‹ Mademoiselle de RohanChapitre 12 sur 30 · A CHAPEAU BOUGE · texte numérisé non relu

A CHAPEAU BOUGE

est résolue à lui accorder quelque haute marque de sa faveur.

a — Elles nae seront bien précieuses, » dit mademoiselle de Rohan, charmée de n'avoir pas eu à prononcer la première le nom de monsieur de Chabot.

C'était avec une adresse consommée que le cardinal avait pris ce soin pour elle et pour lui : l'essentiel était de remporter la certitude que mademoiselle de Rohan était amoureuse de ce jeune seigneur. La vérité était que lorsque le prince de Condé avait fait part au cardinal de l'objet de la passion de mademoiselle de Rohan, ni celui-ci ni la reine n'avaient ajouté foi à cette révélation : ily avait une telle distance entre mademoiselle de Rohan et Henri de Chabot, de position , de fortune, de rang, d'illustration et même d'origine ainsi que d'âge, qu'il était peu raisonnable d'admettre, sans une certitude de tout point, la possibilité de ce qu'avançait monsieur le prince.

La reine, vivement éveillée dans son désir curieux et en même temps souhaitant aussi que le fait fût exact, M. de Chabot n'étant point de ceux qu'elle avait à craindre, elle voyait dans ce mariage de quoi satisfaire sa politique , sans que monsieur le prince en eût un meilleur soutien ; en conséquence, elle voulut s'éclairer sur le champ.

Il y avait des niénagemens à garder: Monsieur d'une part . la duchesse douairière de l'autre , qu'il ne fallait pas indisposer ; envoyer une personne ordinaire à la cour aurait peutêtre aussi déplu à la duchesse Marguerite. Comment faire? la reine, en outre, était pressée; Monsieur, certainement, reviendrait le même soir à la charge; dans cet embarras, elle s'adressa au cardinal. Ce n'était pas la première fois que monsieur de Mazarin revêtait de tels costumes : toutes sortes de déguisement lui étaient familiers ; celui-ci présentait de grands avantages, entre autres par sa forme et la barbe, qui en faisait

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l'accompagnement. Obligé de cacher et la taille, et la démarche, et la ligure, ce fut donc en capucin que le cardinal s'habilla et se rendit, accompagné de LeTellier, également couvert d'un autre froc, à l'hôtel de Rohan. Le Tellier le laissa à la porte et se promena sur la Place-Royale en attendant son retour.

Le cardinal, charmé du succès de sa course et pour qu'elle obtînt tout son résultat possible, engagea à mademoiselle de Rohan la parole de la reine, qu'elle serait soutenue, protégée dans tout ce qu'elle ferait pour arriver au mariage avec le comte de Chabot; il ajouta que cependant il convenait qu'elle seule agît d'abord , qu'il ne faudrait employer la reine qu'en désespoir de cause. «Ne vous étonnez pas si,cesoir, elle parait céder aux insistances de Monsieur; elle ne le fernit pas si elle n'était pas certaine que vous refuserez le prince de Savoie, et lorsqu'elle reviendra à vous, ce sera, non en s'appuyant

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sur !a politique , mais en paraissant céder à vos sollicitations; parla, Monsieur ne pourra se plaindre, et vous serez contente également.»

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