‹ Mademoiselle de Rohan (volume 2)Chapitre 23 sur 39 · SASS Y VOULOIR ALLER · texte numérisé non relu

SASS Y VOULOIR ALLER

sition; j'aurais tant de plaisir à rendre la vôtre heureuse !,j^ ^^^.j^^ .y^ ona^^ornub^ai .. « ~ yous ne parviendrez jamais, dit tci^tement le comte; non/ votre générosité ne peut rien sur ma destinée. ^t,b Ji.ît» f-Adi.u-ry^ a — Voilà comment s,Qnp les' axnaq&i répliqua la^duchesse^ en tâchant toujours <le se maintenir en apparence dans cette gaîté si étrangère à son cœur : ils sont ou d'une présomption insolente,^ ou tombent dans un découragement non moins répréhensible; ils s'exagèrent les difficultés, lorsque, par le fait, elles ne sont que dans leur imagination exaltée. »

Le comte, au lieu de se défendre, secoua la tête et cacha son visage dans ses mains, La duchesse le contempla avec un attrait mélancolique ; puis, continuant :

« Je crois que ces barrières insurmontables qui , selon vous, vous séparent de celle que vous aimez , tomberaient à mon souffle,

si vous aviez eu moi de la confiance. » •r. I. 19.

^0 ou l'on va

En entendant ce propos, le comte lança à mademoiselle de Rohan un regard indéfinissable et qui donna beaucoup à penser à celle-ci; peut-être qu'il Teût éclairée sur le Téritable état des sentimens de monsieur de Chabot, si l'assertion de madame de Pienne n'eût fourvoyé intelligence d'une femme remplie de pudeur et de modestie ; elle aima mieux croire que ce gentilhomme, par une délicatesse déjà peu commune à cette époque, ne voulait, à aucun prix, apprendre à un tiers ce qui se passait entre lui et sa jeune maîtresse. Cette conjecture ne fit qu'accroître la bonne opinion qu'elle avait de lui; cependant elle attendit que le comte se déterminât à lui répondre.

« Je suis, dit-il, placé dans une situation bien extraordinaire; j'ai pour vous autant de respect que d'attachement; mon existence entière sera vouée à votre service unique, et néanmoins, il y a eu dans moi une résistance fatale qui ne me permettra jamais de

SANS Y VOULOIR ALLER. ^l

VOUS accoriler la confiance que vous me demandez avec tant de bonté.

M — Voilà qui ne peut être compris par mon intelligence, répliqua la duchesse. Ne vous apercevez-vous pas, monsieur, que vous outre-passez les lois de la discrétion? Vous aimez, c'est un point que vous ne contestez pas; vous aimez une personne dont votre rang vous fait l'égal ; je pense qu'elle vous paie d'un retour si naturel; dès lors, vos désirs devraient appeler tout ce qui faciliterait votre mariage, et lorsque avec tant de franchise, je viens vous offrir une intervention que j'ose dire puissante, vous repoussez ma bonne volonté; est-ce raisonnable? avouezle avec autant de sincérité que vous devez en mettre dans tous les actes de votre vie. »

A mesure que la duchesse parlait, monsieur de Chabot sentait augmenter son émotion et son embarras; il lui était prouvé qu'une terreur complète égarait mademoiselle de Bohan,et pourtant parfois l'amour,

^2 ou L os VA

devenu téméraire, le berçait d'une pensée présofDptueuse; mais bientôt après la raison la détruisait. Non , il ne pouvait croire que sa passion fût connue, fût partagée, et que les propos de la duchesse fussent une manière détournée de lui avouer pareillement celle qu'elle éprouvait pour lui. Voulant sortir de cette incertitude par trop cruelle, il s'empressa de repartir :

« Je dois, en effet, vous paraître coupable d'extravagance et de bizarrerie ; vous avez le droit, d'après mes paroles, de me nommer le plus inconséquent des hommes, et pourtant ma faute est moins grande qu'elle ne se montre, et je peux loyalement laisser connaître tout ce qui se passe en moi. Oui, je vous le répète, j'aime, je suis fier do mon amour; mon choix, s'il était proclamé, serait approuvé de toute la terre; mais Uà s'arrête ce qu'il me convient de dire: le reste est un secret qui mourra avec moi.

« — Oh! diî la diichesse, impatientée enfin

SA.m V VOULOIB ALLER. 293

d'une obstination qui dépassait les bornes, puisqu'il vous piait de vous opiniâtrer dans un silence sans causé réelle, je viendrai au secours de votre caprice et crierai à vos oreilles le nom qui trouvera des échos dans votre cœur. No vous flattez pas d'avoir pu me dérober votre secret; je... l'ai deviné...

« -r- Vous? madame , vous .'^ et votre colère ne me foudroie pas ?

- irux J'ai bîefl tiîié'liâtiter ëstiriie'de' la vàletir féodale de tnà maison; mais, enfin, je h'è suis pas assez insensée pour prétendre que nulle autre tié peut s'allier avec

erle.''" ^•-;>'->'^ 7.;;vf;:>ijî U/! ;■■> .. , ;,:(.■>/.,,.

« — Oh! mon Dieu ! mon Dieu! s'écria le comte de Chabot, en se laissant tomber aux genoux de la duchesse, tandis qu'im égarement d'amour éclatait dans ses yeux, suisje éveillé? n'est-ce pas un rêve, un rêve cruel qui se joue de mon intelligence?

Quoi! vous êtes instruite de mon audace, et

294 ou l'on va

vous le souffrez , et votre condescendance

sans pareille m'autorise....

« — A rester persuadé que , loin de vous accuser de témérité^ j'approuve vos sentimens...

« — Vous!... vous ! madame... vous!... ah! je vais mourir de joie. »

Et les traits du comte exprimaient encore mieux son ivresse que la véhémence de ses propos; certes, cette manifestation si impétueuse de ses sentimens pour la parente delà duchesse plongeait celle-ci dans un désespoir qui contrastait cruellement avec la joie de M. de Chabr>t ; il était donc vrai que mademoiselle de Polduc avait conquis sa tendresse, cette tendresse dont elle-même s'était flattée d'être l'objet. Oh ! combien cette assurance devenait pénible! quel déchirement elle amenait dans un cœur, lui aussi enflammé! Il y avait des instans où le dépit, où la jalousie se flattèrent de l'emporter sur l'héroïsme de la duchesse ; un combat à ou-

•IWS Y VOULOIR AUER. 295

trance se livra enlre ces divers sentimens. Lia lutte fut douloureuse et nou prolongée ; il y avait trop de magnanimité dans mademoiselle de Rohan pour qu'elle se refusât à un sacrifice complet et devenu nécessaire. En conséquence , domptant tout ce qui la blessait avec tant d'amertume, se résignant aux conséquences de sa détermination , dût la mort en être la suite, elle tâcba de donner à sa voix une intonation ferme:

« Oui, monsieur le comte, oui, j'approuve vos sentimens; je fais plus: je veux aider au bonheur de celle que vous épouserez ; et attendu les noeuds qui m'attachent à elle , je dote de quatre cent mille francs mademoiselle de Polduc. Puisse-t-elle vous rendre heureux autant que vous méritez de l'être ! »

On exprimerait difficilement tout ce qui se passa dans le cœur d'Henri de Chabot lorsqu'il entendit les paroles de la duchesse, lorsqu'il eut acquis la preuve qu'elle et luj

396 oc l'on VA

étaient dans lihe erreur fatale; il perdait tout le charme d'une espérance que maintenant il s'avouait trop audacieuse ; il se voyait rejeté bien en arrière, à l'heure où il avait pu Se flatter d'être exaucé dans son amour; mais, en même temps, comment était-il possible que la duchesse eût ainsi pris le change? îju'ellé eût aperçu dans lui de l'amour pour mademoiselle dé Polduc , lorsqu'il s'était contenu envers celle-ci dans les bornes d'une simple politesse? La modestie de mademoiselle de Rohan, qui lui défendait de croire qu'on pût l'aimer avant sa fille-d'honneur, étaitdonc portée au-delà des bornes? ou bien, ayant roieuxdeviné ce que lui éprouvait, la duchesse, par ce détour, aurait-elle voulu le punir de son audace, en usant encore de ménagement à son égard ? "^ette dernière conjecture lui parut la plus raisonnable; il s'y attacha avec autant de désespoir que de dépit; il se vit précipité de la hauteur du ciel, où il était naguère , et

Page 1