‹ Mademoiselle de RohanChapitre 14 sur 30 · L'ÉLOGE · texte numérisé non relu

L'ÉLOGE

contemplait plus vivement^ un prestige tout à coup agit, et il sembla à la duchesse que les yeux du soutien de la foi protestante s'animaient, se remplissant d'un feu sombre et d'une expression courroucée ; que les lèvres, si paisibles jusque-là, devenaient dédaigneuses; en un mot, que son père lui témoignait un mépris éclatant de sa faiblesse.

Cette illusion fut si complète, que mademoiselle de Rohan s'en épouvanta; el!e se recula, baissa la tête, et s'écria, cédant à une impulsion intérieure et puissante:

« Oh! mon Dieu! qu'ai-je fait à mon père, lorsque^ du séjour céleste qu'il habite, il me témoigne son mécontentement?

« — Que dites- vous? demanda la marquise; je ne vous comprends pas.

« — Je le vois : il s'irrite; il me menace; il me repousse. Vo\e/, ses traits animés de courroux, et quels regards de reproche il me lance.... Ah! mon père, pardonnez-moi. Et pourquoi vous ai-je perdu? vous m'eussiez

DU DIABLE. lîT

soutenue contre ma faiblesse, tandis que je suis demeurée seule avec elle; aussi il lui a été facile de me vaiiicre. Mon père, vous, du moins, ne me maudissez pas. »

Madame de Pienne, comprenant à ces paroles prononcées à haute voix et d'un accent de douleur, qu'un remords important et dangereux descendait dans le cœur de la duchesse, vint à elle, la prit dans ses bras, et l'entraînant loin de l'image dont la présence produisait sur elle une si fâcheuse impression, l'amena sur le balcon de la salle, en lui disant :

« Est- il convenable de vous tourmenter ainsi? pensez-vous qu'un grand homme ne fasse consister la gloire que dans l'ilitistration du rang, qjiil compte pour rien les qualités et la vertu? A vous entendre, on dirait que monsieur de Chabot appartient à la bourgeoisie, et qu'en l'épousant, vous serez dégradée de noblesse. J'aurais cm que vous atta- T. u. 12

ils l'éloge

chiez moins de valeur aux richesses périssables. »

Mademoiselle de Rohan, charmée du secours qu'on lui prétait contre elle-même, ne répondit pas d'abord; mais un peu après, elle dit:

« J'ai trop entendu mon père parler de ses espérances, relativement au mariage, que je contracterais, pour présumer qu'il approuvât mon union avec monsieur de Chabot : passionné pour la grandeur de sa famille, il n'aurait admis la possibilité d'une alliance qu'avec les maisons souveraines. Ma mère pense comme lui; et lorsque je songe qu'il me faudra lutter contre ma mère, soutenir son mécontement et provoquer cette malédiction dont elle ma déjà menacée.... Oh! qu'il est difficile d'accorder son cœur et le devoir! »

La marquise redoubla la vivacité de ses consolations, essaya de réprimer ce mouvement d'une âme timide qui s'effraie de ce

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