UN PAUVRE
rai néanmoins. Dites à la reine tout l'intérêt que je vous porte; qu'elle apprenne avec quelle énergie je suis déterminé à vous soutenir: cela suffira à ce qu'elle réfléchisse. Quant au cardinal, je lui dépêcherai mon capitaine des gardes,et enfin, s'il faut pousser les enchères à l'extrême , je chargerai mon aumônier d'aller parler à monsieur le prince.
A l'importance que mit le duc d'Orîéans à débiter ceci^ il fut facile de reconnaître qu'il s'admirait lui-même dans son amitié ferme et chaleureuse. H accompagna son propos d'un geste significatif dans lequel on put lire : vous voyez tout ce que je fais pour vous ; oh bien ! ne me demandez pas au-aelà. Mais la douairière de Rohan n'était point femme à se contenter de paroles vaines , et avec la rude franchise dont elle faisait profession, elle répliqua soudain :
« En vérité, monseigneur, si c'est là tout le secours que vous prêtez à ma maison et à celle de monsieur de Savoie, j'ai peur quelo
petit Chabot , tout seul , ue la lutte complètement. Jugez de ce qu'il fera , puisqu'il est appuyé sur monsieur le prince ; celui-ci ne recule ni à l'armée devant les Espagnols, ni à la cour devant le cardinal.
a— Je sais, répondit Monsieur, que le monde n'est jamais satisfait, et que pour la moindre piqûre d'épingle qu'il se fera , il faudra que je me blesse d'un grand coup d'épée. Pourquoi douter de ma bonne volonté? une maladie la neutralise maintenant... Laissezmoi me rétablir, et je ferai des merveilles.
« — Et lorsque Blonsieur ira alors au Palais-Royal, il y verra le comte de Chabot présenter sa femme,
a — Ce sera un grand malheur, dit le prince.
« — Et une honte encore plus grande,
repartit vivement la fière duchesse , une
ho.ite pour nous, pour nos amis, pour tous
ceux qui d'abord se sont avancés dans cette
affaire ; elle en rappellera d'autres non moins T. H. 19
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pénibles, lorsque tant de gens de qualité sont montés à l'échafaud pour une cause qui n'était la leur que secondairement, »
La riposte était cruelle et frappait droit ; le duc d'Orléans ne put la passer sous silence, et prenant un air de majesté :
« Ainsi, madame la duchesse de Rohan m'accuse de toutes les révoltes dans lesquelles on entraîna mon inexpérience; elle me' fait un crime d'avoir abandonné des hommes résolus à renverser le trône du roi mon frère et seigneur. C'eût été faiblesse que de les suivre dans leur attaque criminelle, ce fut énergie à moi que de me retirer d'eux. Voilà comment l'injustice nous traite; quoi qu'il en soit , je demeure dans mes sentimens ; j'excuse une vivacité pardonnable à votre douleur . et vous, mon cher Louis, me trouverez toujours prêt à me sacrifier pour vous tous, lorsque vous me demanderez de le faire... Il ne me reste plus qu'à vous saluer, car comme je vous l'ai dit , j'ai une préparation de santé à
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effectuer avant Ja médecine de demain. Pardonnez-moi, madame la duchesse ; j'aurai , j'espère, bientôt une meilleure occasion de vous prouver mon respect et mon dévouement.»
C'était donner un congé impératif; il fallait le recevoir, et, bien que le cœur fût indigné, ne faire défaut d'aucune des trois révérences; maisdel'anti-chambre, la duchesse deRohan se tourna vers le prince de Savoie :
« Monsieur, dit-elle, cet homme est pétri de boue et déneige. »