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pensées, échapper au trouble' qu'elles apportaient en son àme : tous ses efiforts furent impuissants ; l'image de Georges ne pouvait s'effacer ; elle changeait de place et la suivait partout.
Marie, oppressée, tremblante et vaincue en son cœur, voulut invoquer le secours du Dieu des affligés, du Dieu qui vient en aide aux faibles, aux malheureux et à ceux qui souffrent. Lés paroles de la prière expirèrent sur ses lèvres; ses mains jointes retombèrent sur ses genoux; et comme affaissée sur elle-même, elle demeura les yeux fixes, plongée dans une inquiétude sans pensée, sans énergie, et presque sans vie.
Vers neuf heures du matin, sa femme de chambre entra dans son appartement, et fut étonnée de la. trouver déjà levée ; elle lui remit un carton qui, le matin même, avait été déposé pour elle chez le concierge de l'hôtel, et qui ne portait sur son couvercle aucune suscription.
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£o le recevant des maios dé sa femme de chambre, Marie éprouva comme le pressentiment d'une nouvelle douleur; elle hésita à rouvrir en sa présence, craignant dans l'état de faiblesse où elle se sentait, de n*étre point assez maltresse d'elle-même pour réprimer un premier mouvement qui pourrait trahir toutes ses agitations.
Une convictii^n intérieure, profonde et fatale, l'avertissait que ce mystérieux carton renfermait l'explication de la rencontre que la veille elle avait faite de Georges; qu'il contenait une question ou une réponse à ce que ni l'un ni l'autre n'avaient osé se demander au milieu de leur surprise mutuelle.
Longtemps Marie fut obligée de dissimuler son impatience, d'affecter les dehors d'une tranquille indifférence, jusqu^ ce que les soins ordinaires que sa femme de chambre donnait le matin aux préparatifs de sa toilette fussent terminés. Puis, quand elle se vit seule, elle poussa le verrou de sa porte et revint
pleine tout à la fois de curiosité et de crainte vers ce carton, qu'elle tremblait d'ouvrir, et dont elle avait hâte cependant de connaître le contenu.
Après quelques minutes d'incertitude, elle en arracha violemment le couvercle, ne trouva qu'im bouquet de roses et de violettes, et sur un carré de papier son nom de jeune fille,
Màxn BB Ybrbvii.
Ce bouquet, son envoi mystérieux, son nom de jeune fille tracé d'une main dont elle ne pouvait méconnaître l'écriture, le reproche amer que contenait cet envoi si simple et pour ainsi dire si muet en apparence, la frappèrent d'une douleur cruelle.
Me reprocher de l'avoir oublié , dit*elle , quand mes nuits et mes journées sont troublées par la pensée de tout ce que nous avons été TUn pour l'autre ; par la pensée de notre
amitié d'enfonts, d6nt je me rappelle dange- 2 5.
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reusement pour mon repos actuel les pures délices. Me reprocher de Tavoir oublie, mon Dieu , s'écriaît-elle dans d'autres instants , quand la sainte croyance que vous avez daigné placer en moi, quand les idées religieuses qne cette croyance a fortifiées en mon âme, sont à peine assez puissantes pour me défendre contre Famour que j'éprouve pour lui et que je suis forcée de m'avouer à moi-même.
' Une pensée d'un doute dangereux traversa son esprit et la fit trembler sous la violence de son impression.
Il me croit heureuse dans mon mariage; il songe peut-être que l'amour a présidé aux nœuds de ce fatal hymen, que je déteste.
Puis, rougissant par un mouvement de pudeur dont elle fut loin de comprendre la culpabilité :
Non, non, murmura-t-elle, je ne suis plus mariée ; mon mari lui-même m'a 6té une partie de la culpabilité que je pouvais avoir anx yeux de Georges, il s'est lassé des froides ten-
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dresses par lesquelles je répondais à Temportement des siennes.
Je ne suis plus mariée , je ne suis pas veuve... Mais, hélas ! dit-elle au milieu de ses larmes en retombant comme anéantie sur son fauteuil; je ne suis plus cette jeune fille ignorante des voluptés de ce monde, dans le cœur de laquelle il déposa jadis son chaste amour.
Navrée , éperdue , Marie laissa s'enfuir les heures de cette triste journée dans une sorte d'abattement et de désespoir, pour lesquels elle n'entrevoyait aucune consolation. L'heure du dîner s'approchait insensiblement; il allait lui falloir paraître à table, apporter un visage, sinon gai, calme du moins, à ce repas oii elle devait se retrouver en présence de son mari et de son oncle ; il allait lui falloir , par un violent effort sur ses chagrins secrets, reprendre une sorte de liberté d'esprit qui lui permit de se mêler à la conversation; elle essaya d'abord , sans espérer pouvoir y parvenir, de ressaisir quelque empire sur elle-même; peu à
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peu ses yeux perdirent de leur rougeur, ses nerfs , contractés , rendirent h toute sa personne, par l'irritatioQ qu'ils lui communiquèrent, une force factice et animée. Sa femme de chambre rhabilla, et elle put paraître eo présence de son oncle et de son mari sans qu'aucune trace de ses douleurs vint en accuser la violence.
Cependant le dîner se passa silencieusement ; le marquis de Polvil semblait préoccupé d'affaires importantes, qui probablement se résumaient en tracasseries de oour, en tribulations de palais.
Le vicomte de Baudvimont mangea peu^.
parla mmns encore : sa voiture attelée l'attendait à la porte; le dîner lui parut être d'une mortelle longueur. Ses regards distraits se portaient de son oncle aux différents services du dîner, et Fimpatience la plus vive se décelait dans son attitude , dans ses gestes , dans les quelques paroles qu'il laissait tomber à de longs intervalles.
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Vers huit heures du soir, Mane se trouva de nouveau seule. Craignant de retomber dans les émotions du matin, elle se fit apporter une lampeolaas son boudoir, et voulut essayer de lire. Elle prit sur une petite table, servant de bibliothèque usuelle , le premier volume qui s'offrit à ses regards, l'ouvrit, et ses yeux virent des mots , ses lèvres les prononcèrent sans que leur cadence, le son monotone qu'ils produisaient en étant prononcés à haute voix, éveillassent aucune idée dans spn esprit. Enfin les deux parties de son être, c'est-à-dire la partie morale et la partie physique agissaient toutes deux, indépendantes Tune de l'autre.
Sa bouche lisait, son esprit n'entendait pas.
Bientôt elle ne prcmonça plus les mots de sa lecture de somnambule qu'à de longues distances; puis ils devinrent presque des sons inarticulés, et tout à coup ils cessèrent, et le livre tomba sur ses genoux. Alors vinrent
bourdonner à son oreille tous les bruits qui attestent le silence, et celui jdu balancier de la pendule, et les craquements des meubles, et jusqu'aux bruissements de sa robe de soie, que le plus léger de ses mouvements froissait contre son fauteuil.
Un domestique ouvrit la porte à laquelle elle tournait le dos; Marie n'entendit rien.
— Le prince de Fiennes, dit-il en laissant passer cet ami véritable, qu'une tendre inquiétude , qu'un pressentiment de la vérité amenaient comme une sœur de là Charité au pied d'un lit de douleur.
Marie, entièrement absorbée en ses pensées , demeura immobile , les paupières baissées et les yeux fixes, les mains étendues sur son livre , dont elles brisaient les pages repliées sous leur pression.
Le prince de Fiennes s'arrêta à la vue de cet étrange spectacle; ce n'était plus la jeune et belle vicomtesse de Baudcimont qu'il avait devant lui ; c'était un être pres(](ue défiguré
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par une soufirance intérieure , dont tous les muscles de soi^sage se montraient contractés; c*était une pauvre fenuiie que Ton aurait crue frappée d'une atteinte de catalepsie.
La vie, le mouvement, la pensée, paraissaient anéantis en elle, et si les pulsations inégales de ses artères n'eussent indiqué la circulation du sang , on aurait pu croire que l'on avait devant les yeux un corps humain surpris dans le sommeil par la mort.
Le prince de Fiennes contemplait la jeune Marie avec un mélange de pitié et de douleurs.
Voilà donc ce que le mariage a su faire d'une aussi douce créature , pensait-il ; voilà donc ce qu'elle a gagné à perdre sa couronne de jeune fille. Hélas ! quel fatal secret peutelle enfermer en son cœur? Je crains de le sonder, et pourtant qui la soutiendra, qui marchera près d'elle pour tâcher d'écarter de sa route la vaine curiosité du monde et le sar*; casme des envieux?.
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, — Madame , dit>il à haute voix en «^adressant à Marie, dans Fespoir d^la réveiller de son immobilité et de ia stupeur, quelle souf- r france s'est emparée de vous? Pourquoi la pâleur qui couvre vos joues? Pourquoi ranéantissement dans lequel je vous vois tombée?
A ces mots Marie releva ses paupières (Pod air étonné ; elle fixa sur le prinee de Fiennes un regard vague et sans pensée : le bruit des paroles était venu à son oreille ; mais elle n'avait rien entendu, elle ne voyait rien encore.
— Que me veut-on, qui y a-t-il ? mumnirat-elle d'une voix faible.
Puis , reprenant peu à peu ses sens , elle se dressa sur son séant, ouvrit tout à foit les yeux, et reconnut le prince de Fiennes.
— C'est vous, prince, lui dit-elle; pardoa* nez-moi si je ne vous ai pas aperçu quand vous êtes entré. Ce soir je suis un peu sonffiranfte , j'ai des assoupissements qui ra'aecablettt«
Et sa pbrase resta instchevée.
iê*»***
— Qu*éprotivez-TOHs donc, madame? quel mal vous tortui^p?
— Je ne sais .... presque rien, . « . . peut-être de la fatigue....
Le prince de Fienne"^ ne répondit d'abord par aucun mot à ces phrase^ entrecoupées dont Marie avait essayé de repousser Tinterrogation qui lui était faite; quelques minutes de silence s'écoulèrent de part et d'autre dans une sorte d*attente. Le prince de Fiennes s'était assis; son fauteuil touchait presque celui de Marie. De cette position rapprochée il entendait les battements de son cœur, et voyait l'agitation comprimée de toute sa personne ; il savait depuis longtemps avec quel noble courage elle luttait contre les peines du cœur; profondément ému par la pitié, et tous les sentiments d'une sainte amitié, qui s'agitaient au fond de sa poitrine, il prit la main de Marie, la serra dans les Menues et lui parla ainsi : — Laissez - moi , mon enfant , vous donner
ce nom; car mon âge m'y autorise presque, et 2 • 6
6d ' AVEUX.
je ne sais de quel autre nom, je pourrais vous appeler, qui exprimât mieux Taffection que vous m'inspirez,
Marie , en signe d'assentiment , répondit à la pression delà main qui retenait les bennes.
— Laissez-moi aussi, ma chère enfant, vous parler avec l'abandon et la tendresse d'un père et d'un ami bien véritable. Vous souffrez, non-seulement du corps, mais encore de rame; depuis longtemps je le craignais, aujourd'hui ma crainte s'est changée en certitude.
Marie ne put retenir un tressaillement qui l'agita comme le vent agite une feuille d'arbre.
— Oh ! ne tremblez pas , reprit le prince de Fiennes , n'ayez aucune terreur de moi et des connaissances que j'ai pu acquérir sur l'état de votre àme. Je ne suis point un médecin, je ne suis qu'une pauvre sœur de la Charité , qui veille les malades et qui verse des baumes adoucissants sur leurs plaies. Ainsi, mon enfant, soyez sans crainte, et ne redoutes
point de me laisser lire dans votre cœur. Du jour 011 je vous ai vue, du jour où j'ai pu connaître votre famille , apprécier votre caractère, juger votre entourage et la position qui vous était faite ; de ce jour-là je vous ai prise dans une grande pitié, et j'ai prévu qu'il viendrait un moment oii vos chagrins dépasseraient votre courage.
Ce jour, ce moment, sont arrivés; mon amitié s'y était préparée : maintenant me voici près, de vous, prêt à vous dire toute 'ma pensée, prêta vous parler comme un ami sincère, et non comme un censeur rigoureux , ou , si
vous le souhaitez, résolu à me taire et à vous voir souffrir , cherchant à calmer vos souffrances sans vouloir en pénétrer la cause.
Choisissez , entre mon silence ou une confiance sans bornes.
— Parlez, répondit faiblement Marie.
Coti00lattoti5.
Quand j'ai pu en aimer on autre c'est que je ne TOUS connalMais pas , je vous chercha , sans vous rencontrer, vous sral pouvies remplir mon caur, répondre k ses immenses besoins, avec vous seulement je pouvais former une union indissoluble , vous êtes mon premier amour : car vous êtes le véritable; on n'aime qu'une seule fois.
— J'avais deviné que votre cœur enfermait un secret douloureux, même avant la soirée d'hier, qui est venue confirmer cette croyance.
Marie cacha sa figure dans ses deux mains.
— Oui, ma noble amie, reprit le prince de Fiennes, j'avais pressenti les peines de votre vie avant de la connaître, et. . . . permettez-moi de vous parler avec toute la franchise d'un