DN COEUR
Gela fut dit comme en passant, comme règles établies, connues et rappelées uniquement pour la forme. Enfin, le prince mit dans sa persistance tant de chaleur et de délicatesse, que la duchesse Marguerite commença à se réconcilier avec sa position.
L'habile négociateur avait trop l'habitude du grand monde et fait une étude trop approfondie du cœur humain, pour ne pas deviner la victoire qu'il remportait en ce moment; il acheva de la décider, en exposant à la duchesse la uécessité où il était d'être avoué fermement par elle pour la protéger, pour prendre en main la cause de monsieur de Chabot contre le duc d'Orléans.
«Celui-ci tient, dit-on, à honneur que vous épousiez le prince de Savoie; j'aurai donc à faire la forte partie; néanmoins, tout faible, tout chétif que je suis, je tenterai de résister à un parangon «.le cette importance. »
Ceci fut dit avec ce ton d'humilité su-
TRIPLIMENT ATTAQUÉ. 63
perbe qui convenait si bien à ce jeune vainqueur.
« Ainsi, poursuivit-il, vous m'avouez dans cette belle entreprise; dites, dites-le, madame : un mot suffira, et je serai tout à vous.
ce — Ah! prince, répondit enfin la duchesse, qui jusque-là gardait un silence opiniâtre, que me demandez-vous?
« — Rien pour moi, madame, rien pour ma gloire, quoique maintenant elle soit compromise par la volonté impérieuse de Monsieur; mais tout pour un homme d'honneur qui vous adore et qui est dign»^ d'être aimé.
« — Vous plaidez sa cause de manière à vous acquérir sa reconnaissance éternelle; mais moi, que dois-je faire? manquerai -je à mes devoirs, à la modestie, à l'ordre de ma mère? sais-je d'ailleurs si monsieur de Chabot m'aime véritablement? C'est peut-être en lui une de ces flammes passagères d'autant plus vives, qu'elles ont moins de fonds ; il prend