‹ Mademoiselle de Rohan (volume 2)Chapitre 22 sur 39 · SANS Y VOULOIR ALLER · texte numérisé non relu

SANS Y VOULOIR ALLER

désintéressée; en suis je digne? je n'ose le croire. Voyez en moi un insensé, un homme sans prudence, sans mesure, qui ne se règle par rien de ce qui dirige les autres, et souffrez que je replie dans les ténèbres de mon cœur ce que vous n'en retireriez qu'à ma honte éternelle. »

La duchesse ne répliqua pas sur le champ; il y eut ici encore une autre interruption de dialogue ; mais s'excitant à continuer la tâche et toujours de plus en plus redoutant les conséquences d'une conversation muette, la plus à craindre lorsqu'on n'est pas sûr de nos forces, elle dit:

« En vérité, à vous entendre, ou penserait d'étranges choses sur votre compte, et malgré vos assurances antérieures^ on pourrait préjuger que vous êtes l'esclave d'un sentiment si peu convenable, criminel, peut-être, puisque vous prenez tant de soin à le cacher.

« —' Grâce au ciel, répliqua vivement le

ou L ON VA

comte, si je me tais , si je me refuse à permettre qu'on éclaire mes sentimens , ce n'est pas que je doive rougir de la personne qui les inspire; jamais je ne me serais abaissé autant que vous me faites l'affront de le soupçonner.

« — Votre noble colère me plaît, répondit la duchesse, bien que la tristesse dont son regard s'empreignit fût en contradiction avec ses paroles ; j'aime à vous voir fier de votre choix, en même temps qu'une discrétion louable l'enveloppe des voiles d'un profond mystère; mais cependant, puisque vous chérissez une personne que l'on peut adorer sans crime, pourquoi ne pas me la nommer... à moi ?

« — A vous ?

« — Oui, à moi particulièrement; je suis votre vieille amie (et la duchesse mit une inflexion singulière à prononcer ces deux mots); des liens de sang nous unissent encore; je peux beaucoup par l'effet de ma po-

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