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lui manquât ; les propos de monsieur le prince , la fierté de sa contenance , sa physionomie railleuse et tout ce qu'avait d'amer surtoutson dernier regard, pesaient en poids désagréable et lourd sur l'orgueil de Gaston ', aussi se mit-il à dire mentalement :
« Il a cru me blesser; je me moque de son héroïsme ; je lui ferai voir qu'à la cour il faut un art différent pour gagner des batailles.... Je l'y abîmerai; oui, Vincennes, la Bastille; quatre bonnes murailles pour lui et pour son Chabot.... Que j'écraserais avec plaisir ce dernier personnage!... Il fautque monsieur de Savoie l'appelle sur le pré , qu'il le tue , qu'il m'en délivre ; il ne peut faire moins pour moi, après ce que je fais pour lui, et s'il s'y refuse.... Celui-là sera ingrat à l'exemple de ceux qui sont là en contenance humble , sans pour cela valoir davantage. »
Monsieur cessa son monologue en voyant le vicomte d'Autel venir à lui, s'arrêta, et
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toujours de mauvaise humeur, dit à son capitaine des gardes :
« Ne peut-on me laisser tranquille lorsque je médite sur les grands intérêts de l'état?
« — Monseigneur, nul ne serait assez osé pour se permettre d'interrompre votre altesse royale dans ses hautes méditations, s'il n'y avait un motif excusable de cette liberté ; mais , dans votre antichambre , madame la duchesse douairière de Rohan, et en la compagnie de monsieur le prince de Savoie , a attendu le moment de votre commodité.
« — La duchesse!... le prince ! dit monsieur, stupéfait et presque effrayé ; que veulent. . . . que signifie cette visite commune qui ressemble à un début de cabale?... Allons , vous verrez qu'on espère me compromettre, me pousser à des démarches.Jenepeux rien; je suis malade; je prendrai demain par nécessité une médecine, et aujourd'hui la prudence exige que je ne sorte pas.»
Monsieur, en disant ceci, se parlait autant
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à soi-même qu'au vicomte d'Autel , qui se tenant en contenance respectueuse, ne répondait point. Le prince continua :
«Que faire?.... les congédier, c'est impossible ; allons , résignons-nous à les recevoir Mon Dieu! que je suis à plaindre !
je ne cesse de faire acte de fermeté pour
mes amis, et aucun ne m'en tient compte
Je passe dans le salon.»
Ces dernières paroles s'adressant directement au capitaine des gardes, furent interprêtées dans le sens naturel, et ce seigneur sortit de son côté , pour introduire chez le prince les nobles visiteurs.
Le cérémonial voulu pour la réception d'une paircîsse du royaume et d^un prince étranger et pair pareillement fut observé . dans tonte la règle d'étiquette : c'était une chose importante au Luxembourg ; la vanité de Monsieur trouvait dans ces futilités un aliment digne de la sienne. Les saints d'usage eiu'ent lieu rccif)roqucmenl et rien n'y
manqua , pas même la solennité des révérences de la duchesse.
Bladame de Rohan portait sur son visage sévère l'expression de sa douleur profonde; elle voulut se mettre à genoux devant Monsieur, qui, prévenant son mouvement, la releva avec beaucoup de grâce lorsqu'elle était à moitié inclinée. .ij:^.ôi:Gri4
« Ah ! monseigneur, dit-elle, cette posture que vous m'interdisez convient a une veuve malheureuse, à une mère infortunée, à qui un pouvoir injuste et une séduction criminelle enlèvent son bien le plus cher : justice et faveur, voilà ce que je vous démande ; prenez-moi sous votre protection et venezàmon secours. Voici mongendre; votre amitié l'honore ; vous feriez sans doute pour lui ce que vous vous refuseriez à faire pour moi.
« — Vous êtes bien à plaindre! répondit le prince toujours très embarrasséj vous avez à faire à forte partie,ct que puis-je, moi,pau-
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vre homme , contre la reine et monsieur le cardinal? ce sont deux redoutables adversaires.
« — Vous pouvez beaucoup, répliqua la duchesse ; vous êtes fils de France , lieutenant-général du royaume ; un mot de vous décidera tout convenablement. Vous le direz, monsieur ; il y va de votre bonté, j'ajouterai même de votre gloire.
« — Oh ! madame la duchesse, riposta le prince avec impatience , vous voilà semblable à tous ceux qui viennent à moi ; on croirait que je suis intéressé d'honneur dans toutes les querelles particulières.
« — Monsieur l'est positivement dans celle-ci, répliqua la ferme douairière : d'abord, en souvenir que ceux de mon nom ont pris pour lui les armes et à une époque bien autrement difficile ; ensuite, parce qu'il s'est engagé envers monsieur le prince de Savoie ; enfin, pour montrer à monsieur de Condé
qu'il peut lorsqu'il veut. C'est ce que monsieur le prince nie.
c — Allons.... encore des commérages, des dits, des redits, s'écria le duc d'Orléans de très mauvaise humeur. Est-il nécessaire de me mal mettre avec mon cousin ? L'avez-vous entendu parler de moi d'une manière inconvenante ?
« — Il a prétendu que, malgré vous, mademoiselle de Rohan serait la femme du comte de Qiabot.
« — S'il a dit cela , c'est une impertinence excusable dans un jeune fou qui n'a
pas encore jeté sa morve Mais vous , mon
cher Nemours , il me semble que vous vous tenez bien tranquille dans cette affaire, et pourtant, j'en demande pardon à madame la duchesse, elle vous regarde un peu plus qu'à moi.
« — J'attendais, pour agir, repartit le prince de Savoie, que votre altesse royale voulût