‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 19 sur 47 · ENTRÉ! DANS LE HORDE · texte numérisé non relu

ENTRÉ! DANS LE HORDE

reux, il s'agissait tout simplement des jeunes personnes de notre époque.

— Puisque vous m'avez octroyé le titre de curieux, je puis, je crois, madame la duchesse, vous demander ce que vous disiez des jeunes personnes de notre époque.

— Sans doute, il vous est permis de me le demander, mais il m'est permis à moi de ne pas répondre, et je ne répondrai pas, je laisserai votre curiosité en souffrance sous ce rapport.

— Gonmient trouvez-vous la petite de Verdun?

— Mais pas mal, répondit M. de Balandry. C'est une héritière, et elle est fort bien pour une héritière.

— Le compliment est mince , et vous êtes di£Qcile ; moi je la trouve charmante, et telle que je voudrais que fussent toutes les jeunes personnes.

— Ce serait peut-être un peu monotone , reprit M. de Balandry.

— Monotone ou non, elles seraient bien 1 17.

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mieux si elles étaient ainsi. Ce qui m'étonne; c*est que cette héritière ne vous conyienne pas, à vous l'ami intime du vicomte de Polvil; ce qui m'étonne, c'est que vous ne vous montriez pas un des plus empressés auprès de cette héritière.

— Oh ! .. madame la duchesse, ni ce modèh des jeunes personnes , ni peut-être moi , ne voudrions réciproquement l'un de l'autre ; elle a trop de perfections pour moi , et je ne suis ni assez riche ni assez g^and seigneur pour les ambitions de mon ami le vicomte de Polvil.

Le jour où votre protégée sera mariée, madame la duchesse, ajouta M. de Balandry en donnant à sa physionomie une expression de fatuité exagérée , ce jour-là vous me verrez le plus courtisan de ses adorateurs.

— Vous êtes un mauvais sujet , monsieur de Balandry.

— Si vous pouviez prêter cette conviction à toutes les femmes, madame la duchesse, j'aurais les plus grands succès.

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— Vous êtes plus mauvais qu'un mauvais sujet, monsieur de Balandry; vous êtes

— Quoi, madame la duchesse?

— Une prétention de roué, monsieur de Balandry.

— Rien que cela , rien qu'une prétention , c'est bien peu.

— C'est assez pour réussir auprès des belles qui adorent les don J.uan du bois de Boulogpae et du balcon de l'Opéra.

— Vous êtes délicieusement méchante^ madame la duchesse; et M. de Balandry s'inclina et fît place à de nouveaux interlocuteurs, qui toute la soirée se succédèrent auprès de la duchesse de Ghalux, dont l'esprit amusait, dont la piquante répartie la plaçait au rang des puissances redoutables , et qu'il fallait ménager.

A l'autre bout du salon , Marie de Verdun se trouvait engagée dans une conversation , dont elle s'étudiait en vain à deviner le but. Étonnée des professions d'amitié qui lui étaient

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faites, des calineries dont elle était Fobjet de la part de la comtesse de Yauxclairs, elle ne savait s'expliquer quelle raison ou quelle sympathie produisait un tel effet.

Si elle eût connu la comtesse de Vauxclairs, la politesse bienveillante par laquelle elle s'efforçait de répondre à toutes ses prévenances, se fût changée en une sorte de terreur inquiète et répul^ve que nul pouvoir n'aurait pu lui faire dissimuler.

La comtesse de Yauxclairs avait été mariée, avait été coquette , avait vu toute sa vie la bonne compagnie, avait beaucoup fait parler d'elle ; puis un beau jour sa jeunesse ayant disparu , sa fortune se trouvant détruite, ne possédant plus ni mari ni enfants, en un mot, demeurant isolée, comme la dernière colonne encore debout d'un temple antique, dont les. débris gisent épars sur le sol.

La comtesse de Yauxclairs, rédtiite à une très-minime rente viagère pour toute fortune, découvrit le moyen de vivre au milieu du

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grand monde, et d'y jouer un r^le qui luiyalut ce qu'on ne pourrait pas précisément nommer de la considération dans le sens ordinaire du mot, mais une considération relative, partù eulière, dont elle s'accommoda à merveille.

La comtesse de Yauxclairs s'était instituée cowtière de niariage, dépùteuse de bons partiSf accommodeuse d'unions assorties,

C'était une femme qui avait eu le grand art de se conserver ouvertes toutes les maisons des deux nobles faubourgs de Paris, et qui de plus s'était ménagé des entrées assez habiles chez les riches financiers de l'époque.

Cette charge, que la comtesse de Yauxclairs s'était adjugée de marieuse en chef, demandait une constance d'efforts, d'intrigues, de ténacité, de souplesse ; dans certaines occasions, une finesse d'esprit, de tact, de connaissances, que ses antécédents seuls avaient pu lui faire acquérir.

. La mémoire du TVillaume du faubourg Saint-Germain, ainsi que la nommait la du-

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chesse de Royeux, était immense, die savait mieux qu'aucun archiviste ou généalogiste les généalogies de toutes les familles, leurs alliances, la fortune présente ou future de chacun; elle était instruite de la situation et de la valeur des terres, de leur proximité entre elles; aussi savante qu'un registre de l'état civil, elle connaissait Fâge exact et Fàge courtois de . tous ses clients, et ses clients étaient tout le monde. Car il se rencontrait peu de mariages qui ne fussent obligés de la subir de force, de gré ou de ruse, dans l'arrangement principal ou dans les conventions accessoires.

Semblable au chien de chasse qui, dès qu'il se trouve en plein air, quête perpétuellement, fouillant les touffes d'herbes, les buissons, les terriers, pour découvrir le moindre gibier, pour saisir sa trace la plus légère.

De même la comtesse de Yauxclairs furetait, quêtait au milieu des salons, creusait le connu et l'inconnu dans l'espoir de découvrir un mariage à faire, ou un mariage à mûrir

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pour Favenir. Son triomphe le plus grand consistait dans Facconplement des vieux garçons riches, avec les jeunes filles sans fortune.

A toutes ces spécialités, la comtesse de Yauxclairs joignait le talent de savoir commander les corbeilles de mariage, les trousseaux, etc. ; aussi les lingères et les fournisseurs témoignaient-ils plus de considération à cette femme sans fortune qu'à beaucoup de femmes riches et élégantes.

Ainsi que les personnes qui s'occupent di œuvres de charité ont toujours les poches pleines de billets de loterie, pour telle ou telle œuvre de miséricorde j Ôl orphelins de Saint-Benoit ou de Saint-Jacques, billets à ordre qu'elles tirent sans pitié sur leurs amis et connaissances, ce qui soit dit en passant est la façon la plus économiquement libérale , pour certaines da^ mes de charité , de faire des aumônes sans boui*se délier.

De même, madame de Vauxclairs ne sortait jamais sans avoir un portefeuille bien garni

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de valeurs matrimoniales, depuis des ducs et pairs qui veulent de la fortune pour redorer leurs couronnes, jusqu'à des héritières sans nom, qui désirent des couronnes et des armoiries pour blasonner les panneaux vides de leurs voitures.

Le portefeuille de madame de Vauxclairs renfermait des projets d'union de toute sorte.

Le génie de cette singulière femme s'exaltait par la simple apparence des difficultés; les gens mariés lui semblaient des valeurs mortes ou des valeurs dormantes, des propriétés hypothéquées, que le veuvage devait seul rendre à la diêponihilitè.

Depuis le jour où elle avait su Vintronùth iion d'une nièce chez le riche et vieux marquis de Polvil, elle avait arrangé, pour cette jeune fille qui lui était totalement inconnue, vingt mariages, dans l'incertitude du caractère qu'elle lui trouverait, des prétentions qu'elle pourrait émettre, des exigences de l'oncle, et en dernier lieu de ses intentions.

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Madame de Yauxclairs n'ignorait pas que le marquis disposait à la conr d*un grand crédit, et que son gendre pouvait s'attendre à s'y trouver honorablement placé et très-£làtteusement accueilli; ce n'était donc pas un mariage ordinaire, un simple mariage du monde qu'elle avait à traiter, mais un mariage de cour oii des consentements royaux devaient venir confirmer son choix ; enfin un mariage qui, en élevant son importance, lui assurerait l'appui, si elle réussissait comme elle l'espérait, de deux puissantes familles, lui créerait deux maisons de plus, où on la recevrait dorénavant comme un membre obligé de la famille.

La soirée dont il est ici question avait été pour la comtesse de Yauxclairs une soirée de séduction, et tout à la fois d'observation, depuis le moment de son arrivée elle s'était occupée de Marie de Verdun ; pour elle, elle avait déployé les plus séduisantes coquetteries de vieille femme, elle avait su prendre l'expression d'une bonhomie qu'elle comprit 1 18

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bien vite être un sûr moyen d'arriver à la confiance, à Famitié de cette jeune fille inexpériente.

Par d'adroites questions jetées à intervalle et avec une sorte de discrétion dans leur causerie, madame de Yauxclairs sut au bout de deux beures la vie du chevalier de Verdun et celle de Marie ; elle alla même jusqu'à soupçonner l'affection naissante qui existait entre Marie de Verdun et Georges de Minville. Sa sagacité prodigieuse , à force d'exercice , lui révéla tout le passé; elle comprit alors que le mariage qu'elle projetait devait être conclu promptement, afin d'éviter un combat contre une affection que quelques mois de plus pourraient amener à l'état de passion.

De retour chez elle, la comtesse de Vauxclairs, après de profondes réflexions, des débats lumineux entre sa conscience et son in» térét, compulsa le registre des hommes qu'elle avait à marier et son choix s'arrêta sur le jeune vicomte de Baudrimont.

:3lffertatt0itd.

Mais, hélas.' elle employa s» premiers soins 1 lui apprendre les principes d'un» fausse religion.

PLicHIBR.

Chaque jour, à partir de la soirée qui avait

eu lieu à l'hôtel de Polvil , la jeune Marie se

voyait un peu plus entourée et conquise par

le monde ; elle était accueillie et fêtée comme

une ancienne compagne, pleine de timidité et

de modestie, et qui, par ces deux raisons, ne

soulevait ni jalousie ni haine.

La comtesse de Yauclairs se fit en quelque 1 18.

âl4 AFFBCTàTIONS.

sorte reconnaître comme son chaperon; elle ne la quittait pour ainsi dire pas dans h monde, et tous ses efforts tendaient à établir entre elles deux une espèce d'intimité.

Au milieu de la société qui lui avait été faite, société évaporée, prétentieuse, pass^mt pour morale, parce qu'elle prêche volontiers des principes qu'elle suit rarement il est vrai, Marie éprouvait un malaise intérieur dont elle n'osait se plaindre, elle ne comprenait pas ces alliances de religiosité et de mondanéité, que chaque jour on lui présentait pour modèle. Son cœur n'admettait pas que l'on pût ainsi soumettre au gré des caprices mondains et des exigences d'une société en décoinposition les besoins inquiets d'une àme religieuse. La piété des gens du monde réputés les plus pieux lui semblait une amère dérision ou une énigme inconcevable.

C'est qu'à Paris la véritable piété est pour ainsi dire presque inconnue; c'est qu'à Paris, à très-peu d'exceptions près, ce que l'on nomme

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