‹ Mademoiselle de Verdun (volume 2)Chapitre 34 sur 47 · PRÉPARATIFS DE FÊTE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE FÊTE

quelle concoururent, il faut Favouer, ses imprudents amis comme ses ennemis.

L'année 1830 avait commencé par des fêtes ; une expédition glorieuse ouvrait FAfirique à nos armes, qui devaient bientôt la conquérir. Toulon et Marseille se livraient à des élans de joie, et quand la flotte française $ur laquelle était embarquée l'armée du général de Bourmont leva Fancre, par une de ces belles matinées de Provence dorées d'un soleil éclatant, les vaisseaux, le rivage et les maisons pavoisées de drapeaux blancs, et les clochers des églises, couverts de peuple, retentirent d'une acclamation unanime de P^ive le Roi ! tandis que le canon saluait de ses tonnantes bordées, le royal pavillon de France, brodé de ces fleurs de Us que saint Louis avait déjà illustrées sur la terre d'Afrique.

Le roi de Naples était venu cette même année visiter ses parents de France ; les Toileries s'étaient animées pour le fêter d'un laie

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de bals et de réceplioDS plus brillants encore qu'à Vordinaire. Le faubourg Saint-Germain se fiant à toutes ces apparences si trompeuses d'une tranqumité assurée, répondait par son luxe à celui de la cour; tout dans Paris bruissait de fêtes, de plaisirs, et la certitude de ; siM^cès en Airiqae ajoutait à ce contentement ^ du parti royaliste, derrière lequel s'avançait alors la majorité des peu{des de France.

Cependant 9 indigné de cette joie bien légitime, un parti bostile à la légitimité manœuvrait sourdement, au moyen des associations secrètes, pour venir jeter la perturbation et l'épée des révolutions au milieu des peuples excités.

Cependant, Paris voyait chaque jour se former des conciliabules auxquels présidaient de vieux agitateurs de la révolution de 89, et des jeunes tètes ardentes à la destruction, parce que sur la destruction ils espéraient improviser leur fortune.

Dans un court espace de temps, plusieurs

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ministères d'un esprit politique essentiellement différent se succédèrent, et le dernier de ces ministères fut le prétexte de défiances que les agitateurs surent exploiter dans Fintérèt de leur cause. Les hommes qui en faisaient partie avaient été présentés aux populations, comme des croquemitaines du pouvoir absolu , destinés à dévorer les enfants de ce que les meneurs nommaient le parti constitutionnel. Des rapports de toutes les provinces annonçaient au gouvernement que partout s'organisaient des préparatifs d'émeutes, que de tout c6té des émissaires venus de Paris troublaient les campagnes et les villes, par l'annonce d'un cowp d'Etat prochain, dont la France demeurerait flétrie, captive de Fabsolutisme et de la noblesse , esclave sous une chaîne humiliante à porter. ,

Les journaux prétendus libéraux répétaient h Fenvi que le parti prêtre , les jésuites, et, ajoutaient- ils 9 bientôt les moines seraient avant peu les seuls maîtres de la France , iJs

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s^en révoltaient; des éclairs d*une vertueuse indignation partaient de leur colère à la seule pensée qu'une cotterie pût aspirer à saisir les rênes de l'État.

Les avocats n'avaient point encore fait parler leurs prétentions.

La chambre des députés sapait la royauté au moyen d'une opposition royaliste, aveuglée dans ses actions, dans leur motif et dans leur but, royalistes, qui devaient livrer leur roi, et que tous les partis devaient renier ensuite , comme un instrument brisé que l'on jette au rebut quand il a accompli sa fonction.

Le faubourg Saint-Germain voyait la fraction la plus aristocratique de ses membres , applaudir au ministère Polignac, composé d'hommes sûrs y d'hommes qui avaient fait hurs preuves et dont plusieursy ajoutaient-ils, étaient véritablement des hommes distingués, La conquête d'Alger, disaient les habiles d'un air de profonde politique, va tuer ce qui reste

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du parti libéral , et de nouTeau elle unira la France à son roi par les liens de la gloire. On attendait le bruit du canon des Invalides, pour crier au reste de l'Europe : La révolutûm eut wdtwue { son abtme est fermé , la royauté légitime est d'aujourd'bui remonliée sur son tr^ne.

£t cependant la rérolntion était proche, elle était prête, ^le attendait.

Il ne fallait qu*un motif, elle ne demandait qu'un prétexte qui lui permit de descendre sur la place publique.

Dans k palais des Tuileries, le roi Charles X, entouré d'une cour divisée d'opinions, d'amis également dirtsés entre eux, cherchant diacun à £iire pencher la balance du pouvoir en sa àiveur, demandait avec instance à tous les ministres que les revîreKients des factions et la Huctuatioa de la poiîlâque amenaient aux délibérations du conseil, la vérité sur l'état de la France, sur ee qu'il y avait à espérer de son besoin de tranquiMilé , et oe

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que l'oo deyait craindre <le FagiUtioii des partis.

Aucun de ces différents ministres, aucun de ces hommes d*£tat qui rapprochèrent, ne lui osa dire quUl répondait de la tranquillité de la France et de la pacification des partis. Mais tous lui moatrèrent, ce qui était en effet, «in parti s^agitasnt non pour obtenir des amé^ liorations , mais pour briser le sceptre aux mains qui le tenaient, non pour s'opposer à des empiétements de la royauté, mais pour la précifMter du trône ; tous lui firent voir et toucher du doigt la plaie qui minait la Restauration; on fit passer sous ses yeux la série des journaux qui prêtaient leurs colonnes aux espérances séditieuses des conspirateurs, et p«r les noms des hommes qui s'étaient alliés contre lut, il sut les ressources dont ils disposaient, ce qu'ils e^érflttent, ce qu'ils avaient tenté, ce qu'ils tenteraient enom^.

Nul ne peut le dissimuler, les circonstances, les événements, tout était grave. Il fiit 2 12

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démontré qu'il fallait attaquer ou être attaqué; la chambre que le roi avait dissoute, avait été renommée presque entière. D'imprudents amis crurent que les moyens ordinaires ne suffisaient plus dans des circonstances qui ne Tétaient pas, plusieurs conseils eurent lieu , dans lesquels furent débattues, vivement discutées, puis enfin résolues et signées les fameuses ordonnances du mois de juillet 1830. Mais au milieu de ces discussions , de ces agitations , de ces espérances et de ces craintes, Paris conservait une attitude de joie, de calme et d'abandon du moins pour ceux qui ne cherchent point à pénétrer plus loin que la superficie dans l'examen des choses. S. A. R. Madame avait donné cette brillante réunion , ce bal , que nul autre n'a égalé depuis. On avait vu sous les habits de François II et de Marie Stuart , la princesse elle-même et monseigneur le duc de Chartres se tenant respectueusement debout à c^té de son tr^ne et refusant de s'y asseoir.

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A cette fête , Fambassadeur d'Espagne représentant les Bourbons d'Espagne , dans la réunion de famille de tous les Bourbons , répondit par un bal, donné dans son magnifique hÀtel de la rue de FArcade : une salle entièrement décorée comme TAlbambra attira surtout les applaudissements et l'admiration des conviés.

Restait une dernière fête, une fête que les royalistes regardèrent comme le sceau du rétablissement de Funion entre tous les membres de la famille royale. Monseigneur le duc d'Orléans convia tout Paris pour un grand bal dans son Palais-Royal.

Charles X avait promis de s'y trouver , de visiter ses cousins d'Orléans , c'était la première fois qu'il sortait des Tuileries le soir pour une fête ; sa venue au Palais -Royal devait indiquer à tous , la confiance et Famitié auxquelles il se confiait, Charles X voulait que les peuples y crussent , parce que lui-même s^efforçait d'y croire.

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Dans toute la société , ce fut une agitation et des préparatifs sans fin pour cette fête , un quadrille deraît y être dansé, ce fut à qui serait du bienheureux quadrille.

Chaque régiment en garnis(Hi à Paris reçut une certaine quantité d'invitations, celui dans lequel Georges.de Minyille occupait le grade de sous -lieutenant tenait garnison à l'École militaire , le colonel Finscrivit parmi les éks.

Depuis sa rencontre avec Marie, dans la salle des gardes, aux Tuileries, toutes ses tentatives pour l'apercevoir, ne fàt-ce quhin instant, avaient été vaines ; peu répandu dans le monde , il se trouvait que les maisons où allait la vicomtesse de Baudrimont ne hii étaient point ouvertes , alors il renonça à la poursuivre et il attendit.

Le bal de monseigneur le duc d'Orléans lui parut une occasion^ favorable , il se dit qu'il était de toute impossibilité que la vicomtesse de Baudrimont ne s'y trouvât point ; que les diverses chances , les phases différentes d'un

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bal devraient les rapprocher , qu'il pourrait lavoir, lui parler, la nommer, seulement, par son nom de Marie ; satisfaire enfin une der^ nière fois aux besoins de son cœur, en écoutant sa parole, en arrêtant son regard sur le sien ; briser peut-être une dernière et bien frêle espérance en acquérant la certitude que son souvenir occupe peu de place dans le cœur de Marie, et que pour tout l'amour qu'il lui a donné, il ne recueille qu'une froide et simple amitié.

S'il peut la voir, si parmi tout ce monde d'indifférents qui les entourera, il peut lui adresser la parole, il ne demande rien au delà; mais il lui faut cette dernière confirmation , il lui faut les paroles de Marie, pour qu'il consente à briser lui-même le faible réseau de ses dernières espérances.

Pendant les quelques jours qui s'écoulèrent entre les invitations et le bal de monseigneur le duc d'Orléans , Georges de Minville se montra d'une agitation extraordinaire; lui

qu'on ne voyait jamais sortir, qu'on était ton- 2 12.

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jours certain de rencontrer dans son modeste logement , soit travaillant , soit plongé dans ses réflexions , allait au hasard par les rues et les promenades sans but arrêté, marchant dans le premier chemin qui s'offrait à ses pas, comme un homme qui veut tuer le temps. Le soir, à l'heure du dîner, il se laissait entraîner aux vives causeries de ses camarades, il buvait à tous les toasts pour lesquels on emplissait son verre , il agissait ainsi qu'aurait pu le faire un homme heureux et joyeux, et cependant son sourire offrait un bizarre mélange d'étonnement, d'incertitude et d'animation. Plusieurs des plus jeunes sous-lieutenants prétendaient en riant, après lui avoir fait vider avec eux quelques bouteilles de vin de Champagne :

— Que certainement toutes ces nuances d'expressions si différentes qui se voyaient sur la physionomie de Georges indiquaient les premiers symptômes d'une effrayante hydrophobie»

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— Mais étes-vous bien certains de ce que vous dites , s'écriait le jeune de Ronsard , s'il en est ainsi , il y aurait de graves inconvénients à le laisser aller au bal de monseigneur le duc d'Orléans.

Des rires fous se mêlaient à ces conversations , et Georges de Minville lui-même y prenait part quand ses camarades lui expliquaient la cause de leur gaieté.

— Je suis de garde au Palais-Royal, justement le jour du bal, messieurs, reprit de Ronsard , d'une voix de stentor ; je surveillerai notre ami de Minville de fort près , et s'il veut hydrophobiser nos princes , je le mets au violon.

— Comment , vous êtes de garde au Palais- Royal, de Ronsard? demandèrent plusieurs voix.

— Oui, messieurs et je n'en suis pas fàcbé, je ne donnerais pas mon poste pour un billet d'invitation au bal lui-même.

— Pourquoi cela , expliquez - nous votre

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idée , de Ronsard , quelle cause peut tous faire préférer les quatre murailles d'un corpsde-garde, aux brillants salons d'un prinoedu sang.

— Pourquoi? pourquoi , messieurs, je vais vous le dire : je n'aime pas à yoir le roi, au milieu d'une fête dans ce palais marchand; soyez persuadés que la fête ne se passera pas sans quelque désordre ; je sais de bonne part que les meneurs jacobins n'ont rien épargné pour nous régaler d'une sorte d'émeute.

Etes -TOUS bien certain de ce que vous dites, de Ronsard?

— Si j'en suis certain, oui, cent fois, mille fois certain, et notre colonel a les mêmes ce^ titudes. Pendant que vous danserez, je me débarbouiiierai peut-être arec ces bons émeutiers ; laissez faire, ils seront servis chaud.

— A-t-on commandé une réserve en cas de besoin?

— Oui, c'est Barraudé qui la conduira s'il faut qu'elle marche.

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— Moi, messieurs, dit d'une voix de basse taille et en fronçant le sourcil, un yieil officier qui avait tout écouté jusque-là, sans donner aucun signe d^approbation ou d'improbation, je n'aime pas cette visite constitutionnelle de notre souverain au palais de la révolution ; c'est dans son jardin , hideux promenoir de toutes les prostitutions, que Camille Desmou* lins arbora le premier signal révolutionnaire; je n'aime pas, encore une fois, cette visite et cette fête, le Palais -Royal nous portera malheur.

— Quel malheur si grave craignez -vous, lieutenant, lui demanda-t-on; si des émeutiers voulaient de nouveau troubler la tranquillité, nos régiments sont bons, sûrs, fidèles; Farmée se grouperait autour du trône.

— Je sais tout cela, répondit^le lieutenant, et cependant tout cela ne me rassure point ; enfin, qui vivra verra, et je suis bien aise que de Ronsard soit de garde au Palais -Royal, le jour de la grande fête; c'est un garçon qui a

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ses comptes à régler avec messieurs les faubouriens , il n'a pas oublié le coup de pierre dont il fut atteint à la grande bataille de la rue Saint-Denis; n'est-ce pas, de Ronsard?

— Non, certainement, et je serais content de prendre ma revancbe, si Tenvie vient à ces messieurs de recommencer la partie. Les jou^ naux nous appelleront encore assassins; il faut avouer que nous sommes de drôles dépit ioletê, nous ne voulons pas nous laisser manger tout cru8^ nous tapons les tapageurs , les émeutiers , ceux «pii nous jettent des pierres et ceux qui font des barricades; nous sommes en vérité d'infâmes stipendiés du pouvoir....

— Savez-vous quels sont les noms des officiers choisis dans notre régiment pour assister au bal de monseigneur le duc d'Orlcans? demanda un officier à l'accent méridional,

aux cheveux noirs et épais, et à la taille athlétique.

— Eh ! sandis , tous les Vaèconn du régiment, cela va sans dire, répondit de Ronsard.

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— Le roi nous dehrait vien cette fahur^ reprit le Gascon, nous sommes quatre cousis dan» la garde qui descendons dé Pépin d'HeristaL

Un rire pentagruelesque interrompit cette belle assertion; le bruit, les cris, les plaisanteries terminèrent la soirée , et Georges de Minville , étourdi et fatigué , rentra chez lui et dormit toute la nuit d'un sommeil de plomb.

^omtxBûtxonB.

Hëlu ! il y a dei folies sombres et sérieuses qui ne jettent les bommes dans aacun disconrs insensé, qat ne les sortent guère da ton aecoutcuné du langage des autres, qui laissent la vue claire, libre et précise de tout, hors celle d'an point sombre et fatal.

Stetto, le comte A» di Vioht.

xxin

Cette fête , offerte par monseigneur le duc d'Orléans aux rois de France et de Naples , mettait tout Paris dans une attente et un émoi général ; on s'entretenait de la magnificence et du luxe qui deyaient y être déployés ; on intriguait pour être invité, on frappait à toutes les portes , et les jeunes gens faisaient broder de nouveaux habits , car il n'y avait plus

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