‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 32 sur 47 · CONSOLATIONS · texte numérisé non relu

CONSOLATIONS

entier dëyouement rien de ce que j^ai vu

hier, rien de ce que j*ai pu penser depuis ce moment ne m'a surpris.

Je n'accuserai pas votre mari , je ne chercherai point à aggraver les torts qu'il peut avoir envers vous; je ne vous parlerai ni de sa conduite présente ni de sa conduite passée.,.. Mais je n'ai trouvé pour vous qùeàe la pitié en mon àme ; mais je me suis associé à toutes les tribulations de votre cœur. Si mon expérience du monde me fait entrevoir les malheurs qui vous attendent, la réalité de mon affection m'aveugle peut-être à ce point, qu'elle me fait entrevoir aussi la possibiUté de me placer à vos câtés , oobubc on soutien et UB défenseur dans la hitte que voua aurex à supporter contre le monde et contre vousmême*

Bien jeune encore , ma pauvre amie, vous vous trouvez déshéritée de ces affectioas qui font la force et la vertu des femmes. Vous uV vez près de vous que des gens inhabiles ^

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s^Qterposer entre les périls qui vous menacent et la séduction dont ils sont accompagnés. Vous n*ayez ni protecteur, ni amis.

Voulez-vous de la protection de mon amitié?

Vous n*avez ni un père ni une mère dont la tendresse puisse vous éclairer, vous soutenir , vous défendre si vous résistez , et qui vous* consolent, vous soutiennent et vous défendent encore si vous succombez.

Acceptez -vous Taffection paternelle que mon cœur vous offire avec toute l'ardeur d'une invincible persévérance ?

Marie laissa retomber sur ses genoux ses mains, qui cachaient sa figure couverte de rougeur ; puis les tendant avec une énergique résolution vers le prince de Fiemies :

— Oui, lui dit-elle, j'acceptç Tafifection paternelle que vous m'offrez ; oui , je réclame votre sainte et précieuse amitié, votre aide, voire secours, votre protection.

£t suffoquée par ses sanglots elle se prit à pleurer.

70 coRSOLAnons.

Le prince de Fiennes laissa passer ce premier paroxisme de douleur sans cfaerchor ï l'interrompre ni à le calmer. Il attendit que cette première suffocation se fût apaisée d'ellemême pour reprendre la parole. Quand, enfin , il supposa que Marie revenait à pfais de sang-froid, il lui dit :

— Aurez-vous en moi une noble e| entière confiance? m'ouvrirez-vous votre cœur? m'y ferez-vous lire sans regrets?

— Oui, mon ami, répondit-elle ; oui, vous lirez dans mes plus secrètes pensées comme moi-même ; oui, je vais vous livrer tout mon passé comme je vous associerai à mon avenir, sans réserve, sans hésitation. Vous , vous me comprendrez ; vous aurez pitié de ce que je souffre et de ce que j'ai souffert. Vous êtes la seule personne qui, jusqu'à ce jour, m'ayex tendu la main. Oh ! merci ; mon cœur s'eti soulagé par des larmes^ et c'est à vous que je dois cette consolation, tout à la fois araère et douce.

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Alors, avec le pudique abandon d'one chaste intimité , Marie déroula devant le prince de Fiennes tous les événements de sa vie ; elle raconta son enfance calme et heureuse, écoulée sous la protection de deux pères ; elle dit Familié de son frère d'adoption ; les progrès de cette amitié et Finsensibte entraînement qui l'avait amenée aux aveux timides et inquiets d'un sentiment plus ardent, plus vif, mais dont en ces jours de jeunesse elle avait ignoré et le danger, et le nom, et les exigences 1 Elle dit encore toutes les pensées qui avaient depuis lors occupé son âme; comment le souvenir de Georges de Minville s'était trouvé plus fort que tous les événements, que toutes les causes qui auraient dû l'étouffer.

Marie raconta sa douleur à la mort de son

père ; son arrivée chez son oncle ; l'isolement de cœur dans lequel elle avait vécu depuis ; elle fît au prince de Fiennes un récit touchant de la peine cruelle qu'elle ressentit par larup-

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tiire des derniers liens de ses premières affections, quand le baron de Minville mourut IcMn d*e11e et laissa deux orphelins sur cette terre.

Je compris alors que Faffeetion qui m'un»sait à Georges était plus qu'une simple afiection. Je découvris, dit- elle en rougissant, qu'il possédait j^us que mon amitié de sœur; malgré moi, je pensais constamment à lui, le jour dans mes longues solitudes, la nuit pendant mes insomnies et même pendant les rêves de mon sommeil....

La pauvre jeune femme hésita quelques se*

condes Je vous ai promis la vérité tout

entière.... Je vous ai juré de vous faire lire

en mon cœur comme j'y lis moi-même ie

ne dois donc rien vous cacher, monsieur, et j'ai eu tort de dire malgré moi. Non , ce n'était point malgré moi que je m'occupais de lui ; non, je ne cherchais point à chasser l'image, le souvenir de Georges, sans cesse présents à ma pensée.

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Il faut que vous me jugiez telle que je suis, ayee toutes mes faiblesses. Eh bienl'mon- . sieur , je nourrissais en moi cette fatale passion, sur l'empire de laquelle le temps et une faible expérience m'avaient éclairée ; chaque jour je sortais de cette cassette de bois , qui est là, près de vous, sur une table, le bouquet que Georges m'avait donné

Ce bouquet s'y trouve encore...

— Pauvre enfant ! murmura d'une voix faible le prince de Fiennes.

— Oh ! oui, monsieur, bien pauvre et bien misérable enfant, reprit Marie; je me suis mariée avec un autre amour que celui de mon mari dans le cœur. Je me suis mariée, espérant le vaincre , il est vrai , mais encore dominée par lui.

M. de Baudrimont m'entoura d'abord des soins et des tendresses d'une affection plus qu'ordinaire ; je crus qu'il m'aimait véritablement ; je le crus à l'ardeur de l'amour qu'il me montrait, à l'espèce d'enivrement dans le- 2 7

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quel il fit s'écouler les premiers jours de mon mariage. Que vous dirai-je? je fus trompée par ces faux-semblants de passion; je me reprochai la froideur par laquelle je répondais à sa tendresse, et je me montrais plus tendre, et je m'appliquais de bonne foi à lui donner toute FaSection dont j*étais capable.

J'eus tort alors , sans doute , mais je ne brûlai pas le bouquet de Georges de Minvilie; cependant je n'ouvrais plus la cassette dans laquelle il était enfermé.

A cette partie de ses aveux , Marie parut vouloir reprendre tous ses souvenirs et son courage pour ce qui lui restait encore à dire ; elle s^interrompit quelques instants, et sembla contenir avec peine , les battements précipités de sa poitrine , de tout Teffort de ses deux mains. La rougeur qui avait empourpré sa figure fit place à upe pâleur terne ; ses yeux devinrent fixes et cernés d'une teinte bleuâtre. Le prince de Fiennes s'aperçut à ces symptômes qu'elle souffrait moralement, plus

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que ses forces ne pouvaient peut-être supporter de souffrances.

— Calmez-vous, lui dit-il, mon enfant; suspendez votre récit, remettez à un autre moment Faveu de vos dernières douleurs , que j'entrevois , hélas ! Vous n'êtes pas actuellement en état de continuer à parler de ces choses qui vous agitent, rouvrent d'anciennes blessures et vous en font de nouvelles,

— Non, je continuerai ma triste narration, répondit Marie; je vous dirai tout aujourd'hui : je me sens assez de force et de courage pour rouvrir les blessures de mon coeur, peut-être un autre jour n'en aurai-je pas au^ tant.

La croyance que j'avais en l'amour de M. de Baudrimont dura deux mois ; pendant deux mois je forçais ma froideur à disparaître, j'imposais silence aux sympathies de mon âme , qui se révoltaient de tendresses qu'elles n'éprouvaient pas. Enfin, monsieur, mon mari' dut croire que je partageais les sentiments

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