L ETRANGE PRIERE
comte de Chabot. Le billet n'était pas un cartel en forme, \e puntîUo^ comme disent les Espagnols, empêchant que ce seigneur donnât un tel avantage à un simple gentilhomme ; c'était une formule polie , bien que d'un supérieur à un inférieur, par laquelle un rival heureux était prié de passer, aussitôt qu'il lui serait possible , chez le maréchal de Lamothe, qui aurait une proposition à lui communiquer. m»
L'écrit achevé, relu, plié et cacheté, le prince sonna pour le faire partir. Le page qui accourut tenait en sa main une lettre, qu'il remit d'abord à son maître, avant que celui-ci eiJt fait connaître sa volonté. L'écriture était inconnue au prince, mais l'écusson de Rohan lui apprit d'où sortait la lettre ; il s'étonna que la douairière lui écrivît, lorsqu'à peine ils se quittaient; impatient d'en savoir le motif, il se hâta d'ouvrir la missive... De quelle surprise ne fut-il pas frappé lorsqu'il eut lu la prière que lui adressait,
^94 LT.THJLNGE
iioQ la douairière , mais la duchesse Marguerite, de venir en son hôtel le plus tôt possible!
L'émotion fie son cœur nioUta sur sa figure; le prince relut deux fois, trois fois ce billet inattendu, et sur le champ s'enfonça dans le dédale des conjectures.Que lui voulait mademoiselle de Rohan ? pourquoi l'appeler auprès d'elle? sa volonté aurait-elle changé? y aurait-il repentir, obéissance, amour peutêtre? • :> . ^.
Un a^atit qui conjecîure ne s'arrête plus; les chimères les moins sages lui paraissent des vérités démontrées. Ge fut avec autant d'empressement que d'agitation que le prince de Savoie se hâta d'obéir à l'ordre reçu; il oublia, dans sa vivacité, le billet qu'à son tour il destinait à monsieur de Chabot, et le serra, par inadvertance, dans ses tablettes avec celui de mademoiselle de Rohan. Que defpis^pendant la route, il accusa la lenteur de sou carrosse! il aurait vokulu que ses chevaux
IPRIÈRE. 295
volassent d'une volonté égale à la rapidité de ses pensées. Enfin, il arriva, parce que dans ce monde, il n'estaucun but qu'on n'atteigne, même celui de la mort; il demanda la duchesse: elle était seule dans le salon principal.
Le prince de Savoie , en entrant , fut frappé de la pâleur^ de l'abattement, du désespoir empreints sur les traits de la duchesse ; son ennui était tel, qu'elle avait négligé les soins de la^toilette, et la parure se ressentait de l'état de son cœur ; à peine si elle put se lever pour recevoir et rendre les civilités d'usage; aussitôt qu'elle eut salué elle so laisisa tomber pesamment, plutôt qu'elle ne se rassit, Sa contenance était gênée , sa respiration embarrassée ; il y avait dans ses yeux des larmes et de la douleur.
La conversation, qui ordinairement s^établit entre deux personnes indifférentes, ne commença pas ici aussitôt : l'une et l'autre de celles'là avaient trop à se dire et certainement
396 l'étrange
trop à faire pour démêler, au.milieude tant de pensées tumultueuses et diverses, celle qu'il fallait développer. Un silence prolongé , pé- •nible, régna... il ne finissait point. Monsieur de Savoie, par délicatesse, n'osait le rompre; il ne venait point là volontairement , et ce n'était pas à son urbanité exquise à le rappeler à la duchesse Marguerite.
La duchesse, tourmentée et hors d'avoir assez d'empire sur elle-même, comprenait néanmoins qu'il fallait parler. L'homme qui était devant elle ne portait pas un cœur indifférent,- il aimait, il avait voulu lui plaire, il avait même des droits à sa main; il pouvait croire qu'on ne l'avait mandé que pour les reconnaître , et ce n'était pas là ce que voulait la duchesse, qui, ramassant enfin toutes les forces de son âme et d'une voix enU^coupée de soupirs:
« Monsieur, dit-elle, ma présomption est extrême, et lorsque vous la connaîtrez, elle ne sera excusée que par lestime qui l'a faite
naître. Oui, à un autre que vous je ne demanderais pas la faveur que, sans doute, vous refuserez de m'accorder. »
La duchesse s'arrêta comme pour reprendre haleine et se préparer à poursuivre. Le prince saisit ce moment, et répondant :
« Ah! madame, il faudra que votre prière dépasse les bornes de la volonté humaine , pour qu'elle reste sans succès; mon bonheur serait de vous complaire, je trouverai une consolation dans l'infortune en vous montrant ma détermination à vous obéir, elle ne s'arrêtera que devant l'impossible.
« — Ce que je veux, monsieur, est, je l'avoue, impossible à un homme vulgaire, à ceux que l'emportement de l'orgueil enivre et qui ne sont satisfaits que du chagrin d'autrui ; mais aux âmes pareilles à la votre, les efforts pénibles coûtent moins ; où la vertu aide, elle accomplit ce que les autres refusent d'entreprendre.
« — Dieu veuille, repartit le j)rince avec
298 l'étrange
un sourire mélancolique, que je ne démente point les qualités que vous me supposez !
<( — Monsieur, reprit la duchesse, voyons si vous serez porté à obliger une personne * qui n'en est pas digne , et qui , à défaut de reconnaissance de votre part envers elle, reconnaissance que vous ne pouvez avoir, s'adresse à votre générosité.... Je suis coupable, poursuivit-elle, coupable envers nia mère, dont je trompe l'espoir , injuste envers vous, qui avez acquis le droit de m'accuser de manquera mesengagemens,et néanmoins il me semble que je suis moins criminelle qu'on le pense peut-être. Oh ignore que l'amour dont on se plaint s'est développé dans mon âme si insensiblement que je n'ai pu le reconnaître que lorsque sa force lui a permis de lutter en vainqueur contre moi. Je voyais chaque jour monsieur de Chabot, sa sœur, sa parente, madame de Pienne; je pouvais apprécier son mérite et ses belles qualités; je ne sais comment j'ai passé de l'es-
time à la tendresse , comment a péri en moi l'orgueil de ma famille, le souvenir des unions que j'ai pu contracter, comment enfin, je suis tombée dans une faiblesse profonde; je renfermais en moi cette flamme fatale, je n'osais me l'avouer. Le comte l'ignorait, et je puis dire que sa probité a su pareillement déguiser si bien la passion dont j'étais l'objet, que naguère encore elle m'était complètement inconnue. Ce fut alors que ma mère me parla de vous, alors que dupe d'une erreur funeste, je crus monsieur de Chabot épris d'une autre femme; j'en ressentis tant de douleur j que la possibilité de l'oublier me sembla pouvoir être atteinte. Je voulus l'entreprendre et me liai à vous , mais en ce moment même un nouvel incident me dévoila ce que monsieur de Chabot ressentait pour moi; son amour éclata malgré sa vertu, et quand il m'en eut parlé, le mien se ranima avec une vivacité dévorante; je compris combien je ferais pou pour votre bonheur, que vous
300 l'étuange
méritiez une femme dont Tâme vous appartînt, que ce serait une action odieuse de vous donner ma main en vous refusant ma tendresse ; je me laissai entraîner par la violence de ce sentiment irrésistible, je me refiisai d'accomplir ce que j'avais promis, et je préférai être accusée d'inconstance avant notre mariage, que de parjure après. »
Ici la voix manqua à la duchesse Marguerite, les soupirs d'ailleurs lui auraient coupé la parole; elle s'arrêta donc afin de reprendre du courage, ce qui lui restait à dire lui en prouvait la nécessité.
Quel que fût le mécontentement du prince de Savoie au sujet de la conduite à son égard de mademoiselle de Rohan, cette explication le lui rendit moins amer ; il avait accusé de duplicité la duchesse , d'étourderie et d'imprudence; maintenant il la voyait malheureuse, puisqu'elle s'était trouvée entre ses engagemens d'honneur et son amour; mais si ses torts étaient diminués, elle n'en était
pas moins en refus de tenir sa promesse, en aimait un autre et l'avouait hautement : ce n'était pas le moyen de calmer un ornant, et jusqu'ici aucune satisfaction ne lui était offerte. Qu'avait donc à dire la duchesse? où voulait-elle en venir? l'énigme restait encore toute entière; le prince de Savoie en attendit la solution en se rhaintenant dans un silei^î commandé par les impressions du moment.
« J'ai tout sacrifié à monsieur de Chabot, reprit enfin la duchesse, ma fierté, mon rang; je lui aurais abandonné mon nom s'il l'eût exigé; il ne l'a point fait, et par là me paie, je l'avoue, de ce que je fais pour lui. Mon amour n'est plus un mystère : la cour en est instruite, tout le monde le connaît, me blâme peut-être, parce que nul n'a mon cœur; j'ai perdu, sans doute, dans l'estime de force gens; mes amis auront moins de considération-pour mon caractère, et j'ai ôté à ma vie la meilleure partie de l'éclat dont elle brillait,... ]Eh bien! ces pertes nombreuses
302 l'ktrasge
seront vaines si vous ne consentez à avoir
pitié de moi.
« — Pitié de vous> madame! répondit le prince; est-ce le sentiment que vous devez inspirer? Je vous plains, je vois avec douleur l'obsession qui vous possède, mais aller audelà... Ah! croyez-bien que tout mon chagrin né Vous fera pas celte injure.
« — Ne portez pas sur un autre terrain le sens de mes paroles : j'ai besoin moins de votre respect que de votre générosité; c'est à vos vertus que je m'adresse; je les implore, poursuivit la duchesse en joignant les mains comme on le fait lorsque la prière est fervente; il faut que je leur doive le repos de mon avenir. Vous êtes offensé , soyez audessus de l'offense; assez d'actions brillantes ont manifesté votre bravoure; enchaînez-la à ma voix. Je persiste dans ma faute; monsieur de Chabot ne renoncera pas à ma main; un préjugé funeste vous commandera d'en tirer vengeance , la société maligne vous y
poussera; soyez assez grand pour dédaigner une satisfaction vulgaire, assez compatissant envers mon désespoir ; ne vous montrez pas en amant vulgaire : c'est ce que j'implore de vous, c'est ce qui m'a portée à vous appeler ici; me serai-je trompée dans mon espoir, et ma confiance, la démentirez-vous ? »
A mesure, cette fois, que mademoiselle de Rohan parlait, le prince de Savoie l'écoutait avec une attention extraordinaire; il comprenait enfin ce qu'elle attendait de lui, et certes ce n'était pas un effort commun : pouvait-il, sans se couvrir de honte à son tour, sans endurer le blâme universel et entacher même son honneur, laisser passer sans réparation une pareille insulte? Il savait que quelle que fût la supériorité de son rang sur celui de monsieur de Chabot, une rencontre à main armée était indispensable, que même ce serait à lui à la rechercher, et la duchesse lui demandait de se tenir pour satisfait, de demeurer spectateur tranquille du mariage de
304 l'étrange
son rival. C'en était trop pour un cœur aussi haut placé que le sien, et sa galanterie avait tant à vaincre pour remporter la victoire, qu'elle échoua en ce moment.
La duchesse l'examinait; elle reconnut avec douleur, à la sombre expression de ses traits, la détermination de son âme, et ce qu'elle dit en dernier lieu fut l'effet de tout ce qu'elle éprouva d'affreux; elle aurait voulu employer des supplications nouvelles, mais lui, pour se les épargner, se hâtant de répondre:
«Ah! madame, je craignais avec juste raison que vous ne voulussiez obtenir de moi l'impossible. Votre tyrannie est-elle donc si oppressive que, non contente de ra'accabler dans mon amour, elle prétende encore que je lui immole mon honneur? Toute l'Europe m'a vu à vos pieds; elle sait que votre illustre mère m'a accordé votre main : elle n'ignore pas non plus que votre accession a confirmé mon droit à ce beau présent; elle saura avant peu de jours mon malheur, votre déni de
justice, la gloire d'un rival dans son opinion générale si fort au-dessous de moi ; elle apprendra votre mariage et s'enquerra alors si je suis sans vie et sous quel coup d'épëe j'ai succombé, puisque monsieur de Chabot a pu tranquillement vous conduire à Pautel, et en réponse, on lui racontera ma faiblesse, que l'Europe taxera de lâcheté.... oui^ de lâcheté, madame ; car on ne se laisse arracher un bien si précieux que lorsque l'on manque de courage. Je suis désespéré de ne pouvoir vous complaire, mais souffrez que votre voix soit sans influence là où je ne dois entendre que celle du devoir.
« — Et vous resterez insensible aux larmes que vous me voyez répandre ? et vous préférerez la satisfaction d'une vengeance vulgaire à la victoire que vous remporterez sur votre rival par votre générosité?
« — Cette victoire équivaudrait à une défaite.
306 l'étrange
« Quoi! cette magnanimité que je vous croyais n'existe pas?
« — Elle consiste pour moi, madame, à vous refuser: c'est la preuve la plus complète qu'elle habite mon âme.
« — J'aurais cru que vous l'emploieriez à me sauver et non à me plonger dans le précipice. Mon avenir, monsieur, est tout en vos mains, songez -y : si monsieur de Chabot succombe, je serai déshonorée ,on m'accusera de sa mort ; s'il triomphe , la vôtre me sera non moins affreuse, et le monde ne m'en lavera pas. »
Un geste du prince prouva à la duchesse que ce dilemne l'avait frappé ; elle alors redoublant de véhémence, le conjura de l'épargner, de se grandir assez pour se mettre audessus des exigences communes , qu'elle avouerait partout ce qu'il faisait de surhumain, que sa reconnaissance en aurait autant d'éclat que de durée, et que sa mort, au milieu des angoisses du remords, suivrait certai-
PRIÈRE. âOT
nement, s'il persistait à vouloir ce combat fatal.
Le prince, dont la vertu égalait la délicatesse, dont l'anaour était conforme à la noblesse de ses pensées, se sentit ébranlé, mais non convaincu toutefois; il se rappela alors le billet renfermé dans ses tablettes et qu'il n'avait pas encore envoyé à son rival. Ceci lui inspira une résolution soudaine : il prit ce billet, et le montrant à la duchesse inquiète de ce qu'il allait résoudre et attendant de sa réponse la vie ou le trépas :
« Madame, dit-il, vous satisfaire de tout point m'est par trop impossible: je joue un jeu trop cher, puisque la gloire de mon nom en dépend; néanmoins je ne peux non plus demeurer froid devant tant de larmes. Voici mon appel au comte de Chabot, je vous le confie; si vous le lui remettez, le combat est inévitable; si vous le retenez, tout sera dit; j'aurai fait mon devoir, je le dirai; lui sera libre de ne pas m'entendre. Adieu... Vous
308 l'étrange t>RlÈRE.
avez tant obtenu de ma faiblesse , que moD amotir en souffre et que mon bonneur s'en révolte. Dieu veuille, pour moi, pour monsieur de Cbabot, que vous choisissiez bien! » Et le prince se retira précipitamment.
IJIVE POSITION CRITIQUE.
Dans un cœur généreux par l'amour abattu L'honneur souvent s'éveille au cri de la vertu.
{Tragédie manuscrltt.)
Un laps (le temps considérable s était écoulé sans que mademoiselle de Rohan s'en fut aperçue et eût changé de posture; elle demeurait assise, immobile, anéantie; elle ne voyait ni n'entendait, à tel point se réflexions etsessentimens s'entrechoquaient dans son âme. Le cartel du prince de Savoie
restait dans sa main , où le retenait une puissance intérieure et véhémente.
La marquise de Pienne entra sur ces entrefaites. Son proniier regapd lui apprit la profondeur de la méditation à laquelle se livrait la duchesse; elle avança en faisant du bruit, croyant l'en retirer; ce fut inutile. Elle s'arrêta devant elle, la contempla et attendit, dans l'espérance que ce rêve moral aurait sa fin ; mais comme il se prolongeait par trop, la marquise, pour l'interrompre, voulut saisir le cartel du bout do ses doigts , et se mit à dire en même temps :
« Ce joli petit billet, faut-il l'envoyer à son «dresse?
'tt-^'Ah! s*écria soudain la duchesse avec une expression effrayante et en iô levant'*' inopinément, voulez-vous donc assassiner'' monsieur de Chabot ? »
Cette question extraordinaire, le ton^'" d'ailleurs, avec lequel elle était faite, frappa de terreur madame de Pienne. ^"^^' "^^ '^"*
CRITIQUE, 31 i
^< Que se passe-t-il donc de sinistre? demanda-t-elle.
« — Oui^ poursuivit mademoiselle de Rohan , sans lui adresser une réponse directe «t avec une expression farouche , il y a ici uncoup d'épée, un homme mort, le malheur de ma vie quoiqu'il en advienne... Ah! il faut ignorer ce que ce papier fatal renferme pour mettre tant d'empressement à le retirer de ma main.
« — S'il contient tout ce que vous dites et qui est si horrible, repartit la marquise, mon ignorance deviendra ma meilleure excuse.,. Il y a, continua-t-elle , quelque chose de mystérieux dans ces paroles qui n'est pas moins effrayant; vous plairait-il de me le faire connaître? mon amitié pourrait peutêtre vous offrir des consolations, sinon un bon conseil.
« — Ce dernier ne me serait pas moins nécessaire que l'autre, dit la duchesse achevant de revenir à elle : je suis dans une de ces
situations extraordinaires, terribles, déchirantes. Oh! qui m'en délivrera, me sauvera d'un désespoir sans exemple?
« — Je le tenterai ; je vous suis trop attachée, en vous disant vrai, pour ne pas essayer de diminuer, par mes soins, l'amertume de sa sincérité.
^^^ii — Monsieur le prince de Savoie sort d*ici, répondit la duchesse.
« — Et il est venu en amant furieux et désespéré ?
j,^« — Non; en homme d'honneur, rempli de loyauté et de complaisance. 3Iais ce billet, cet affreux billet!
^,./< — Eh bien !
«f — C'est son cartel au comte de Chabot.
« — Et c'est vous qu'il en a chargée? répliqua vivement la marquise; ce procédé est par trop étrange; est-il convenable, délicat?.. Je m'y perds.
« t; Ne soyons pas , vous prompte à juger.
et moi lente à rendre justice au caractère le plus noble qui existe : monsieur de Savoie ne manque ni de délicatesse , ni de générosité. Ecoutez-moi, si j'ai la force d'aller jusqu'au bout de mon récit, »
La duchesse raconta, dans ses moindres détails, la scène décrite au chapitre précédent, et mit dans tout son jour, avec une équité parfaite , la magnanimité de son amant dédaigné. Elle fut écoutée avec autant d'intérêt apparent que de peine cachée, la marquise s'abstenant de rien montrer de son opinion intime ; elle comprenait toute l'importance de la position. Mademoiselle de Rohan> lorsqu'elle eut fmi les détails qui coûtaient tant à son cœur , ajouta:
« Telle était la source de la rêverie où vous m'avez vue plongée, celle de ma douleur sans borne, d'une incertitude non moins cruelle.
« — Une incertitude ! ne put s'empêcher de dire la marquise ; je ne vous comprends pas<
« — Je vous ai donc mal rapporté les paroles du prince? H me laisse le choix ou d'anéantir son cartel ou de le remettre.
« — Et vous résolvez.....
« — Pourquoi me faire cette question?
pourquoi retourner le couteau dans la blessure? Suis-je en état de vous répondre, de rien résoudre ? ai-je une volonté possible, une détermination arrêtée? je n'ose mérne entrevoir ce que je déciderai.
« — Je partage votre embarras,
« — Vous n'approuveriez-donc pas la destruction du cartel ?
« — J'y vois des difficultés sans nombre, » répondit madame de Pienne ep hésitant. La duchesse soupira, ses traits s'assombrirent encore davantage; puis, reprenant ;
« Et me conseilleriez-voas de le faire tenir à monsieur de Chabot? »
La marquise garda le silence. Mademoiselle de Rohan l'imita; mais entraînée par l'émotion de son cœur :
CRitiocB. 515
« Et si je le fais , je tue celui que j'aime , je peux l'appeler à la mort ; j'y volerai aveclui. Ah! madame, que je suis infortupée, et que la Providence a déjà bien vengé mes parens! La raalédictioii de ma mère s'accomplit à l'avance; c'est elle qui m'a conduite où je sjjfi?; de quelque côté que je me tourne, je n'aperçois qu'un sinistre avenir : d'une part, le trépas de monsieur de Chabot , que j'aime plus que ma vie, de l'autre, son déshonneur, pire que son trépas. Voudrai-je d'uq époux flétri? ou plutôt lui-même vou' dpa-t^jl d'une ^emme qui aura fait peser suivi \u,\ tant; d'opprobres et le mépris de sçs égaux? le laisserai-je, en lui cachant l'appel du prince, au-dessous de la fortune que je lui offre, et en le lui donnant, l'empécherai-je d'y monter?
« Vous êtes bien à plaindre ! dit madame de Pienne en serrant la duchesse dans ses bras; je ne me sens pas la force dont je me suis
d'abord targuée; je ne peux vous aider par aucun avis.
« — C'est , reprit la duchesse avec encore plus d'amertume, me faire connaître la sévérité de votre opinion. Vous êtes de ces femmes pour qui les applaudissemens du monde sont tout... et moi... je dois être la fille du duc de Rohan. Est-ce à qui sort de ce sang héroïque à pencher vers une indignité? Eh bien! sachons mourir; je n'ai pas dû m'attendre , lorsque je me suis laissée aller à mon amour, que toutes les difficultés applanies devant moi me laisseraient marcher sur un chemin semé de roses; j'ai dû prévoir- une ' route sombre, âpre, hérissée d'épines, semée de ronces. J'y suis , je la parcours; qu'elle me mène à la tombe : un peu plus tôt , im peu plus tard, qu'importe, puisqu'il fautiJ toujours arriver au terme ! Je rendrai le cartel à monsieur de Chabot.
« — Ah ! il est sauvé , s'écria madame de Pienne; et vous, ma noble amie, qu'on ne :
dise plus que vous avez dégénéré des Rohan : cet acte dernier et sublime vous relève, en cas de besoin, de toute roture morale. Pairesse de France, on ne brisera pas votre écusson.
« — Et mon cœur ne sera-t-il point déchiré? quel supplice plus affreux impose-ton à l'infâme?
« — Et la paix de votre conscience , la certitude de votre devoir rempli ! Oh 1 mon amie , avec quel chagrin je vous aurais vue au-dessous de vous-même, déshonorant monsieur de Chabot! I^e cartel du prince est glorieux; mon cousin y répondra comme il le doit, et quant à l'issue du combat, fiezvous à son courage et à son adresse. »
Ces derniers mots, dont madame de Pienne espérait beaucoup, ne furent pas entendus, la duchesse étant retombée dans sa morne mélancolie où elle se trouvait lorsque la marquise était survenue; des larmes roulaient de ses yçux et sillonnaient ses joues; elle san-
318 l'NE POSITIOîl
glottait; à la force d'âme d'une fille du maréchal de Rohan, avait succédé de nouveau la faiblesse d'une amante passionnée, qui venait de se décider au sacrifice le plus douloureux.
Il fallait respecter son désespoir; la marquise le fit en ne lui parlant plus. Qa'avaitelle à dire, puisque par son habileté elle venait de remporter une victoire supérieure à toutes celles que déjà elle avait su si bien gagner sur le cœur de mademoiselle de Rohan?
Il n'y avait en ce lieu que chagrins et que larmes. La duchesse, toujours plus agitée, regardait d'un œil fixe et avec une terreur douloureuse ce cartel funeste qu'elle n'avait pas encore abandonné et qu'elle serrait avec force par un mouvement machinal et convulsif. La marquise, non moins inquiète, quoique, ai-je dit, charmée de la tournure que la délibération avait prise, se tenait auprès de son amie pensive et mélancolique.
Le comte de Chabot fut introduit sur ces entrefaites; familiarisé depuis long-temps avec le cérémonial de l'hôtel, il le faisait suspendre ou le laissait exécuter à son égard selon qu'il lui plaisait; tantôt il allait vers sa sœur, tantôt sachant la duchesse occupée, il voulait l'attendre dans une pièce de l'appartement, sans permettre qu'on allât la prévenir qu'il était là. Les domestiques, qui le voyaient accueilli avec tant de prédilection et une politesse si affectueuse, avaient pris l'habitude de se conformer à son commandement, et cette fois il leur avait ordonné de le laisser entrer sans l'annoncer. On lui avait appris que la maîtresse du logis était seule avec madame de Pienne.
A son aspect , mademoiselle de Piohan poussa un cri de désespoir, essaya de se lever, ne le put, tant ses forces trahirent son désir, et une pâleur effrayante remplaça avec spontanéité le pourpre sombre de ses joues ardentes, La marquise, d'une main, implora son
320 UNE POSITIO?»
amie d'avoir de la fermeté, et de l'autre, fit signe au comte d'avancer, car il s'élait arrêté à l'acte d'effroi manifesté par celle qui lui était si chère.
« Est-ce, donc mon apanage, dit-il avec l'expression de l'amour le plus tendre, de vous épouvanter ainsi? ma présence inopinée en est-elle la cause? Je croyais vous trouver en compagnie, et j'éprouve un vif regret....
« — Oui, répondit la duchesse anéantie, je ne le cacherai pas : votre présence me trouble , elle m'enlève le reste d'énergie et de raison que je possédais encore. Ah! combien j'eusse été moins à plaindre , si jamais plus vous ne vous fussiez offert à mes regards ! »
Ceux de monsieur do Chabot , à cette phrase étrange , errèrent alternativement -le la duchesse à la marquise, comme pour leur demander une explication de ce qu'il entendait sans pouvoir le comprendre ; aucune n'eut le courage de condescendre à
CRITIOLE. o21
sa volonté, et se maintinrent dans un silence qui ne fit qu'ajouter à son inquiétude » car lui aussi commença à en éprouver beaucoup. « Vous êtes donc bien changée envers moi, ou j'ai dû me rendre à mon insu prodigieusement coupable pour que vous soyez dans la nécessité de former ce souhait? Mon cœur, que j'interroge, ne me reproche rien néanmoins , et quand aux poisons que la calomnie a pu répandre, je me flatte de les faire connaître dans tout ce qu'ils ont de hideux et d'imposteur. Et vous , madame, poursuivit-il en s'adressant à la marquise, si vous êtes instruite de ce qu'on me reproche, ne me le sigoalerez-vous pas, afin que ma justification soit aussi prompte qu'éclatante? a — Nul ne vous accuse, nul ne vous calomnie , répondit celle-ci ; mais la destinée place notre noble parente dans une situation tellement affreuse, qu'elle inspirerait de la pitié à son plus mortel ennemi.
a — Et;on me taira cette cause fatale? re- T. II. 21
prit vivement le comte, et on aura assez peu de confiance et d'amour pour m'interdire de m'en aifliger aussi? Oh! madame, dit-il à la duchesse, parlez, parlez-moi, je vous en conjure. Mon coeur est ému; il se livre déjà à des prévisions funestes; rassurez-le. Vous vivez, et du moins je n'ai rien à craindre pour vous personnellement.
« — Plût à Dieu! dit enfin la duchesse, dont les yeux recommencèrent à verser des larmes en abondance, que je fusse menacée dans la. conservation de mes jours! vous me verriez moins affligéç; mais lorsque j'ai à trembler pour les vôtres, lorsque raoi-raéme j'ai la commission fatale de vous conduire à la mort, est-il possible que je demeure calme et non brisée sous un coup pareil?
« — Mais, reprit monsieur de Chabot tout à la fois étonné et calme, votre propos est par trop incompréhensible; si j'examine ma conduite passée, je n'y trouve matière aucune à être appelé devant le parlement; je suis le
fidèle sujet du roi, et je doute que si on a voulu me faire passer pour conspirateur, cette
menterie ait grand succès Cependant vous
me faites l'honneur de me dire. ... Au nom de ce qu'il y a de plus sacré pour vous, expliquez-moi ce que vos paroles ont d'obscur. ; ./f jr— A quelle extrémité vous me poussez! que demandez-vous à ma tendresse? vous ignorez la dureté de ce sacrifice.,. Mon Dieu ! mon Dieu! poLirsuivit la duchesse en joignant les mains, je te parais donc bien criminelle, puisque tu me punis avec cette rigueur? »
Ce mouvement mit en évidence le billet du prince Louis et l'éleva presque à la hauteur des yeiix de monsieur de Chabot; i( les y porta involontairement et reconnut le cachet; alors, à son tour, la jalousie entra dans son âme et la colère en même temps; il s'imagina que le prince avait porté contre lui une accusation inconvenante, et pour s'en éclaircir, il dit d'une voix qu'il essaya de conserver non altérée:
3i4 IIÎIE POSITIOX
« Voilà cortainenient une. lettre de monsieur (le Savoie. »
La duchesse, à ces mots, tressaillit et l'émotion de ses traits en augmenta ; ce ne fut pas propre à diminuer les soupçons du comte, qui reprenant la parole:
a Et cette lettre, vous l'ave?, lue sans doute ?
a — Que la Providence m'en préserve ! répliqua la duchesse impétueusement.... elle n'est pas d'ailleurs à mon adresse.
« — Dans ce cas , dit monsieur de Chabot en avançant la main pour la prendre, si elle lui était abandonnée, voulez- vous me charger du soin de la remettre à qui on veut l'envoyer ? »
Mademoiselle de llohan ^ au lieu de la lui , donner, la retira en la serrant avec plus de force.
« Non, non, dit-»elle; je n'aurai pas cette fermeté odieuse ; on a trop espéré de mon courage. IMadame, continua-t-elle ou s'adres-
CRfTIQl'E. 325
sant à la marquise, je dénie tout ce que vous avez obtenu de ma faiblesse ^ et si mon amitié vous est chère, je vous impose un silence éternel.
« — La perdre ïn'anéantirai! , repartit la marquise, mais c'est un holocauste auquel je me résoudrais si j'avais à sauver votre honneur et celui de mon cousin ; vous savez que l'un et l'autre sont en péril de se perdre, et je dois venir à leur secours.
« — Taisez-vous, taisez -vous, marquise; oh! ne dites pas uu mot qui nous perdrait tous.
« — Et comment ne pas le prononcer, lorsque notre avenir en dépend ? Et quoi ! vous consentiriez à flétrir l'homme dont vous voulez faire votre époux? vous préféreriez exposer sa réputation plutôt que sa vie? Il vous aime, sans doute, autant qu'il peut aimer; mais ce choix qu'il doit faire ne le laissera pas uu instant dans l'incertitude,
Allons, fille d'un héros, achevez de monter à la hauteur où s'est maintenu votre père^ »
La marquise s'arrêta un instant; la duchesse ne parla ni pour persister à vouloir qu'elle se tùt, ni pour accorder une permission qui lui paraissait si pénible, et madame de Pienne, interprétant ce silence à l'avantage de la vertu, se tourna vers le comte, toujours plus stupéfait de ce qui se passait devant lui et dont la surprise extrême éclatait dans toute sa personne:
« Monsieur de Chal)ot, dit-elle, ce billet est pour vous. »
Si la duchesse n'alla point de vie à trépas à ce moment terrible, c'est que la Providence vint visiblemenî; à son secours; tous ses nerfs se contractèrent, sa charmante figure se décomposa.
Ln long et déchirant soupir échappa à son cœur; on aurait dit le dernier souffle exhalé de son existence. I-a marquise se précipita vers elle, la prit dans ses bras et en
CRITIOUE. 327
même temps lui fit respirer im flacon rempli de sels bienfaisans; la duchesse, immobile et roidie, ne put la remercier de ses soins. La marquise, la voyant presque insensible par l'excès de son accablement, retira d'entre ses doigts glacés et roidis le cartel du prince de Savoie et le remit au comte, qui se hâta de l'ouvrir-
, Alors, mademoiselle de Rohan revint à elle; ses yeux se rallumèrent, et ce fut pour interroger le comte avec tant d'expression, que la bouche n'eut pas besoin de s'ouvrir pour interprêter leur volonté.
«Ce n'est, dit monsieur de Chabot, eu présentant l'écrit à la marquise, qu'une invitation posée du prince Louis pour avo'r à me rendre chez le maréchal de La Mothe, aujourd'hui, à l'entrée de la nuit.
« — Ce n'est donc pas un appel qui vous est fait? demanda la diiciiesse avec anxiété.
« — Non pas précisément, quoique à bien dire, il ne sera guère possible qu'il ne vienne
328 t'NE POSITION
pins tard ; cependant l'insulte ne le devance point. Le maréchal-duc est, d'ailleurs , un homme sage et très propre à décider du point d' honneur ; je vais me rendre chez lui avec deux amis, afin que les bons conseils ne me manquent point, et j'espère que ceci finira plus heureusement que vous le craignez.
« — Ah! monsieiu" de Chabot; répondit mademoiselle de Rohan, songez que mon existence dépend de la vôtre.
« — Cette pensée me rendra invincible , s'écria le comte.
« — Vous vous battrez donc ? vous vous battrez?....
a — Madame, il est, parmi les gentilshommes, des règles dont rien ne nous dispense et que l'amour, malgré son pouvoir,
ne peut abroger. Mais , comment cette lettre s'est-elle égarée, et comment, à mon adresse,
est-elle venue en vos mains ?»
JMalgré toute la passion que mademoiselle
de Rohan éprousait, le sentiment de l'hon-
cRiTiot'E. ;>29
neiir,qui parle si haut clans les belles âmes, s'éveilla avec tant d'énergie dans la sienne à cette question, qu'elle se sentit honteuse d'avouer elle-même la pensée timide quo d'abord elle avait écoutée. Madame de Pienne, habile à connaître ses sensations cachées, devina celle-ci, et venant encore au secours de son amie, fit le récit que naguère elle avait entendu, ayant soin de présenter l'action du prince de Savoie sous un aspect favorable , et la conduite hésitante de la duchesse comme le résultat d'une victoire fatale que la tendresse aurait presque remportée sur le devoir.
Le comte l'écouta avec intérêt, et, néanmoins , ne se retint pas de manifester combien il aurait été malheureux si , par un amour aveugle, mademoiselle de Rohan se fi\t déterminée à ne pas lui remettre le cartel qui devait ou le déshohorer ou lui aider à fournir la preuve qu'il était digne de tous les avantages que la fortune lui destinait.
Ce fut avec de grands ménagemens, avec des paroles remplies de délicatesse qu'il exprima sa pensée. La duchesse ne l'entendit que trop bien, et secouant mélancoliquement sa belle tête, où éclatait toujours un chagrin si profondément senti :
« Je me reconnais coupable, dit-elle, et toutefois, je me sens plus portée à regretter de ne pas m'étre maintenue dans ma faute, plutôt que de m'en être écartée ; oui, je sens combien j'ai tort , mais combien aussi il y a de la faiblesse dans l'amour extrême : il voit autrement que le reste des hommes. Votre honneur, sans doute, m'est cher, mais vous perdre m'est horrible. »
Le comte, lieureux d'un attachement si parfait, essaya de consoler et de rassurer la duchesse : le combat qu'elle redoutait pouvait ne pas avoir lieu ; !uî i.e porterait à l'entrevue aucune aigreur, aucune forme roide et pointilleuse ; il soumettrait la décision du cas aux quatre émoins, qui, sans doute, se-
CRITIQIJE. 334
raient présidés par le maréchal de La Mothcj et, pour peu que le prince de Savoie fût rai* sonnable , tout pourrait s'arranger nmicalement.
« Prenez pour second monsieur le prince, dit la duchesse.
« — Ce second, repartit le comte, tarderait peu à devenir le premier ; sa présence serait tellement influente , qu'elle violenterait toutes les volontés. D'ailleurs, oserais-je lui demander un tel excès de faveur ? me l'accorderait-il? Userait, je le répète, plus nuisible qji'avantageux à ma cause, et ma réputation en souffrirait. Je prendrai un de vos amis, qui est le mien, le marquis de Senneterre; le duc de La Rochefoucauld ne me refusera pas non plus son concours, et avec ces deux conseils, je présume que tout se passera dans l'ordre.
« — Et s'ils le veulent, vous descendrez sur le pré?
« — Il ferait beau voir, repartit le comte
332 OE POSITION CïtlTlQUE.
en souriant, que je fusse là-dessus d'un autre avis que ces messieurs. »
Mademoiselle deRohan comprit combien sa question était peu convenable , mais elle aimait et avant tout voulait que son amant vécût. Lui, cependant, sentait la nécessité de se rendre à l'invitation du prince de Savoie, et en essayant de donner à l'âtne de la duchesse une partie du courage dont la sienne était remplie, il prit congé et s'en alla.
Il ne le put néanmoins sans s'être eUjO^agé solennellement à envoyer ua page vers la duchesse, qui lui apprendrait ce qui se serait passé avant que le comte pût venir lui-même en répéter les détails.
VNE EXPLICATION E.\ CE TEMfS.
Chaque époque a des formes qui lui sont parliculières
et que dans d'autres temps ou ne comprend pas.
Jtu 2 u '. >/ii .'( . '. <isi iuirv
Mademoiselle de Roban, quoique frappée au plus vifdesonâme d'une douleur par trop mêlée d'effroi , avait eu plus d'énergie en présence de monsieur de Chabot qu'elle ne fut maîtresse d'en conserver aussitôt après son départ; dès qu'elle ne le vit plus, elle tomba