français, trois fois le duc Henri de Rohan leva 1 etendart de la révolte sous prétexte de défendre les libertés du culte évangélique, trois fois il lutta avec avantage contre le pouvoir de Louis xin, traita presque d'égal à égal avec son souverain, et lorsque le génie du cardinal de Richelieu n'eut plus permis aux vassaux puissans de la couronne de se maintenir dans leur indépendance, le duc de Rohan conserva la sienne, combattit encore, et vaincu, emporta les regrets de tous les amis de son courage et l'estime de ceux qui le contraignaient à poser les armes.
Il préféra quitter la France plutôt que de s'y montrer en courtisan de Richelieu. Sa renommée le suivit à l'étranger, et quoiqii'en exil, sa vertu mérita la confiance de Louis xni, et le duc de Rohan commanda à l'extérieur au nom de son roi. Issu des ducs de Bretagne , au dire de certains , mais héri-
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îier légitime île la couronne de Navarre si Henri iv n'eût pas laissé des rejetons de son auguste sang, le duc Henri de Rohan mourut, ai-je dit, avec la douleur de voir s'éteindre sa branche presque royale, et il ne se consola que par la certitude du mariage de Marguerite sa fille avec quelque prince souverain.
Sa femme, fille de Sully, l'ami d'Henri (v, lui survécut, mais ne conserva point pour leur fille l'amour qu'elle lui devait. Des querelles faibles. dans l'xDrigine les éloignèrent réciproquement, et il en résulta qu'à la majorité de mademoiselle de Rohan, sa mère se sépara d'elle et alla demeurer dans un autre hôtel , celui de la riche héritière étant en ce moment soumis à des réparations qui devaient être prolongées pendant un long espace de temps. Mademoiselle de Rohan logeait à la Place Royale , et le salon où elle se tenait d'habitude s'ouvrait au midi,
DE LA PLACE tlOYALE. O
presque en face la statue de Louis xiii élevée tout nouvellement.
Il y avait avec la jeune duchesse mademoiselle Marie de Chabot , sa parente et son amie intime, mademoiselle Victorine de Pol duc, son autre parente et moins chérie peutêtre, parce que celle-là portait son nom; en arrière de ces deux filles de qualité, il y en avait quatre autres , nobles aussi et néanmoins femmes de chambre de la duchesse Marguerite. C'était l'usage à cette époque; la noblesse pauvre ne rougissait pas de l'état de domesticité auprès des personnes d'un haut rang : c'était un reste de la féodalité expirante, et ce me semble une étrange capitulation de l'orgueil envers le besoin.
Parmi celles ci, la jolie Claire de Mervan était la favorite cachée, celle qui avait le plus d'ascendant sur sa maîtresse. Bien que ce pouvoir fût recouvert assez habilement, chacune de ces jeunes personnes avait sa tâche et travaillait, soit à la broderie du
meuble qui était entrepris depuis six ou sept ans, soit à la couture. Une seule, mademoiselle de Chabot, un peu à l'écart et presque recouverte des plis d'un rideau de croisée de velours vert, lisait une lettre à laquelle elle portait toute son attention , non cependant que parfois et à la dérobée les regards de la duchesse ne s'attachassent sur elle, et cela avec un intérêt que celle-ci cherchait pareillement à déguiser.
La chaleur, ai-je dit, était excessive; toutes ces demoiselles éprouvaient le besoin de renouveler l'air déjà trop épaissi, mais aucune n'osait ouvrir une croisée sans en avoir demandé la permission à la duchesse Marguerite; deux fois Victorine de Polduc fut prête à le faire , et deux fois elle s'arrêta en se rappelant combien peu la maîtresse de la maison avait d'affection pour elle, et la crainte d'un refus désagréable l'arrêta.
Mademoiselle de Rohan ne sortait pas de sa rêverie, et Marie de Chabot ne finis-