‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 21 sur 47 · PB0T0C0LE · texte numérisé non relu

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ficulté ne Farréta point ; elle se promit de la surmonter facilement : et, en effet, au bout de quinze jours la comtesse de Vauxclairs faisait de fréquentes visites à Thôtel de Baudrimont.

La comtesse de Baudrimont était une honnête et sainte femme, d*un esprit borné, d'un caractère faible, mais d'une parfaite bonté et d'une grande sûreté de relations ; aussi, malgré le peu de charmes de sa conversation, sa maison était fort recherchée, parce que l'accueil que l'on y recevait était empreint de cette politesse de bon goût, vertu de la bonne compagnie, et de cette bonhomie noble et bienséante qui lui prêtent tant de grâces. La comtesse de Baudrimont n'avait jamais dit un mot méchant sur personne, et la seule fermeté qu'elle montra consistait à ne souffrir en son salon ni calomnies ni médisances.

Le comte de Baudrimont, tour à tour chambellan de l'empereur et gentilhomme de la chambre du roi, était une de ces natures qui

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se laissent aller aux impressions du moment, sans leur demander quelles elles sont et où elles mènent.

Pendant sa jeunesse il avait vu Témigration , et il avait servi , pendant deux mois, dans Tarmée des princes , sur les bords du Rhin. Aussi sa tête offrait-elle un chaos des souvenirs les plus bizarres et les plus opposés ; son opinion politique, si on peut donner le nom d'opinion politique à ce qui ne se rattache-positivement ni à aucun, système ni à aucun homme, se composait d'affections royalistes et impérialistes , tellement amalgamées et mêlées entre elles , qu'il était de toute impossibilité d'y rien comprendre ; il ne savait comment parler de l'empereur à propos de la mort du duc d'Enghien, qu'il appelait un douloureux événement^ et quant au règne des cent jours, il le décorait, sans rien expliquer, du nom de grande catastrophe.

Le comte de Baudrîmont était du reste un bon et un honnête homme, tel que le monde

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le comprend , trèft-oourtisaii , plus royaliste pour les honneurs des entrées du diàteau que pour la royauté même ; il jouissait d'une assez belle fortune qu'il employait honorablement, et voyait beaucoup le grand monde , dont il était assez aimé»

Le troisième personnage de la femille du comte de Baudrimont, Charles de Baudrimont, son fils unique, jeune homme de vingtsept à vingt-huit ans , d'une belle tournure, d'une figure distinguée, se faisait remarquer dans le monde par une sorte de causticité taquine, dont sa mère prenait un chagrin mortel.

Ce jeune homme avait un caractère sombre et réservé, qui se décelait par une taeitumité sournoise et une sorte de préoccupation décorée des épithètes de sage et prudente.

Charles de Baudrimont avait servi quelques années dans un régiment de cavalerie de la garde , puis il s'était retiré du service et ne quittait plus l'hôtel de son père. Cette cod-

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duite' lai attirait une réputation d'homme ran^éy sur l'effet de laquelle il calculait babilonent.

Charles de Baudrimont n'était pourtant qu un mauTais sujet , liyrë à toute l'ardeur de ce qu'on est convenu de décorer du nom de Iblies de jeunesse ; mais il sarait couvrir les écarts auxquels il se laissait entraîner, d'uo voile impénétrable ; nul ne pouvait citer une orgie à laquelle il eût pris part, nul ne lai connaissait de Ces liaisons faciles auxquelles on prostitue le nom de maîtresse, et jamais on ne lui arait soupçonné de dettes.

Ce jeune homme pouvait donc être considéré (»Bune un sujet précieux pour jouer le rèle de mari, et c'était ea effet sur lui que la comtesse de Yauxclairs avait tourné ses regards, c'était lui en effet qu'elle avait choisi comme époux de Marie de Yerdun.

Dès l'instant où cette idée commença à poindre en sa cervelle, la comtesse de Yauxclairs '

sut trouver le moyen de parler de Chaiies de 1 20.

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Baudrimont sans avoir l'air d'y attacher aucune importance, à la pauvre fille, qu'elle voulait lui donner pour femme ; elle le citait souvent comme le modèle des fils, et le jeune homme par excellence , auquel tout jeune homme devrait chercher à ressembler.

S'élevait-il une discussion littéraire, elle avait toute prête une opinion de Charles de Baudrimont qui tranchait la question d'une* manière fine et spirituelle.

Enfin, il fut si souvent question devant Marie de Charles de Baudrimont, que ma%ré elle son esprit s'en occupa , et elle désira le connaître.

D'un autre côté la comtesse de Yauxclairs narrait chaque jour à Fhôtel de .Baudrimont les vertus et les perfections de Marie de Ve^ dun , le charme de sa personne , la fortune qui lui était promise , et la faveur qui attendait son mari à la cour. Cette conversation, 'souvent reprise , finit par attirer rattentiondu comte et de la comtesse de Baudrimont,

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ainsi que <selle de leur fils , mais par des motifs tout à fait différents.

Le comte de Baudrimont fut séduit par Tidée de la faveur qu'un tel mariage procurerait à la cour«

La comtesse de Baudrimont entrevit Fespoir d'une fille selon son cœur.

Et Charles comprit tout l'avantage qui lui reviendrait d'une jolie femme et d'une belle fortune.

Toutes ces considérations firent que la comtesse de Yauxclairs fut plutôt priée de s'occuper d'un tel mariage , qu'elle n'eût d'avances à faire pour nouer les premiers préliminaires.

— Je me charge volontiers de ce mariage, répondit la comtesse de Yauxclairs aux trois demandes qui lui furent simultanément adressées par la familledeBaudrimont.Maisvoyons, convenons de quelques faits principaux, afin que je sois en état de répondre à des questions qui me seront sans doute faites par le vieux marquis de Polvil.

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— Que donnerez-TOus en mariage à votre

ms?

— Mais!.... répondit le comte de Baudri-

mont, madame de Bandrimont et moi, . . .

nous comptons donner vingt mille livres de rente.

— Très-bien, reprit madame de Vanxdairs. Encore une question : comment sont ces vingt mille livres de rente?

— Oh ! quant à cela, ces vingt mille livres de rente sont parfaitement établies. Une terre bien bâiie de dix mille livres de revenu et deux cent mille francs en rente cinq pour cent.

— Riai de mieux et de phta sagement arrange. Maintenant quelles sont vos. prétentions?

— Mais je voudrais, dit en traînant ses mots et en les Anonnant le comte de Bandrimont, je voudrais... que la j-e-u-n-e p-jersonne noua apportât.... à peu près autant.

— Gela sera difficile, car par elle-même elle

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ne possède qac fort peu de chose, et elle attend tout de son oncle. Puis il faut songer que son onde est bien vu du roi ; enfin, je crois que si nous pouvons obtenir moitié nous ferons bien d'accepter.

Pendant plus de deux heures la comtesse de Yauxclairs débattit les conditions d'un mariage pour lequel la jeune femme que Ton marchandait n'avait donné ni aucun consentement, ni même aucune marque légère d'assentiment, car elle n'y avait jamais pensé, et n'en avait jamais rêvé la possibilité.

La comtesse de Yauxclairs l'exposa pendant deux heures, faisant étalage de ses avantages {^ysiques et moratMr, la discutant comme une marchandise dont on recommence vingt fois Tannage, dont on examine la trame, et que l'on soumet à toutes les épreuves avant d'en ofiQrir ou d'en accepter un prix définitif.

Charles de Baudrimont prit part à ce que roD aurait pu nomme? des préparatifs d'adjudication, et discuta, gravement et sagement

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