‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 14 sur 47 · LK DÉPART · texte numérisé non relu

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souriront, toutes les mains vous seront tendues, et les prévenances les plus amicales s'empresseront autour de vous. Tous se diront vos amis , prenez bien garde à ce piège dans lequel la naïveté de votre cœur vous aurait laissé choir si vous n'eussiez été prévenue.

On n'a pas d'amis dans ce monde auquel nous sommes condamnés, on a des courtisans de sa position, de sa fortune, de sa faveur ; mais si quelque accident , quelque disgrâce vous fait tomber du faite que vous occupez, vous vous trouvez seule, absolument seule , mon enfant : alors la calomnie peut vous attaquer; vos amis, vos courtisans de la veille la propageront, l'augmenteront, l'envenimeront pour vous en assassiner un peu plus vite; \;eux qui vous prenaient la main ne vous reconnaîtront plus, et les affections qui paraissaient les plus fortement liées deviendront les plus lâches.

Je sais bien qu'en vous disant tout cela, je

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désillusionne votre jeune coBur^ Marie ; mais j*aime mieux le désillusion uer à présent que

de le savoir flétri plus tard par un désillusionnement plus amer.

Ne cherches donc point d*amis dans ce monde que je vous fais connaître ; ayez-y de simples connaissances, et même, si vous m'en croyez , conservez toujours vis-à-vis d'elles une sorte de froide réserve, gracieuse, mais

digne

Marie, inquiète et troublée, ne put s'empédier d'interrompre son oncle.

— Quel monde est*-ce donc que celui-là , dit-elle, qu'il faille y passer comme à travers les pays lointains passent les voyageurs.

— Hélas ! quel monde est celui-là, ma fille, c'est un monde en décomposition ; ce n'est plus cette bonne compagnie dans les salons de laquelle s'écoula ma première jeunesse, c'est immonde pauvrement abâtardi. C'est quelqqe chose de brillant et de flétri tout à la fois , que je ne puis mieux comparer qu'à ces fruits

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des rives de la mer Morte, dont parle Chateaubriand , beaux au dehors , et pleins de cendres à l'intérieur.

— Si ce monde est ainsi, mon oncle, pourquoi le voir, pourquoi habiter avec lui?

— Pourquoi, pourquoi? Mon enfant, je serais presque tenté de vous répondre, comme on répond quand on n'a pas de raison valable à donner :

Parce que.

Maïs je dois vous dire ; nous le voyons et nous habitons avec lui, parce que nous sommes habitués à ce monde , et que tout mauvais qu'il peut être, et qu'il est en effet, nui ne saurait nous convenir mieux que lui. Il est notre charte à nous autres, notre plaie et notre aliment. Puis , faut-il vous l'avouer encore , nous sommes blasés à toute autre manière de vivre ; nous péririons d'ennui dans toute autre société.

Je vous laisse , mon devoir m'appelle au château ; réfléchissez à ce que je viens de

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