‹ Mademoiselle de RohanChapitre 6 sur 30 · UN COEUft · texte numérisé non relu

UN COEUft

serez-vous pas, si vous me refusez avec cette persistance? Vous vous êtes engagée....

(f — Et vous voulez que je manque à mon serment, que mou déshonneur suive mon parjure?

« — Je voudrais que vous fussiez heureuse ; le serez-vous avec un homme que vous n'avez pas choisi?

« — Hélas! quoique je fasse ^ je ne sais comment j'échapperai à ma perte , lorsque mes amis s'attachent à me pousser dans le précipice.

'< — Et vous m'accusez, et vous ne craignez pas que je tombe dans le désespoir! reprit le comte avec une nouvelle vivacité.

« — Ah ! monsieur de Chabot , pourquoi vous ai-je connu?»

Et les larmes abondantes qui couvrirent le visage de la duchesse l'empêchèrent de continuer.

« Je ne devais pas m'attendrc qu'un jour 'tiendrait où ce serait pour vous chose de

douleur et où vous me l'imputeriez en crime. Je suis bien malheureux ! »

Pendant que ce dialogue rapide avait lieu, le prince deCondé, se laissant aller à sa mine moqueuse, regarda, en arrière de mademoiselle de Rohan , la marquise de Pienne, fit signe à celle-ci de le suivre, et tous les deux passèrent dans la salle voisine; là, monsieur le prince dit :

«Maintenant, madame, puisque l'on en est aux querelles, le racomraodement ne doit pas être loin, et l'aveu dont nous avons besoin ne tardera pas à le suivre. Ma présence n'est plus utile ici à monsieur de Chabot; je pars. Vous présenterez mes respects à la belle duchesse et lui ferez mes très humbles civilités. Ce sera désormais au Palais-Royal que je chercherai à lui être agréable. »

Et il s'éloigna aussitôt.

On ose écrire souvent ce qu'on n'oserait dire.

Marivaux.

Le prince de Condé avait cru avec raison que son départ ne serait remarqué ni par mademoiselle de Rohan, ni par le comte de Chabot; tous les deux étaient alors dans cet enivrement d'une passion qui, elle aussi.

donne des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre. En effet, dans celte circonstance, les deux nssistans se retirèrent sans qu'on songeât à les retenir, sans qu'on remplît surtout envers le prince les devoirs dûs à son rang.

Madame de Pienne y suppléa de son mieux au nom de sa parente , et néanmoins n'alla pas au-delà des premières antichambres; puis , elle revint , retraversa le salon et retourna sur le balcon, d'où elle vit s'éloigner son altesse sérénissime, venue avec une sorte à? incognito y puisqu'il n'y avait dans le carrosse avec elle (M. de Chabot étant demeuré) que MM. de Châtillon et de Noirmoutier. Le prince se pencha à la portière et salua de nouveau en riant la marquise , charmée de la tournure que l'affaire prenait.

Tandis qu'avait lieu ce que je viens de décrire, la conversation continuait avec une égale chaleur, et au dernier propos du comte, que le lecteur retrouvera à la fin du chapitre

dernier, mademoiselle de R.ohan répondait :

« A qui la faute? à votre présomption, à votre folie. Ne pouviez -vous me voir sans m'aimer?

« — Et qui serait admis dans votre intimité sans éprouver tout ce que j'ai ressenti ? J'ai pu vous surprendre à toute heure dans ces instans où, libre à Pintérieur, un caractère nejse déguise plus; eh bien! le vôtre n'a point cessé de se maintenir dans une égalité admirable , et en vous observant de près , je n'ai découvert en vous que de nouvelles vertus. »

Et cela était dit avec une effusion de cœur si vraie , si enivrante, ses yeux remplis d'amour brillaient de tant de crainte et de feu , qu'il devenait difficile à la duchesse de continuer à auereller un amant à son tour si parfait. Sentant sa faiblesse, elle essaya alors de transporter ailleurs le champ du combat.

« Non , vous n'avez eu aucune pitié pour moi; vous n'avez pas vu combien votre

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amour me rendrait malheureuse en m'exposant au blâme de toute la cour. Vous êtes jeune , je ne le suis pas ; et sera-ce vous offenser que de vous rappeler qui a prétendu à ma main, et surtout à qui je suis fiancée ? « — J'avoue, reprit le comte, que mon tort est de n'avoir fait attention à votre position relevée que lorsqu'il n'en a plus été temps ; quant au reste , je ne sais si je suis trop jeune ou si vous ne l'êtes pas assez ; si nos deux cœurs s'entendaient également , toute distance serait effacée. Je sais que le monde serait jaloux de mon bonheur; je sais qu'en m'appelant à vous, un tel bienfait si supérieur à mon espoir me chargerait éternellement de la plus douce comme de la plus vive reconnaissance, et que ma vie entière ne suffira pas à vous en témoigner ma gratitude... Oh! poursuivit le comte avec un redoublement de chagrin , combien de fois la pensée de votre rang, de votre fortune, de ces avantages hors de vous , m*ont plongé dans un

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désespoir amer ! qu'alors je formais le désir insensé de vous voir perdre tous ces dons du ciel 1 et réduite à cette misère , qui aurait été si favorable à mon amour.... à cet amour libre dans ce cas d'éclater sans être accusé paria malice humaine.... Mais non; vous possédez en vertus, en charme, en richesse, en grandeur , tout ce qui vous éloignera perpétuellement de moi ; et puis vous direz que je ne suis pas à plaindre.

« — L'êtes-vous réellement?»dit la duchesse d'une voix à tel point affaiblie , que ses paroles furent moins entendues par les oreilles que par le cœur du comte de Chabot. Un regard les accompagna, et tout ce qu'il disait acheva de plonger un amant délicat dans un océan de bonheur , puisque son ame pouvait s'ouvrir à l'espérance ; il n'en devint toutefois que plus tendre, plus impétueux, et il se mit à dire :

« Je le sera; , si vous me maintenez dans

une incertitude cruelle , si vous ne me marquez aucune pitié.

« — Vous êtes si rempli d'ëgoïsme, répondit la duchesse d'un ton de reproche, que vous n'hésiteriez pas à me couvrir de confusion devant M. le prince , dont j'admire la patience et la bonté, j

 ces mots, elle regarda du côté de la cheminée, ne vit pas celui qu'elle cherchait. Ses yeux le demandèrent dans le reste du salon, sans l'y rencontrer non plus ; mais ils arrivèrent à madame de Pienne , qui comprenant leur surprise, rentra du balcon, et venant à son amie ;

«Notre héros, dit-elle, vous a quittée, jugeant sa présence inutile. J'ai rempli votre rôle auprès de lui.

« — Et vous m'avez abandonnée ou plutôt livrée à ce téméraire , à cet indiscret. »

Le peu de rudesse que mit mademoiselle de Rohan à prononcer ces paroles et la présence de la marquise donnèrent une telle

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hardiesse au comte de Chabot , que s'emparant de la mainlevée pour le mieux désigner comme étant celui que l'on qualifiait ainsi , il y déposa un baiser de flamme , dont le contact fit tressaillir la duchesse en achevant de lui enlever le reste de sa foi'ce et de sa raison. La main ne fut pas retirée; le coupable renouvela son offense.

« Ah! monsieur, quel avenir se prépare pour moi ! lui fut-il dit d'une voix mêlée de soupir.

« — Ma tendresse tachera de vous sauver des terreurs que vous concevez. Oh ! comme je serais réellement criminel si jamais mon ingratitude... Madame, je vais mourir à vos pieds si vous ne fixez mon sort sans retour.

<( — Qu'il y a peu d'égard et de vertu dans cette insistance! dit la duchesse en s'adressant à madame de Pienne.

« — Vous accusez à tort notre cousin, repartit celle-ci : le bien qu'il souhaite a tant de valeur, qu'il lui est permis do ne pas cire

tranquille s*il n'a la certitude qu^on ne le lui ravira pas. Vous-même n'éprouvez-vous pas le besoin de vous montrer généreuse, d'accabler de tant de trésors ce gentilhomme qui ne peut les payer que de son amour?

« — Et ce serait assez, s'il était sincère, » répondit mademoiselle de Rohan, qui en même temps se jeta dans les bras de la marquise, tandis que M. de Chabot, ivre de joie, s'abandonnait au délire du bonheur ; assuré d'être aimé, se voyant désormais l'époux de celle dont la possession avait pu jusque-là être l'objet de ses rêves et non la pensée de la réalité, que lui manquerait-il désormais?

La duchesse, une fois qu'elle se fut laissée aller à convenir de sa faiblesse, ne revint pas sur un fait avoué et partagea avec autant de plaisir que de retenue l'ivresse dont ne sortait plus le comte de Chabot. Madame de Pienne, de son coté, ressentait une satisfaction presque aussi vive du succès de son manège; car elle devinait que sans ses^^ soins,

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que sans son habileté, le rapprochement des deux amans n*aurait pas eu lieu , et euxmêmes n'apercevaient pas l'importance du rôle qu'elle avait pris dans l'histoire de leur amour.

Lorsque le premier moment de délire fut passé , lorsque des genoux de la duchesse , M. de Chabot, se relevant, se tint debout devant elle, possesseur encore de cette main qu'on ne lui disputait plus, mademoiselle de Rohan se mit à dire :

« Aveugles que nous sommes, nous nous réjouissons, et néanmoins, que tout autour de nous est incertain et menaçant !

« — ]Ve vous épouvantez pas plus qu'il ne le faut , répliqua la marquise; l'essentiel est fait, le reste suivra.

« — Et ma mère , et le prince de Savoie , et mes engagemens , et le monde , et Monsieur.

«—Votre mère, répondit la même personne , persistera dans son injustice ; vous

devez le craindre et en gémir. M. de Savoie aura autant de raison que de générosité; il vous dégagera lui-même d'une promesse extorquée par une sorte de violence. Le monde, qui vous occupe, vaut-il bien la peine de s'en inquiéter ? Quant à Monsieur, nous lui opposerons la reine , le cardinal , et par- dessus tout M. le prince : celui-ci est homme à tenir tète avec avantage à l'univers entier.

« .— Votre imagination riante , dit la duchesse, vous montre tout facile; vous avez pourtant, ce matin, entendu ma mère et de quel horrible châtiment elle m'a menacée. Oh! si Dieu ratifiait sa colère ! »

Le comte de Chabot demanda qu'on lui expliquât ce qu'il entendait, et mademoiselle de Rohan le mit en mesure de juger des incidens nombreux de la journée. Ce fut avec un chagrin sincère qu'il apprit l'alternative dans laquelle l'altière veuve avait placé sa

fille; il s'en alarma pour cette dernière, et avec une générosité digne de ses sentimens, il s'écria qu'il consentait à demeurer le plus malheureux des hommes plutôt que d'attirer sur le front de mademoiselle de Rohan la malédiction de sa mère.

« Il n'est plus temps, monsieur, de revenir sur ce qui a eu lien , répliqua la marquise; mademoiselle de Rohan n'accepte point un sacrifice que vous avez trop retardé; elle répond à votre amour, elle l'avoue; pourraitelle maintenant épouser M. de Savoie? »

L'adresse de ce propos ne manqua pas son effet; il avait en apparence l'air d'un reproche adressé au comte, et en réalité il achevait de lier la duchesse. Celle-ci confirma ce qui l'enchaînait sans retour, et néanmoins ne cacha pas l'effroi inspiré à son cœur par tous les chocs qu'il aurait à soutenir.

Les heures s'écoulèrenl a\ec rapidité , U soirée déjà était assez avancée, lorsqu. t,\

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marquise pensa qu'il était temps d'envoyer M. de Chabot à la recherche du prince de Condé.

«r II lui doit, ajouta- 1- elle , le récit de ce qui vient de se passer ; il convient que désormais, autant en votre nom qu'au sien, il redemande la continuité de son assistance.»

Les amans avaient de la peine à se séparer, tîiais ils cédèrent aux conseils de leur amie commune et aux convenances plus impérieuses encore. La marquise demeiu'a pendant quelque temps après le départ de M. de Chabot , employant ces heures à raffermir le courage de mademoiselle de Rohan.

Elle s'exagérait les embarrasdesa position, quoique en réalité ils ne fussent pas médiocres ; elle ne voyait qu'avec terreur le moment où il faudrait faire à sa mère l'aveu de ce qu'elle continuait à appeler sa faiblesse. Que la colère et les calculs de cette dame si hautaine, si orgueilleuse de son rang, lui pa»

raissaient terribles î comment les éviter, ou plutôt comment les soutenir?

« Vous y parviendrez, lui fut-il répondu , en employant autant d'énergie que de respect, en supportant les reproches , en résistant aux actes ayant pour but de vous enlever à M. de Chabot. Vous êtes maîtresse absolue de votre volonté ; l'empire actuel de madame de Ptohan ne repose que sur votre déférence ; faites en sorte qu'il n'aille pas au-delà , et vous finirez par triompher. »

La duchesse Marguerite ne voyait pas tout cela aussi facile qu'il le paraissait à madame dePienne; et lorsque, plus tard et quandelle entra dans son lit^ ce ne fut pas avec l'assurance qu'elle y trouverait le repos; mais du moins, pendant cette même nuit , l'agitation à laquelle mademoiselle de Rohan demeura livrée ne fut pas exempte de douceur. Jusqu'alors il lui avait fallu combattre contre son penchant, parce qu'en ayant une sortç lie honte, elle n'osait se l'avouer; maintenant,

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au contraire, que 31. de Chabot en était instruit , ses pensées se portèrent sur le charme d'un hymen avec un homme si passionnément aimé et si digne de l'être.

L'amour partagé est nécessairement heureux; son imagination est riante; il sème de fleurs le chemin où naguère il ne voyait que des ronces épineuses ; il brillante cet avenir dont tantôt l'obscurité lui faisait tant de peur; son prisme, enfin, colore ce qui naguère lui semblait terne et défaillant.

Ce fut dans ces nouvelles dispositions que lejour suivant la duchesse se leva. Jamais elle ne s'était montrée plus prévenante, plus affectueuse, surtout envers sa parente de nom, mademoiselle de Polduc, en qui elle avait à faire oublier ces brusqueries involontaires nées de la jalousie dont elle était trop bien revenue. La jeune Marie de Chabot eut une part non moins grande à ses caresses, et parce qu'elle était heureuse , son bonheur rejaillissait nécessairement sur ses alentours.

L'ëcuyer de M. de Chabot, conduit par le chevalier de Kersan, lui apporta sur ces entrefaites une lettre de son maître. Ce n'était pas chose extraordinaire dans l'hotél : M. de Chabot, chargé souvent par la duchesse d'une multitude de soins extérieurs, lui écrivait parfois pour lui en rendre compte ; nul donc ne s'en étonnait, et néanmoins , en cette occurrence, mademoiselle de Rohan, dont le cœur battait avec vivacité , eut fort à faire pour déguiser à ses jeimes compagnes son émotion et sa rougeur. Elle , y parvint en partie eu s'approchant d'une fenêtre où elle se plaça pour lire plus à son aise ce qui lui étfiit mandé. M. de Chabot s'exprimait en ces termes ; ft Madame,

« Si avant de finir ce jour fortuné je ne * vous renouvelais pas les témoignages de ft ma joie sans égale , si ma reconnaissance K sans bornes n'éclatait pas une seconde « fois , je m'accuserais de tiédeur et d'ingra- « titude. Grâce à Dieu! ni l'une ni l'autre ne

» flétrissent mon âme, où brûle avec plus « d'ardeur ce feu allumé par vos perfections « et augmenté à l'excès par votre bonté et ■« votre condescendance. Je suis trop heutt reux pour ne pas me croire sous le prestige « d'un songe.,.. Mais non, tant de félicité « n'est pas une chimère ; elle est réelle; c'est « la vérité parée de tous les charmes de l'a- « mour.

« Vous faites tant pour moi, que je reste- « rai toujours dans l'impossibilité de m'ac- « quitter jamais ; je i esterai jusqu'à la fin « avec le fardeau de ma gratitude augmenté « du poids de votre bienfait; je lâcherai « néanmoins de vous empêcher d'accuser ce « que vous appelez votre faiblesse; ah! dites V( plutôt votre indulgence , votre pitié pour « votre esclave , votre grandeur qui descend «jusqu'à mon abaissement. Vous m'élevez « à vous, et désormais le choix de mademoi- « selle de Rohan fera mon mérite positif, « par lui je vaudrai quelque chose ; aussi ma

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« gloire sera dedisparaîlredanscebeau nom. « Conservez-le toujours; que le mien s'éloi- « gne: c'est le plus grand sacrifice qu'un gen- « tilhomme puisse faire; j'exige que vous Pac- « ceptiez; il vous prouvera mon dévouement « et mon abnégation.

« Il y a des momens où trop d'orgueil m'é- « chauffe, où j'ai fort à faire pour ne fcas suc- « comber sous ma vanité; et le moyen de ne « pas en avoir, lorsque l'on vous plaît, lors- « que l'on vous semble digne de vous !

« Je ne sais si je m'explique assez , si je « me fais bien comprendre; peut-être pour- « rais-je m'exprimer avec plus de chaleur et « d'impétuosité; mais je contiens mon cœur « pour ne pas vous inspirer de la pitié de sa « folie. L'amour ne doit venir à vous que « paré du langage de la raison : ceci sera mon « excuse si ma lettre est froide; il va toujours « du respect dans la passion que l'on porte à « ladivinit.

« J'ai vu M, le prince ; il m'a félicité avec

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« véhémence, et néanmoins il ne peut appré- « cier toute ma prospérité ; il se charge de « notre avenir, et vous serez ma compagne. « Nul encore ne se sera trouvé dans ma « position.

« Je suis, madame la duchesse, avec les « senti mens... etc. »

Chaque phrase de cette lettre, chaque mot furent lus , relus , pesés et commentés avec une attention extrême ; il n'y en eut pas un qui ne charmât mademoiselle deRohan; elle y reconnaissait à la fois une vive tendresse et une vénération non moins sentie. M. de Chabot Pestimait assez pour ne pas lui tenir ce langage désordonné et peu séant des amans ordinaires; il ne s'élevait pas devant elle pour l'abaisser par contre -coup; ce qu'il qualifiait d'orgueil , de vanité, était, au contraire, un redoublement d'humilité et de modestie parfait et rempli de délicatesse. Que pouvait-il ajouter, d'ailleurs, pour mieux

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prouver combien il appréciait la grandeur d'un tel mariage, que l'offre qu'il faisait de renoncer à son nom pour prendre le sien ? c'était là, sans doute, l'acte de dévouement parexcellenceetdontmademoiselledeRohan fut touchée au plus haut point. Voudrait-elle en profiter? ce fut ce qu'elle se demanda. Le désir lui vint d'être aussi gén reuse que son amant ; mais la pensée que cette condition offerte satisferait peut-être sa mère, la détermina à ne rien décider là-dessus.

La journée qui commençait , non moins que la précédente, aurait ses scènes variées. Mademoiselle dePiohan savait qu'elle devrait aller chez sa mère, et là commençait ce qu'elle aurait à souffrir ; mais, faisant un appel au courage dont elle était susceptible, elle se détermina à ne point reculer. L'amour régnait sur son âme, et quand celui-là gouverne, c'est toujours en tyran.

Il était de bonne heure encore, lorsque madame de Pienne arriva.

« Je vous viens, dit-elle, en auxiliaire, en alliée, dont peut-être vous aurez besoin.

« — Votre présence, lui dit mademoiselle de Rohan, me sera toujours agréable et votre concours nécessaire; je ne sais ce qui va avoir lieu, mais je n'augure pas bien de ce que je soupçonne. »

Puis, prenant la lettre du comte de Chabot, elle la montra à la marquise. Ce fut avec un vrai enchantement que celle-ci en fit la lecture, et lorsque ce fut fini, Pune et Pautre commencèrent à deviser sur les événemens qui se préparaient.

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