‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 13 sur 47 · LE DÉPART · texte numérisé non relu

LE DÉPART

trième place à la table de visth que le roi faisait chaque soir.

D'ailleurs, le marquis de Polyil passait pour un homme d*un commerce sûr et honorable, il ne manquait pas d*une sorte de bonté de premier mouvement, que Ton pourrait presque désigner sous le nom de bonté d'épiderme; car chez lui, la réflexion c'était l'égoïsme, mais Tégoïsme aux formes douces, prévenantes, Fégoïsme pour ainsi dire obligeant , développé par une fausse éducation et par les épreuves et les malheurs dont le marquis avait été si longtemps le jouet.

Après six mois accordés à la juste douleur de la jeune Marie, son oncle Talla trouver un matin dans sa chambre, où il avait ordonné que le déjeuner fût servi. Ma chère enfant , lui dit- il , j'ai voulu que nous pussions converser seuls, et c'est pourquoi j*ai fait apporter mon déjeuner chez vous, j'ai à vous parler, «t je désire que nous ne soyons point interrompus.

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Après cet exorde, qui sembla bien solennel à la pauvre fille, qu'une sorte de crainte respectueuse rendait presque toujours tremblante devant son oncle, le marquis de Polvii ajouta :

— Il est temps, Marie, que je vous fasse connaître mon intérieur , que vous y preniez la place que vous êtes appelée à occuper, car vous êtes ma fille maintenant, mon unique enfant, ma seule parente.

Et le marquis serra la main de la jeune filie et coUitinua en ces termes :

— Je reçois souvent, mais toujours peu de monde, ma chère enfant ; mon salon est composé de ce qu'autrefois nous eussions nomaié la fine fleur des grands seigneurs; je vois presque toujours les mêmes personnes, et parmi ces personnes il en est fort peu de votre âge; je ne vous dirai point que mes réceptions soient gaies, non ma chère petite, mais elles sont du nombre de celles qui classent hors de toute atteinte les élus qui s'y

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trouvent admis. Il est nécessaire que vous veniez faire les honneurs d'un salon qui est le v6tre ; je vous ai déjà annoncée, et je dois vous dire que vous êtes attendue, non-seulement avec impatience, mais encore par des gens favorablement prévenus.

Je reçois toutes les semaines , je ne donne ni concerts ni bals; ainsi, ma chère fille, votre deuil ne fait point obstacle à ce que vous descendiez jeudi prochain au salon; j'ai voulu seulement vous prévenir quelques jours d'avance , parce que je sais qu'il ne faut point surprendre les jeunes personnes en affaires de soirée, de visite ou de toute autre chose qui puisse y ressembler.

Marie répondit à son oncle , dont les prévenances et la bonté la touchaient, qu'elle était prête à faire tout ce qui lui serait agréable, et cependant elle sentait au fond de son cœur une vague appréhension de ce monde dans lequel elle allait entrer, et cependant il lui semblait que les robes noires qui la cou-

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vraient encore auraient dû faire respecter, jusqu'au jour prescrit par l'étiquette pour s'en dépouiller, le deuil de son cœur. Mais elle ne voulut point affliger son oncle par un refus ou par une tentative de résistance, et elle approuva toutes les propositions qu'il lui fit, s'en remettant à son jugement et à sa bonté de ce qui était juste et raisonnable.

— Vous ne savez, ma chère Marie, le nom d'aucune des personnes que vous allez voir dans notre salon , et le marquis appuya avec un sourire de gracieuse bonhomie sur le mot notre, je crois qu'il est nécessaire de vous les faire connaître.

Nous avons d'abord le duc et la duchesse d*Aunay ; les mauvaises langues prétendent qu'ils représentent à eux deux l'alliance du matérialisme et du spiritualisme, et les mauvaises langues ont raison, bien entendu que le spiritualisme est féminin, en cette occasion comme en bien d'antres.

Marie ne put s'empêcher de sourire , et le

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marquis de Polril lui sut gré de cette approbation tacite donnée à sa médisance ; car le marquis avait de grandes prétentions à une médisance fine et spirituelle,

— Je TOUS nommerai ensuite la comtesse de Loges, celle-là est notre journal des modes; tout ce que je puis tous en dire, c'est qu'elle porte parfaitement les chapeaux d'Herbaut et les robes de Yictorine.

Puis la duchesse de Ghalux ; je ne vous en dis rien, il faut de toute nécessité être de ses amis.

La comtesse de Montagny ; cette femme-là a un salon bien composé, je ne sais trop pourquoi, car elle a le tort d'aller un peu partout, mais c'est une bonne personne, ayant tout juste assez de mémoire et de bavardage pour paraître spirituelle de tout l'esprit de ses amis.

Mais j'oubliais le beau des beaux, le vicomte d'Âiguebele ; c'est un homme dont l'esprit est encore plus réservé que la mine, il a les plus

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grands succès depuis le jour où il a plu à Madame de dire quUl ressemblait au corsaire de Byron. Le nom de corsaire lui est resté, mais à mon sens il ressemble plutôt à quelque Amadis, garçon boulanger ou calicot de magasin.

Le prince de Fiennes est très-bien, c^est un vrai gentilhomme.

Le marquis de Gernay est trop dévot pour un honmie du monde, et trop mondain pour un dévot.

M. de Balandry joue bien au whist, cause avec esprit, et de plus se montre rempli d'attention et d'amabilité pour votre oncle, mademoiselle, aussi dois-je dire que M. de Balandry est mon favori.

Je ne vous nommerai pas les autres personnages , vous les verrez, je vous ai seulement désigné les principaux.

Maintenant, consentez-vous, ma chère petite , à recevoir les avis, les conseils de votre vieil oncle ?

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— Si j'y consens, répondit Marie, je vous ie demande, qui donc me guiderait?, vous ayez bien voulu me dire que vous seriez mon père ; oh ? faites-moi croire que vous Tètes en effet, car sans cela je ne suis plus qu'une bien malheureuse orpheline.

Le marcpiis de Polvil, ému par cet appel de son enfant d'adoption, par les larmes qui étaient venues dans ses yeux au souvenir de la perte que tous deux avaient faite, quitta le ton léger qu'il avait pris jusqu'alors, et qui provenait autant de la société dans laquelle il avait reçu sa première éducation , que du fond de son caractère, et sa parole devint grave et sérieuse.

— Vous allez entrer dans un monde plus méchant que bienveillant, Marie, plus envieux que généreux ; il vous fera mille fêtes à votre arrivée, non pas à cause des qualités qui sont en vous, mais parce que vous lui serez présentée comme ma fille d'adoption , comme mon héritière ; tous les visages vous

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