‹ Mademoiselle de RohanChapitre 13 sur 30 · L'ELOGE DU DIABLE · texte numérisé non relu

L'ELOGE DU DIABLE

Trouve-l-OD jamais des défauts à qui nous sert bien?

Le XOBIE.

Le cardinal, désireux de conserver son incognho^ exigea de mademoiselle de Rohan qu'au lieu de lui rendre les honneurs dus à sa dignité et à la mission diplomatique qu'il était venu remplir au nom de la reine , on le traitât en vrai frère coupe-choux ; son insistance ne permit pas de le contrarier. Il partit

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enfin ^ et ne fut pas accompagné au-delà de la porte du salon; il s'éloigna. La duchesse le suivit d'un regard encore empreint de surprise, et admirant tout ce que l'intrigue fait faire à des personnages d'un si haut rang et d'un caractère sacré; elle rentra lentement et ensevelie dans de graves pensées.

Madame de Pienne , en l'embrassant , la tira de sa rêverie.

« Qui est-ce? dit-elle; un faiseur d'affaires, un quêteur, un missionnaire enthousiaste? En voulait-il à votre crédit, à votre bourse ou à votre âme? car c'est le triple emploi de ces gens-là.

« — Oh! répondit la duchesse en essayant de sourire, celui-là venait pour cause plus importante, pour m'offrir ses services et son ministère à Tautel, dans le cas où je voulusse épouser monsieur de Chabot.

« — Comment, s'écria celui-ci, revenu en même temps que la marquise, ce drôle aurait en l'insolence de prononcer mon nom!

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« — Son audace, comme vous l'appelez, a été plus loin encore: il a prétendu m'assurer de la protection de la reine et de son désir de vous obliger.

a — Mais d'où a-t-il su

« — De monsieur le prince.

« — C'est impossible.

« — C'est l'exacte vérité. Hier, à minuit, ayant eu envie de savoir ce qui se passait relativement à moi, il s'est rendu en habit de cavalier à l'hôtel de Condé, a forcé toutes les portes, a retenu le prince au moment d'entrer dans son lit, en a tiré votre nom, l'a rapporté à la reine, et vous venez de le voir me transmettre la parole de sa majesté. »

Monsieur de Chabot, tout stupéfait, ne savait que dire, et madame dePienne parlant à sa place:

« Si l'éminence grise, si le père Joseph n'était pas couché dans la tombe où il a pré* céâé son bon ami le cardinal de Richelieu, ^'admettrais la possibilité de fout ce«i: mais^

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à part lui, quel digne père entrerait familièrement chez monsieur le prmce?.... Vous vous réjouissez à nos dépens , ma belle duchesse,

« —Vous parlez d'une éminence grise, reprit mademoiselle de Rohan, qui joua sur la qualification imposée au père Joseph du Tremblay, et que vous semblerait d'une éminence rouge, qui aurait revêtu l'humble robe d'un enfant de celui qu'on appelle saint François ?

« — Le cardinal!!! monsieur Giulio Mazariniî s'écria la marquise, qui frappa des mains en signe de stupéfaction; quoi! lui-même!... Ah! pour le coup, je ne m'étonne pas si les portes de l'hùtel de Condé lui ont été ouvertes.

« — Et nous direz-vous ce qu'il vous voulait? demanda avec une sorte de crainte monsieur de Chabot.

« — Vous ne m'avez donc pas entendue:

j e crois avoir dit qu'il m'apportait l'assurance de la protection de la reine, mais

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sourde, mystérieuse. Naguère on attaquait à force ouverte par nécessité, aujourd'hui qu'on m'a pour auxiliaire, on se retire derrière moi. Je soutiendrai le choc à moi seule.

« — Voilà bien , repartit la marquise, l'esprit du cardinal; quoi qu'il en soit, son concours, celui de la reine, vous assurent la victoire. Quant à vous, mon cousin, ce que vous avez de mieux à faire, c'est d'aller à l'audience du premier ministre et le remercier dignement de la bonne volonté qu'il vous témoigne.

a — Que je lui laisse le loisir de se déshabiller.

^ a — Non, non; votre empressement sera très agréable. Tâchez ensuite d'arriver au Palais-Royal , et en saluant la reine , qu'un mot lui exprime votre reconnaissance et votre dévouement. »

Il en coulait à monsieur de Chabot de quitter un lieu où il se trouvait si bien; mais raademoiseile de Rohan ayant parlé du

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même ton que la marquise, il soupira, se

désola et partit.

« C'est un homme charmant, dit madame de Pienne en le regardant sortir; il mérite les insignes faveurs de la fortune^ qu'on n'accuserait ni de cécité ni de caprice, ;ii elle ne s'attachait qu'à favoriser des gens tels que lui. n

La duchesse, bien persuadée de ce qu elle entendait, ne répondit pas ; elle rentrait dans sa rêverie pénible aussitôt que monsieur de Chabot la quittait; elle approchait du dénouement, et en ressentait de mortelles angoisses; mieux que tout autre, elle connaissait sa mère, et, en conséquence^ envisageait en frémissant jusqu'où monterait l'exaltation de sa colère.

En ce moment, ses yeux se portèrent sur un portrait magnifique du duc de Rohan , son père, et qui ornait le salon. Rubens l'avait peint avec sa fougue et sa magie ordinaire. Le héros, sur son cheval fougueux,

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était représenté calme; il montrait à des soldats la victoire volant au-devant d'eux, comme pour leur apprendre qu'on ne l'enchaîne que par la vivacité à la poursuivre. L'artiste sublime avait rendue visible sur les traits de son modèle la magnanimité d'une âme audessus des revers et de la prospérité; il avait donné surtout au regard une expression extraordinaire de vie et de majesté. Jamais plus beau chef-d'œuvre n'était sorti d'un plus habile pinceau.

Un cadre sculpté avec un soin extraordinaire,sur lequel s'enlaçaient des guirlandes de lauriers et de chênes, quo surmontaient des trophées et l'écusson des Rohan, sommé de la couronne princière, richement doré d'ailleurs, enceignait ce portrait, et sans ajoutera son prix, l'embellissait de sa magnificence.

Mademoiselle de Rohan, préoccupée des évèneniens à venir, examina avec une attention plus entière cette représentation vivante de l'auteur de ses jours. A mesure qu'elle le

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