‹ Mademoiselle de Rohan (volume 2)Chapitre 24 sur 39 · SANS T VOULOIR ALLER · texte numérisé non relu

SANS T VOULOIR ALLER

dans l'étendue de sa douleur, il s égara et voulut, si du moins il était repousse par la 6erté de la duchesse , ne pas lui laisser le droit de feindre une ignorance qui l'accablait plus que tout le reste. Frappé d'un coup aussi rude, il avait perdu l'usage de la parole; ses lèvres restaient immobiles, de même que sa personne. Ce silence fut rompu avec véhémence, et il s'écria ;

« Eh! madame, pourquoi servir vos amis au-delà de leur désir? pourquoi les combler de biens, quand il ne vous demandent que de la pitié? Qu'ai-je à faire que vous me proposiez un mariage dont j'apprécie tous les avantages, mais qui ne peut me plaire eu aucune façon ? Je dois à mademoiselle de Rohan-Polduc le respect, la vénération, l'estime que méritent toutes les personnes qui vous appartiennent; j'admire sa beauté, ses grâces, ses qualités et ses vertus; mais mon affection ne se repose passur elle; je ne me suis jamais occupé d'obtenir la sienne, et quioque

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le titre de son époux doive être un objtit d'envie , mon triste cœur avoue qu'il ne le recherche pas. »

L'expression mise par le comte à ce qu'il venait de dire , mieux encore que les paroles en elles-mêmes , frappa mademoiselle de Rohan , de manière à la déconcerter. Il y a , dans l'amour qui se cache, des indices faciles à le fairere connaître; vainement veut-il s'envelopper de feinte ou de dissimulation ; quelque chose le trahit toujours. Ici, au contraire, la froideur de M. de Chabot éclatait victorieusement: c'était une indifférence réelle qui l'inspirait en parlant de mademoiselle de Polduc; et pour en douter encore, il aurait fallu ne point le chérir , ainsi qu'il l'était de la duchesse. Celle-ci , qu'un jour nouveau éclairait, sentit au fond de son âme de nouvelles et de moins pénibles sensations ; persuadée que, jusqu'à ce moment, elle s'était fourvoyée, délivrée sans retour d'une rivale qui lui semblait tant redoutable , elle

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respira sans doute, et néanmoins n'en eut pas plus de tranquillité. Peut-être eût-elle dû parler ; mais elle ne trouva rien à dire , à tel pohît ses idées furent bouleversées. Ses soins s'employèrent à déguiser son contentement; car il y avait du bonheur dans une âme qui aimait sans croyance de retour, et à laquelle, tout à coup, on révélait au moins de l'indifférence pour sa rivale; et, dès lors, puisque mademoiselle de Polduc n'était pas l'objet de l'amour de monsieur de Ghakot, qui pouvait être chérie de celui-ci, si ce n'était mademoiselle de Rohan ?

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It est aimé et on le mallraiie. Oh ! qu'on raimerait moins si on le traitait mieux !

Le comte de Chabot , avec une expression chaleureuse et voyant qu'on l'écoutait sans dépit, continua son explication. Aprèsl'avoir suspendue pendant une minute, il se plai-

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